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Le BAPE n’est pas le pape, mais...

Le BAPE n’est pas le pape, mais...
Photo courtoisie

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Dans son style habituel, le maire Denis Coderre y est allé d’une formule choc pour tenter de minimiser les conclusions du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) relativement au projet de transport collectif (REM) mis de l’avant par la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDPQ) avec l’aval des autorités québécoises et montréalaises, c’est sa façon originale de dire que le BAPE n’est pas infaillible et qu’il faut aller de l’avant avec le projet.

En cela, il est en harmonie avec le premier ministre Couillard qui réagissait au rapport du BAPE à Davos sans en avoir pris connaissance et qui entendait poursuivre le projet. Il est vrai que le BAPE n’est pas infaillible et demeure un organisme conseil pour le gouvernement, les décisions incombant au pouvoir exécutif. Il est toutefois surprenant d’observer le traitement cavalier que les plus hautes autorités auront servi à l’institution pour minimiser ou même discréditer son rapport.

Je peux comprendre que le rapport est dérangeant pour nos politiciens après avoir affiché un enthousiasme débonnaire sur la place publique mais il ne saurait faire fi des conclusions des commissaires par un simple saut d’humeur. Le BAPE m’apparaît à l’abri des conflits d’intérêt qui peuvent animer les promoteurs du projet et rend son avis en toute indépendance à l’intérieur du mandat qui lui est dévolu, quoi qu’en disent les ploutocrates et leur think tank.

Les trois commissaires qui ont mené les audiences et livré le rapport ont été nommés sous le règne des libéraux. Il faudrait être de mauvaise foi pour y voir un quelconque maquignonnage partisan au profit de groupes de pression ou d’autres formations politiques. Les réticences qu’ils manifestent ainsi que les questions soulevées méritent des réponses plus éclairantes que les simples déclarations ex-cathedra de nos décideurs.

Les préoccupations des commissaires sur la rentabilité du projet, sur ses impacts en regard des autres transports en commun, sur la pertinence du trajet projeté et sur l’empreinte en territoire agricole sont tout à fait légitimes à l’intérieur de leur mandat. Nous connaissons trop de projets qui servaient des fins politiques à court terme pour s’avérer un flop monumental par la suite. L’aéroport de Mirabel en est un exemple cinglant en matière de transport, comme Muskrat Falls en est un autre en matière de transport d’énergie. Des milliards de dollars engloutis inutilement avec une destruction environnementale irréparable.

Ce n’est pas messieurs Couillard et Coderre qui paieront les pots cassés si effectivement les appréhensions du BAPE se matérialisaient. Le BAPE n’est pas le pape, mais monsieur Coderre est encore moins un dieu et il devrait s’imposer de la retenue pour éviter une note salée aux contribuables du Québec. Prendre un peu plus de temps pour s’assurer de la viabilité d’un projet qui servira la population plutôt que les spéculateurs en tous genres, constituent la voie la plus sûre pour avoir l’esprit tranquille et nous éloigner de l’enfer d’un flop.