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[ANALYSE] Je n'ai pas peur de Trump, et vous ne devriez pas non plus

Je n’ai pas peur de Donald Trump. Vous ne devriez pas non plus. Keep calm and lisez ceci.

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Photo AFP

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Je n’ai pas peur de Donald Trump. Vous ne devriez pas non plus.

Ce n’est plus des farces, il y avait même une pétition qui circulait cette semaine demandant au président sortant de changer les codes nucléaires avant l’arrivée de Trump.

Keep calm and lisez ceci.

Avant Trump, il y a eu Dick Cheney
Ce Trump n’est pas qu’insensé, il est aussi sensé: selon son point de vue du jour, qui varie peut-être en fonction de la pression barométrique – allez savoir –, l’invasion de l’Irak a été une erreur monumentale.

Peut-on légitimement lui donner tort là-dessus? «On est allé tirer des coups de gun dans un gros nid de guêpes», a-t-il dit cette semaine à ce sujet.

L’image est juste. Cette guerre inutile voulue par les faucons républicains n’a pas seulement entraîné la mort un demi-million de civils, le déplacement de millions d’autres et ramené à l’âge de pierre un pays à l’infrastructure développée.

Elle a mis au monde l’ère des nouvelles ténèbres: c’est dans une prison américaine, à ras le désert de Mésopotamie, qu’ont commencé à fraterniser les initiateurs de l’État islamique.

Et ce, pas en 2012. En 2004.

Ce qui nous ramène au précédent régime, celui de G.W. Bush. Souvenez-vous de Tom Ridge. Paul O’Neill. Et ce véritable cauchemar qu’était chaque apparition publique de Donald Rumsfeld. Mais surtout, souvenons-nous du vice-président Dick Cheney.

Ces croisés fondamentalistes chrétiens portaient la faux de la mort comme d’autres le jonc de mariage.

Parlant de conflits d’intérêts, ce qui ne manquera pas dans l’entourage du prochain président, le plus gigantesque demeure celui de Cheney, la guerre d’Irak ayant été une formidable occasion d’affaires pour son entreprise de sécurité Blackwater.

La guerre d’Irak, la première privatisée de l’histoire. Et qui a ruiné la première puissance mondiale. Au profit de Blackwater, notamment.

Et pourtant, nous avons survécu.

Les États, ce n’est pas le Canada
Quand le meurtre de 25 enfants dans une école primaire s’avère insuffisant pour imposer un débat sérieux sur le contrôle des armes, c’est qu’il y a déjà quelque chose de pourri dans l’air de ce pays, bien avant l’entrée en scène politique du roi de la faillite.

Ce qui nous amène à considérer la décentralisation, la déconcentration et l'équilibre extraordinaires des pouvoirs plus bas au sud.

Bien avant l’Obamacare, les citoyens de plusieurs États, dont le Massachusetts du républicain et milliardaire Mitt Romney, bénéficiaient d’une couverture médicale similaire. Les villes décident du salaire minimum.

On peut vendre, produire, acheter et fumer du pot au Colorado aujourd’hui, mais pas au Québec.

Bref, malgré toute la force de son président, ce pays a l’habitude de l’envoyer paître.

À preuve, malgré toute les larmes et la volonté du président d’alors, Sandy Hook n’a rien changé.

Un malaise
L’agent Orange a beau présenter un profil hors du commun pour la job, des coucous ont beau faire partie de son équipe, il n’en reste pas moins que d’autres régimes d’épouvante ont sévi bien avant le sien à Washington. Et le monde a survécu.

S’il nous inquiète, c’est qu’avec lui, nous perdons nos repères.

C’est que cet homme est un livre ouvert – ou plutôt une revue cochonne ouverte. Tout transpire, chez lui.

Et comme toute personne exempte de quelque forme d’inhibition, sa seule présence nous met mal à l’aise. Tout ce qui lui passe par la tête est expurgé publiquement. Et ça, c’est déstabilisant, surtout de la part d'un président. Un politicien qui dit tout haut ce qui lui «flashe» par la tête à l’instant. Sans filtre ni check and balance.

Menace à la liberté de presse?
Il critique les médias? C’est hors convention, mais pas nouveau.

Il y a eu pire menace à l’endroit de la liberté de presse que ses «tweets» enfantins contre CNN: elle s’appelait Richard Nixon. 

Richard Nixon considérait l’ensemble de la classe médiatique – pas juste une entreprise de presse en particulier – comme une menace à sa personne et à sa fonction. Usant de tous les moyens légaux à sa disposition, il a tout tenté pour lui nuire, jusqu’à foutre la salle de presse de la Maison-Blanche dans une salle des machines.

L’administration Obama ne s’est jamais gênée pour critiquer le travail de Fox News, quoique de façon plus diplomatique que Trump, notamment lors des points de presse de son porte-parole Josh Earnest. Et avec raison: Fox News est une chaîne de nouvelles en continu d’une malhonnêteté intellectuelle inouïe, où les faits n’ont jamais été un obstacle aux coups bas contre celui qu'elle appelait malicieusement Barack Hussein Obama.

Cette ère post-factuelle n’a pas été inaugurée en septembre 2016, elle a commencé il y a exactement huit ans.

Incompétent, et puis après?
On qualifie Trump d’incompétent pour la job. On doute aussi de sa santé mentale, alors que les verbatims de ses entrevues laissent présager un homme incapable de rester concentré plus de deux secondes et quart sur un même thème.

On en disait autant de Ronald Reagan. Un acteur. De série B. Un mauvais acteur de série B.

Pire, Ronald Reagan était un anticommuniste compulsif. Il qualifiait l’Union soviétique d’Empire du mal. À une époque où nous étions à minuit moins une de l’holocauste nucléaire.

Reagan souhaitait écraser le socialisme partout. Quitte à briser les lois et trafiquer avec les ayatollahs iraniens pour soutenir une obscure contre-révolution (une guerre civile, en fait) dans un misérable petit pays d’Amérique centrale.

Ça a donné le deuxième plus grand scandale présidentiel du XXsiècle, après le Watergate.

Malgré l’Irangate. Malgré le fait que Reagan, en matière de sécurité nationale et de politique étrangère, prenait conseil auprès de sa femme Nancy qui, elle, s’informait auprès de l’au-delà en lui téléphonant par télépathie et cartes de tarot. Ça nous a donné ceci:

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AFP

 

La fin de la guerre froide contre l’Empire du mal.

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Et cet appel historique entendu:

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Ça aurait pu être pire
L’équipe n’est pas des plus rassurantes. Essentiellement constituée de vieux hommes blancs multimilliardaires. En matière d’anti-establishment promis, on est loin du compte.

Certes, il y a Steve Bannon, l’abruti de Breitbart: raciste, misogyne, sans classe ni culture générale.

Mais dans ce cénacle, il fait office d’idiot du village. Trump lui a donné la job de bedeau: laissez-le sonner les cloches, il finira bien par se pendre avec la corde.

Tant qu’à brasser la cage de Washington, on aurait préféré, à l’inertie actuelle, un combat final entre les deux grandes forces, une bataille Sanders-Trump. Mais rien n’indique qu’un président Sanders se serait retrouvé avec un Congrès de son bord; théoriquement, le résultat aurait été le même qu’aujourd’hui, soit une majorité républicaine partout.

Cette majorité qui s’est avérée incapable de laisser le premier président noir faire sa marque. Il en aurait été de même avec Sanders: jamais les républicains n’auraient laissé libre cours à un «vieux juif communiste». Comme pour Obama, partout on aurait barricadé son parcours politique.

Obama a beau avoir été le premier président américain depuis Jésus-Christ à quitter la Maison-Blanche sans scandale attaché aux chevilles, son mandat a beau s'être traduit par huit années consécutives de croissance du marché de l’emploi après le désastre de l’ancienne administration, il y a chez les républicains une telle haine envers tout ce que représentait cet homme, une telle volonté de raser son héritage, qu'elles ne peuvent s’expliquer que par une forme de racisme.

Autrement dit, il aurait pu y avoir pire que Trump, il aurait pu y avoir Ted Cruz. Un évangéliste radical au lieu d’un vendeur de condos. Une théocratie au lieu d’une ploutocratie.

Seul rempart contre les chiens enragés
Bref, ce n’est pas Trump qui fait peur, c’est tout le Congrès, lâché «lousse» comme un chien enragé. Sans opposition? Non, sauf une, celle de Donald Trump, qui a souvent exprimé son dédain pour ce groupe de «faiseux» et de teigneux.

Son racisme et sa misogynie? Ce n’est ni idéal ni souhaitable, mais ça se contrôle, ça s’endigue et ça se corrige.

Contrairement aux croisés qui ont manœuvré sous G.W. Bush, un président manipulable à souhait qui s’est laissé pénétrer par tous les démons, d’abord ceux de la drogue et de l’alcool, puis ceux du bon Dieu, Donald Trump ne sera pas une lavette républicaine.


Laissez ce moment Trump
Il n’y a pas lieu d'avoir peur. Les deux tiers de cette nation ne pensent pas comme leur président.

Laissons ce tiers d’Amérique qui a voté pour lui avoir son «moment Trump». Ça ne sera pas toujours heureux, ça va être déplaisant comme une pluie de novembre, mais je vous le promets, on se reverra en 2020. Et on verra bien rendu là.

Tant que Donald ne mêle pas les boutons «Tweet» et «Fire», ça va aller.