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Paradis, à chaud

Paradis, à chaud
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean

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Plus moyen de profiter d’une sortie culturelle sans se faire déranger par une autre crise interne des libéraux.

Pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, le premier ministre a annoncé jeudi soir à ses députés que le doyen de leur caucus, Pierre Paradis, en était expulsé et qu’il n’était plus ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

Après qu’on eut annoncé sans donner de raisons qu’il était temporairement remplacé par le ministre des Transports Laurent Lessard et que son bureau de comté ait indiqué qu’il s’agissait d’une légère commotion cérébrale, suivant une chute à cheval, on apprend ce soir qu’il fait l’objet d’une enquête policière pour une altercation survenue dans un bar et un comportement inapproprié à l’endroit d’une employée de son cabinet.

Pour savoir tous les détails connus à cette heure, vous pouvez lire ce que Le Journal de Québec, TVA Nouvelles.

Voici donc mes réactions, à chaud.

Fin de carrière pathétique

Élu depuis 1980, connu pour sa bonhommie et son côté, disons, festif, Pierre Paradis est le vice-doyen de l’Assemblée nationale, derrière le non moins attachant, mais tellement plus égal, François Gendron. Après avoir été mis de côté par Jean Charest qui souhaitait en faire un exemple, il connaissait une rédemption depuis l’arrivée de Philippe Couillard.

Son mandat semblait difficile, comme en a témoigné l’accueil hostile rencontré lors du dernier congrès de l’UPA où le vétéran ministre est apparu complètement déconnecté. Le départ de Pierre Paradis du MAPAQ soulagera sans doute bien des gens et pas juste chez les syndicats. Sa machine administrative et certains collègues trouveront probablement l’ambiance moins pesante.

N’empêche, on aurait souhaité une meilleure fin de carrière que ce départ dans la disgrâce à ce personnage qui compte des amis des deux côtés de la chambre. On a hâte de l’entendre de la bouche du cheval (excusez-la !), mais il est à craindre qu’il n’aura qu’à s’en prendre à lui-même pour cette sortie pathétique.

Que savait le PM ?

Quand on a annoncé que Laurent Lessard remplacerait Pierre Paradis temporairement, tout le monde qui connaît un tant soit peu la politique savait que quelque chose ne tournait pas rond. On ne nomme pas un ministre intérimaire pour un pépin de santé qui ne nécessite que quelques jours de repos. Il y a des décrets déjà en place pour composer avec ce genre de situations.

Bref, en remplaçant le ministre mercredi, le premier ministre savait — et nous aussi — que la situation était plus grave que la chute à cheval que l’entourage de Paradis nous a servie.

Selon Radio-Canada, le cabinet du PM aurait été informé vendredi dernier qu’un membre de son équipe — et pas n’importe lequel — fait l’objet d’une enquête.

Or, le communiqué émis pour annoncer que Laurent Lessard avait été assermenté en bonne et due forme comme ministre de l'Agriculture prétend que Philippe Couillard n'aurait été informé qu'en début de soirée hier que Pierre Paradis était sous enquête. 

Pourquoi, donc, avoir annoncé le remplacement de Paradis avant-hier?

Objectivement, ça ne tient pas la route.

Plusieurs questions se posent. Que savait le premier ministre ? A-t-on tenté d’étouffer l’affaire ? La SQ a-t-elle donné avis aux autorités politiques quant à ce qui se trouvait sous sa loupe, comme le ministre de la Sécurité publique nous avait pourtant assuré qu’il n’en était rien en octobre dernier ?

En après-midi hier, le premier ministre s’est défilé et s’est refusé à commenter l’affaire. Ses déclarations démontrent qu’il en savait plus que ce qu’il ne l’admettait.

En définitive, cette situation ne concerne déjà plus que Pierre Paradis.

Philippe Couillard a des comptes à rendre aux Québécois.

Un gouvernement instable

Les anciennes vedettes Gilles Ouimet, Marguerite Blais et Robert Dutil ont tour à tour quitté parce qu’elles n’étaient pas ministres. Yves Bolduc a démissionné après plusieurs controverses. Lise Thériault a dû prendre un temps d’arrêt. Robert Poëti a été démis de ses fonctions avant de révéler des détails troublants sur la gestion de son ministère. Pierre Moreau a été malade. Sam Hamad a perdu son poste dans une affaire d’éthique. Luc Fortin a vécu un épuisement professionnel. Jacques Daoust est parti dans la disgrâce après avoir menti au public et/ou à son chef quant à la vente de RONA. Gerry Sklavounos a été expulsé du caucus après avoir fait l’objet d’allégations à caractère sexuel. Cinq partielles ont eu lieu dans des circonscriptions détenues par le parti ministériel, trois sont plausibles (Laurier-Dorion, Louis-Hébert et Brome Missisquoi).

Sérieusement, a-t-on déjà connu, au Québec, un gouvernement aussi instable ? En fait oui, il y a les onze démissions au sein de l’équipe péquiste de René Lévesque de 1981, lesquelles s’expliquaient principalement par le conflit idéologique que représentait le beau risque.

Rien de tout ça, ici. Ambitions déçues, incompétence grossière, problèmes éthiques, histoire de mœurs : c’est ce qui fait les hauts, mais surtout les bas, du gouvernement Couillard.

Certes, on ne va pas reprocher à Philippe Couillard — et encore moins aux individus qui ont vécu ces situations — d’avoir eu à composer avec des problèmes de santé au cours des dernières années.

Néanmoins, la question se pose : pourquoi les gens vont si mal, au sein de l’équipe libérale ? Qu’est-ce qui se passe ?

Devant n’importe quelle entreprise affrontant autant d’adversité venue de l’interne, on diagnostiquerait un sérieux problème de culture organisationnelle.

Même le PQ, réputé parti chicanier, n’a pas connu autant d’instabilité en 30 ans.

Ça prend un remaniement... un gros !

Philippe Couillard avait ouvert la porte à un remaniement en décembre. Finalement, la montagne a accouché d’une souris. On n’a fait que ramener Pierre Moreau, laissant entendre que le grand brassage de cartes viendrait plus tôt que tard.

Là, ça ne peut plus attendre. Laurent Lessard, désormais ministre en titre, en avait déjà plus que ce qu’il peut en prendre avec les Transports — ébranlé par une histoire d’éthique l’an dernier, on est porté à l’oublier — et le troisième lien. La question agricole en général et plus particulièrement le dossier de la fiscalité, qui n’est pas en train de tourner à la faveur du gouvernement, mérite un ministre qui s’y consacre à temps plein. On a déjà vu que de laisser le Conseil du trésor au ministre des Finances pendant trop longtemps a transformé la banale négociation avec les juristes de l’État en plus long conflit de travail de l’histoire de notre administration publique.

Du reste, ça continue de craquer de partout. Stéphanie Vallée est toujours à la Justice et Gaétan Barrette ne cesse d’allumer des feux là où il n’y a pas lieu d’en avoir.

Et chaque événement fait en sorte que de ramener Sam Hamad au conseil des ministres apparaîtrait plus maladroit. Et le caucus qui piaffe d’impatience.

Ça prend un remaniement donc. Et peut-être même plus haut qu’on le pense.

Il faudra que Philippe Couillard se pose lui-même la question. Pourquoi y a-t-il autant de fligne-flagne autour de lui ? Pourquoi n’est-il pas capable de se doter d’un cabinet qui le satisfasse lui-même, s’il y a autant de talents qu’il le prétend au sein de son équipe ? Pourquoi ses ministres semblent-ils aussi tout croches et malheureux que ce qu’on voit encore aujourd’hui ?

À un moment donné, il devra se regarder dans le miroir. En politique, ça va toujours comme c’est mené.

C'est peut-être d'une partielle dans Roberval dont le gouvernement libéral a besoin.