/news/society
Navigation

Un «cadeau de la vie»

Des travailleurs se disent enchantés de participer au projet-pilote

Franklin Orlanda, originaire des Philippines, doit parfois demander à ses patrons de l’aider lorsqu’il doit servir un client en français chez Meuble Cité.
Photo Dominique Scali Franklin Orlanda, originaire des Philippines, doit parfois demander à ses patrons de l’aider lorsqu’il doit servir un client en français chez Meuble Cité.

Coup d'oeil sur cet article

«Pour moi, ce projet, c’est un cadeau de la vie. Je suis honorée de participer!» s’exclame Andrea Falcomer.

Coiffeuse d’origine jamaïcaine qui travaille à la Plaza Côte-des-Neiges, elle a déjà su parler couramment français quand elle était jeune, mais elle l’a perdu par manque de pratique.

« Gêné »

«Avec les clients francophones, je peux me débrouiller, mais je veux être meilleure. Je veux pouvoir parler de tout: de cinéma, de politique, de sport, de religion», énumère-t-elle.

Elle n’est pas la seule à fonder beaucoup d’espoir sur le projet-pilote.

«Quand je parlerai français, là, je serai vraiment à l’aise de vivre ici», dit Franklin Orlanda, 40 ans, qui vit au Canada depuis trois ans.

Ce père de deux enfants originaire des Philippines travaille à temps plein pour Meuble Cité, où il s’occupe du plancher et fait des livraisons.

«Dans [Côte-des-Nei­ges], beaucoup de gens parlent anglais, alors je peux survivre. Mais ce n’est pas l’idéal», explique celui qui dit se sentir «gêné» lorsqu’il est confronté à un client francophone.

« C’est de ma faute »

De son côté, Xin Lee, propriétaire d’un dépanneur et d’origine chinoise, espère être en mesure de retenir plus de clients s’il parle la langue de Molière.

«Quand j’ai un client qui parle français, je me sens mal. Ce n’est pas de sa faute si je ne parle pas français. C’est de ma faute», avoue-t-il.

M. Lee, qui réside à Montréal depuis 10 ans, ne part toutefois pas de zéro. Le Journal a pu l’entendre servir un client francophone et demander sans hésitation: «Ça fait 5 $, monsieur.» Mais c’est loin d’être suffisant pour lui.

«C’est à peu près tout ce que je sais dire», avoue-t-il en riant.

«Le projet, c’est une bonne idée et une bonne nouvelle. Il faut que les gens soient au courant», insiste-t-il.

L’état du français

Le français au travail

Population dont le français est la principale langue de travail

Province de Québec 82%

Île de Montréal 67 %

Côte-des-Neiges 44 %


Le français, langue maternelle

Population qui a le français comme langue maternelle

Province de Québec 78 %

Île de Montréal 49 %

Côte-des-Neiges 28 %


135 langues parlées dans Côte-des-Neiges

Les communautés les plus représentées: Philippins, Indiens, Jamaïcains, Sri Lankais, Russes.

Sources: Statistique Canada, Recensement de 2011, et arrondis­sement de Côte-des-Neiges

Le travail, principale raison de l’abandon des cours

Le projet-pilote est très prometteur parce qu’il répond à un besoin réel des immigrants, estiment des experts.

«Le principal motif d’abandon des cours de français par les immigrants, c’est le fait de s’être trouvé du travail. Ça ne rentre juste plus dans l’horaire», indique Simon Collin, professeur spécialisé en inclusion linguistique à l’UQAM.

«Ce n’est pas de la paresse. Quand on est immigrant, on n’a pas le luxe d’être paresseux tellement il y a d’enjeux d’intégration», ajoute-t-il.

Besoins concrets

Cette réalité, Sharmila Anto l’a souvent observée.

Intervenante communautaire pour le Service d’interprète, d’aide et de référence aux immigrants (SIARI), elle remarque que les cours de français et du soir sont particulièrement populaires auprès de ceux qui n’ont pas d’autre choix que de travailler le jour. Reste que certaines mères de famille ne peuvent pas se libérer du tout.

«C’est très pratique de se rendre sur leur lieu de travail», con­clut-elle.

L’autre avantage que présente le projet est le fait de donner des cours individualisés et centrés sur la situation concrète des commerçants, explique M. Collin. «Dans une relation un à un, il y a plus de place pour prendre en compte les besoins de la personne», dit-il.

«Je suis très excitée par ce projet-là. Ça sort des sentiers battus et ça permet à l’Université de Montréal de s’impliquer dans son quartier», s’enthousiasme Monique Cormier, du Bureau de valorisation de la langue française de l’Université de Montréal.

Et les autres ?

Pour Éric Bouchard du Mouvement Québec français, ce type d’initiative est «génial» et doit être encouragé. «Reste que ce ne sont que des commerçants volontaires, alors on voit la limite d’une approche promotionnelle. Pour ceux qui ne veulent pas participer, qu’est-ce qu’on fait?» s’interroge-t-il.

Selon lui, les nouveaux arrivants devraient recevoir 400 $ par semaine du gouvernement afin de pouvoir se consacrer entièrement à la francisation, qui devrait être obligatoire, expli­que-t-il.