/opinion/columnists
Navigation

La marche des indignées

US-THOUSANDS-ATTEND-WOMEN'S-MARCH-ON-WASHINGTON
Photo afp L’événement est historique tant par son ampleur planétaire que par la diversité de ses revendications.

Coup d'oeil sur cet article

Le pouvoir citoyen existe encore et il peut changer le monde. Teresa Shook nous en a fait la démonstration, il y a 10 semaines. Teresa est cette grand-mère américaine d’Hawaï et avocate à la retraite. Elle s’est réveillée, le 9 novembre dernier, sur le choc d’avoir Donald Trump comme prési­dent élu.

Ne pouvant s’y résoudre et déprimée, elle se demande «Qu’est-ce que je peux faire?» Pour exorciser son désarroi, elle entre en conversation virtuelle avec d’autres femmes sur la page d’un groupe Facebook Pantsuit Nation. Elle a une idée et s’empresse de la partager en ligne «Je pense qu’on devrait marcher». Marcher pour dire «NON» au mépris de Trump à l’égard des femmes.

La suggestion trouve une première preneuse qui dit «Oui, j’embarque». En allant se coucher, Teresa avait déjà une quarantaine de confirmations. En se réveillant le lendemain, elle constate que le nombre des inscrits avait franchi les 10 000. Depuis, c’est le débordement.

Un mouvement planétaire

Dépassée par les événements, elle se rend à Washington et passe le flambeau à une coalition d’associations de femmes rompues à l’organisation des manifestations. Même ces dernières n’avaient jamais imaginé que le mot-clic #WomensMarch #marchedesfemmes allait devenir vira­l et que la mobilisation citoyen­ne allait s’étendre de Washington à plusieurs villes américaines et au-delà, à la planète entière. Au total, 673 marches qui ont attiré 4,8 millions de participants ont eu lieu à travers le monde.

L’organisation centrale de la marche du 21 janvier 2017 est tout sauf homogène, tant par sa composition que par ses revendications et ses mots d’ordre. Le ciment qui la tient et qui la lie aux millions de marcheurs dans le monde, c’est leur indignation face à Donald Trump, investi du pouvoir suprême, la veille, comme 45e président des États-Unis. La #marchedesfemmes s’est mise en branle autour de quatre thèmes: digni­té, liberté, unité et justice. Le spectre est assez large pour y inclure tout le monde.

En Europe, ce sursaut de solidarité traduit les craintes de millions de citoyens médusés face au phénomène Trump et à la montée en puissance des mouvements populistes et d’extrême droite à qui il donne des ailes.

Un nouveau féminisme

L’événement est historique tant par son ampleur planétaire que par la diversité de ses revendications, à la fois économiques, politiques et sociales. Mais ce qui est nouveau, c’est son caractère inter­générationnel et la présence importante des hommes à côté des femmes, unis dans un élan de solidarité pour dire «non» au mépris des femmes, non à la violence sexuelle, non à la discrimination sous toutes ses formes.

Assisterions-nous à l’émergence d’un nouveau féminisme, plus inclusif et plus ouvert qui réunirait les hommes et les femmes dans une lutte commune pour l’égalité des genres et les droits de la personne?

Du bout de son archipel de l’océan Pacifi­que, Teresa Shook, souhaite que cette marche soit un mouvement de changement social qui s’inscrive dans la durée pour redonner le pouvoir aux femmes, leur assurer l’accès aux soins de santé et à la justice sociale. Elle veut maintenir la pression sur les gouvernements pour prioriser les enjeux qui les touchent dans leurs politiques publi­ques.

C’est possible. Il suffit d’en avoir la volon­té, la vision et le leadership.