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Michael Applebaum coupable de corruption

L’ex-maire, qui s’est toujours dit innocent, a eu un malaise en cour

Michael Applebaum
Photo Chantal Poirier L’ex-maire de Montréal Michael Applebaum s’est toujours dit innocent, mais la justice en a décidé autrement en le déclarant coupable de corruption, jeudi au palais de justice.

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Pour la première fois dans l’histoire de Montréal, un ancien maire a été reconnu coupable de corruption. Michael Applebaum risque maintenant cinq ans de prison.

«L’accusé s’était engagé à exercer sa fonction avec honnêteté et justice. Nous devons constater qu’il en a fait fi», a lancé sans hésitation la juge Louise Provost, juste avant de déclarer coupable le maire déchu.

Debout au centre de la salle d’audience, Applebaum n’a pas dit un mot, mais son air blême le trahissait, lui qui a toujours clamé son innocence. Il a ensuite quitté le palais de justice sans dire un mot, laissant son avocat Pierre Teasdale déclarer qu’il allait «relativement bien, dans les circonstances».

Pendant plus de 90 minutes, l’accusé de 53 ans est resté droit debout à écouter la juge expliquer ses crimes, qui se sont étalés de 2006 à 2011.

Pots-de-vin

À l’époque, Applebaum était maire de l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Et plutôt que de se contenter de son salaire d’élu, il s’était adonné à de la corruption, en réclamant des pots-de-vin à des entrepreneurs qui voulaient faire affaire avec l’arrondissement.

Applebaum était toutefois extrêmement méfiant selon son ancien chef de cabinet Hugo Tremblay qui a témoigné pour la poursuite.

Tremblay avait même essayé de piéger Applebaum en lui faisant avouer ses crimes alors qu’il portait des micros installés par des enquêteurs, mais sans succès convaincant.

« Effort politique »

La juge a toutefois retenu que c’est à travers M. Tremblay que le maire déchu réclamait de l’argent aux entrepreneurs.

L’un d’eux, Robert Stein, avait même affirmé que lors d’une rencontre, Applebaum lui avait fait comprendre qu’un «effort politique» était nécessaire pour obtenir son appui pour un projet immobilier. M. Stein lui a versé 30 000 $, cachés dans un boîtier de DVD.

Tant M. Tremblay que M. Stein avaient accepté de collaborer avec les autorités, dans l’espoir de ne pas être accusés. Ce vœu, à ce jour, a été exaucé.

Michael Applebaum, qui s’est toujours dit innocent, a pour sa part choisi de ne pas témoigner à son procès. Et malgré les mises en garde de la défense, la juge a décidé de croire les témoins de la Couronne, en particulier Hugo Tremblay.

«M. Tremblay n’est pas un témoin taré, a dit la juge en reprenant un terme utilisé par la défense. Sa crédibilité et sa fiabilité sont évidentes.»

Malaise

Ces mots n’ont pas semblé plaire à Applebaum qui a alors eu un malaise dans la salle d’audience. Il a dû se retenir pour ne pas s’effondrer au sol, tandis qu’une enquêteuse et son avocat ont couru pour le retenir.

Après une pause d’une dizaine de minutes pendant lesquelles un constable est intervenu avec une trousse de soins, la juge a pu recommencer la lecture de son jugement.

En tout, Applebaum a été déclaré coupable de huit accusations d’abus de confiance par un fonctionnaire, de complot pour abus de confiance, et de fraude envers le gouvernement, entre autres.

Ces crimes sont passibles de cinq ans de pénitencier, a rappelé Me Nathalie Kléber de la Couronne, qui s’est dite satisfaite de ce verdict.


♦ Applebaum reviendra à la cour le 15 février, pour l’audience sur la sentence à lui imposer.

 

Ce qu’ils ont dit

«En matière de corruption, il est très rare que des sommes incriminantes soient conservées. Le tribunal aurait été étonné si les enquêteurs avaient pu saisir quelque argent dans ce dossier.»

«La preuve a démontré l’existence de plusieurs complots, fraudes envers le gouvernement, d’abus de confiance ainsi que d’actes de corruption dans les affaires municipales.»

– La juge Louise Provost

«La page est tournée. On a mis sur pied l'inspecteur général, on a posé des gestes très précis en matière de gestion de contrats. On s'est donné des outils pour protéger les sonneurs d'alertes. Je crois en la justice, et la juge a parlé.»

–  Denis Coderre, maire de Montréal

«Ces pratiques criminelles ont affecté la confiance des Montréalaises et Montréalais envers leurs institutions démocratiques, et ils en paient encore le prix aujourd’hui.»

–  Valérie Plante, chef de Projet Montréal