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La langue malmenée

La langue malmenée
Photo Simon Clark

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Le débat entre les concurrents à la direction du Parti conservateur, tenu au Québec, a mis en évidence les conclusions qui ressortaient du sondage de Patrimoine canadien, soit l’ouverture au bilinguisme dans la mesure où ce sont les francophones qui s’efforcent de parler anglais. Ce sera d’autant plus vrai avec la possible annonce de la candidature de Kevin O’Leary, ce « dragon » anglophone originaire du Québec qui affirme ne pas avoir besoin de parler français pour diriger le pays.

Il est utopique de croire que la langue française puisse progresser au Canada où la langue de la majorité est l’anglais. En cela, le Canada n’est pas différent d’autres pays où on retrouve une dualité ou une multiplicité linguistique. De façon générale, la langue de la majorité devient infailliblement la langue dominante dans les différents rapports institutionnels ou personnels. J’ai pu observer de telles situations chez mes amis Suisses francophones qui passent en langue allemande avec leurs compatriotes alémaniques bien que l’entourage soit majoritairement francophone.

Encore pire, j’ai vu des Belges flamands incapables de s’adresser à un auditoire en français, malgré que ce soit une de leurs langues officielles. Plutôt que d’adopter la langue de l’autre communauté, ces Flamands avaient préféré choisir l’anglais comme langue seconde. J’ai aussi constaté la prédominance de l’anglais comme langue commune en Afrique du Sud bien qu’on y reconnaisse plus de dix langues officielles et que la population d’ascendance anglaise soit minoritaire. Ces exemples reflètent la puissance de l’anglais comme langue parlée dans le monde, y compris dans des pays où ce n’est pas une langue officielle. On peut facilement imaginer la prégnance de la langue anglaise dans un pays comme le Canada, où, elle est celle de la majorité.

Les transferts linguistiques des francophones vers la langue anglaise dans les autres provinces canadiennes sont bien documentés, malgré les efforts de certaines autorités pour nous faire croire le contraire. Il est tout aussi vrai de dire que la langue française est en danger au Québec, malgré les efforts des libéraux pour nous faire croire qu’elle est plus vigoureuse que jamais. L’attitude « bonne-ententiste » de Jean-François Lisée dans l’élaboration de sa politique linguistique évitera peut-être au PQ d’être voué aux gémonies par la communauté anglophone, mais elle nous condamne à un bilinguisme institutionnel à court terme et à un net recul du français comme langue commune.

Malgré sa superbe affichée avec son plan sur la langue, la stratégie du chef péquiste le condamne à l’échec, car il écarte des mesures plus structurantes en prétendant s’éviter d’apparaitre chicanier. En n’évacuant pas le bilinguisme institutionnel qui s’installe graduellement dans les divers paliers gouvernementaux, il n’incite pas les allophones ou les anglophones à faire du français la langue commune. En diluant les positions péquistes sur la fréquentation des cégeps, il accroit le nombre de Québécois qui vivront et gagneront leur pain en anglais. S’éloignant d’une défense vigoureuse de la langue, il la met inévitablement en péril.

Beaucoup de doutes planent dans les rangs de monsieur Lisée sur sa détermination au regard de la promotion de la langue française ou de sa volonté d’accéder à  l’indépendance du Québec. Il ne rassurera pas les sceptiques en diluant ses positions et il n’est pas sûr qu’il ratissera plus large pour autant. Pendant que Fatima Houda-Pépin plaide que l’École ne perde pas son âme, son silence sur les cours en anglais au HEC-Montréal, ajoute à la méfiance. Le problème du PQ n’est pas tant dans les positions prises au fil du temps que dans la crédibilité effritée par un trop grand louvoiement, principalement lorsqu’il occupe le pouvoir.

Le principal défi pour Jean-François Lisée, c’est de faire en sorte qu’on puisse croire à ses intentions et à la persistance de ses idées!