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Largué par son médecin après s’être plaint des frais

L’ophtalmologiste lui a remboursé 230 $, mais l’a envoyé se faire soigner à l’hôpital

Gérald Lamoureux tient les documents qui accompagnaient le chèque de remboursement de 230 $ pour des frais qui lui avaient été facturés pour des gouttes et des examens de la rétine. On lui disait alors de se trouver un autre médecin.
Photo CHANTAL POIRIER Gérald Lamoureux tient les documents qui accompagnaient le chèque de remboursement de 230 $ pour des frais qui lui avaient été facturés pour des gouttes et des examens de la rétine. On lui disait alors de se trouver un autre médecin.

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Un patient de Candiac s’est fait larguer par son médecin après avoir contesté les frais de 230 $ que ce dernier lui facturait pour des gouttes et des examens aux yeux.

Gérald Lamoureux s’est fait demander le gros prix pour deux examens de la rétine et des gouttes ophtalmologiques en 2014 et 2015. Les gouttes qu’on lui a facturées 30 $ coûtent une fraction de ce prix en pharmacie. Une bouteille d’Alcaïne qui contient environ 75 gouttes coûte 21,99 $, soit trente cents la goutte. La fluorescéine coûte quant à elle 3,35 $ la dose.

Après avoir lu un article disant que ces frais étaient contestables, il a porté plainte au syndic du Collège des médecins. Ce dernier, Mario Deschênes, a entrepris une conciliation avec la Dre Zineb Ghali qui était visée par la plainte. Un mois plus tard, Gérald Lamoureux a reçu un chèque de 230 $ de la clinique d’ophtalmologie Bellevue de Longueuil où pratiquait la Dre Ghali.

Le chèque était accompagné d’une lettre, où plutôt que de s’excuser, on justifie les examens et les frais imposés. Une phrase à la fin choque particulièrement l’ingénieur à la retraite. «Considérant qu’un bris de confiance est intervenu entre nous, nous ne saurions assurer la poursuite de votre suivi médical. Nous vous suggérons de vous adresser à un Centre hospitalier (service gratuit)», est-il écrit.

Pas éthique

Pour Gérald Lamoureux, c’en était trop. Il dit avoir porté plainte de nouveau concernant les commentaires de la lettre. Or, il n’a eu aucune suite du syndic ni du Tribunal­­ des professions.

«Qu’on me refuse, je n’ai pas trouvé ça éthique, je ne trouvais pas ça correct», dit celui qui s’est par la suite trouvé une autre clinique. «Le syndic et le Collège des médecins sont là pour protéger le public. Quand des médecins exigent des frais et font des profits avec ça, le syndic ne fait pas sa job», lance-t-il. Pour sa part, le syndic affirme que la clinique lui a dit qu’elle n’aurait pas refusé M. Lamoureux s’il avait voulu se présenter de nouveau. Le syndic admet que la lettre n’aurait pas dû être envoyée telle quelle à M. Lamoureux.

Ironiquement, Gérald Lamoureux a de nouveau dû débourser des frais de 40 $ pour des traitements à l’azote chez un dermatologue le 4 janvier dernier. Il a de nouveau porté plainte au Collège.

Frais bientôt interdits

Rappelons que ces frais accessoires, qui touchent notamment les gouttes pour les yeux, seront interdits à partir d’aujourd’hui. Même s’ils sont contraires à la Loi fédérale sur la santé, ils sont tolérés par Québec depuis des années.

Le ministre de la Santé, Gaetan Barrette, a estimé que ces frais représentaient 83 millions $ alors que le prix au comptant serait­­ de 10 à 13 M$.

Au Collège, la porte-parole Caroline­­ Langis indique que deux nouveaux articles du code de déontologie entreront en vigueur simultanément. «Un médecin n’aura plus droit de tirer un avantage financier», dit-elle en précisant que certains frais pour des services non assurés pourront continuer d’être facturés. C’est le cas de certains rapports d’expertise ou de renouvellements par télécopieur­­.

Les dossiers envoyés en conciliation

Les centaines de médecins qui ont facturé pendant des années des frais exagérés à leurs patients, pour des examens ou des médicaments, s’en sont très bien tirés. Un seul d’entre eux a dû faire face au conseil de discipline du Collège des médecins­­.

La très grande majorité des dossiers se sont plutôt réglés en conciliation. Dans ces cas, la plupart des médecins ont accepté de rembourser les patients­­ pour leur avoir fait payer des médicaments ou des examens. Ils devaient aussi s’engager à modifier­­ leur grille de tarifs.

S’ils acceptent la conciliation, les médecins ne peuvent pas ensuite être visés par une plainte disciplinaire. C’est ce qui s’est produit pour Gérald­­ Lamoureux. Au total, 144 dossiers se sont rendus en conciliation depuis 2014, mais impossible de savoir combien concernent les frais accessoires.

Dix-huit médecins visés

Le Collège se défend d’avoir fait preuve de laxisme dans le dossier des frais accessoires. Selon Caroline Langis, la plupart des plaintes se sont réglées­­ avec un remboursement, à la satisfaction des patients.

Cela dit, en décembre dernier, 18 médecins du Centre oculaire de Québec ont appris qu’ils sont visés­­ par des plaintes disciplinaires. Ils devront­­ répondre à trois chefs d’infrac­tion pour des frais variant­­ de 20 $ à 45 $ facturés pour des solutions­­ ophtalmo­logiques, un montant jugé disproportionné par le syndic. Ce dernier avait déjà averti les médecins de revoir les tarifs imposés aux patients.