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La famille Coutu déçue par Québec

Le groupe pharmaceutique s’interroge sur son avenir en raison des politiques du ministre Barrette

Jean Coutu
 Jean Coutu
 Jean Coutu
Photo courtoisie Le fondateur du groupe Jean Coutu fait sa première sortie médiatique au sujet des politiques du ministre Gaétan Barrette, qu’il condamne.

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Choqués, blessés et déçus par les politiques du ministre Barrette touchant les pharmacies, les Coutu remettent pour la première fois en question leur goût de faire des affaires au Québec, lors d’une entrevue exclusive à TVA.

Une épée de Damoclès plane au-dessus de la tête de l’industrie pharmaceutique en général, et du Groupe Jean Coutu en particulier.

«Et je ne veux pas qu’elle me tombe sur la tête », dit Jean Coutu, président du conseil d’administration dans sa première sortie publique contre les mesures du ministre Barrette. Il parlait avec Paul Larocque, à l’émission J.E.

Le ministre de la Santé, Gaetan Barrette, a coupé dans les ristournes aux pharmaciens, et réduit leurs honoraires. Le conflit entre l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) et Québec dure depuis 2015 et est en arbitrage. Un autre point de friction concerne l’achat de médicaments génériques. Jean Coutu est propriétaire du fabricant Pro Doc.

«Les actionnaires nous ont boudés ces temps-ci, dit François Jean Coutu, président et chef de la direction. Et je les comprends. Personne ne veut investir dans une compagnie et une industrie où il y a de l’incertitude. Et ça nous fait reconsidérer un paquet de choses...»

Investissement

François Jean Coutu a rappelé que le Groupe vient d’investir 194 millions $ dans le siège social et le nouvel entrepôt ultra moderne, situés à Varennes.

«On l’a fait parce qu’on a confiance. On avait le désir et le goût de développer. J’avoue qu’à moins que ça ne soit corrigé de façon claire, ça nous a enlevé le goût de travailler à long terme.»

Le patriarche de la famille, de son côté, est outré de ce qu’il entend en travers des branches. «On a même dit: s’ils ont investi 194 millions $, c’est parce qu’on fait trop d’argent et qu’on charge trop cher! C’est effrayant de se faire dire ça! s’insurge Jean Coutu. L’argent qu’on a fait, on l’a réinvesti pour le Groupe, et pour le public.»

Y a-t-il une entreprise au Québec plus admirée de la clientèle? demande-t-il.

Les pharmaciens offrent des soins de santé aux citoyens sept jours sur sept, sans attente, rappelle François Jean Coutu.

Réduire les prix

En remettant à Gaetan Barrette les clés du ministère de la Santé, le premier ministre Couillard lui a demandé de réduire le prix des médicaments.

«C’est une intention louable, dit François Jean Coutu. Depuis ce temps, tous les intervenants, que ce soit les grossistes, les pharmaciens ou les fabricants de médicaments génériques, ont donné au ministre Barrette plein de solutions pour réduire les prix. Et on les rejette du revers de la main! On est insulté. On l’a fait savoir à plusieurs reprises. »

Les Coutu ont demandé, depuis plusieurs mois, une rencontre avec le premier ministre Philippe Couillard, ainsi qu’avec le ministre de la Santé, Gaetan Barrette, et les ministres aux portefeuilles économiques. En vain. Ils n’ont reçu aucune réponse de Québec.

Est-ce que les Coutu songent à vendre? «Disons que la famille se pose des questions», dit François Jean Coutu.

Les Coutu ont toujours rejeté cette idée, mais la quatrième chaîne en importance au pays en fait saliver plusieurs.

Son fils se dit encore confiant. «On est tellement fier de ce qu’on a réalisé. On se dit qu’il faut que ça continue. Mais est-ce qu’on est rendu là? »

 

Petit avc

À 89 ans, Jean Coutu a parlé publiquement de ses problèmes de santé pour la première fois. «J’ai eu un petit avertissement que je n’ai pas aimé. J’étais chez des amis dans le Sud, cet hiver, on jouait au bridge, j’aime bien ça, et j’ai dit : “j’ai chaud, je vais sur le balcon”. En revenant, pouf!, je suis tombé à terre. Je me suis dit : peut-être la prochaine fois, je ne reviendrai pas. »

C’était un petit AVC. «On ne s’attend jamais à ça. C’était la première fois que j’étais malade sérieusement. »

 

L’héritier

Jean-Michel Coutu
Photo courtoisie
Jean-Michel Coutu

À 38 ans, Jean-Michel Coutu est officiellement le successeur de deux générations de Coutu.

Petit-fils de Jean, neveu de François Jean et fils de Michel, l’aîné des petits-enfants a reçu, le 2 mai dernier, le titre de premier vice-président, opération détail et distribution.

Jean-Michel, la tête grisonnante et le sourire franc, a fait son cours de pharmacien, passage obligé pour travailler au sein du Groupe, au Rhode Island, puis il a obtenu un MBA au Babson College du Massachusetts.

Il a commencé sa carrière de pharmacien au sein de l’entreprise familiale aux États-Unis, avant la vente à Rite Aid. Il a par la suite ouvert sa propre succursale, à Kirkland, dans l’Ouest-de-l’Île.

Il a l’humilité de son grand-père. Aura-t-il son flair en affaires? «Mon grand-père m’a dit: “je n’ai jamais été le dernier de la classe, et je ne le serai jamais”. Pour réussir, il y a une formule, et c’est de s’assurer d’être avant-gardiste. »