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Plus riche au Québec qu’ailleurs

De toutes les provinces, le Québec est celle où les travailleurs ont le plus d’aide de l’État

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Photo d'archives De nombreuses manifestations organisées par les syndicats et des organismes de lutte contre la pauvreté ont eu lieu en 2016 pour tenter de convaincre le gouvernement d’augmenter le salaire minimum à 15 $/h au Québec. Il sera plutôt haussé de 50 cents.

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C’est au Québec que les travail­leurs au salaire minimum ont le plus d’argent dans leurs poches à la fin de l’année, même si cinq provinces offrent un revenu plus élevé qu’ici.

Ce résultat est dû à six prestations gouvernementales, soit l’allocation pour enfants, le crédit de taxe de vente remboursable, le crédit solidarité et les prestations provinciales pour enfants, pour faible revenu et pour le revenu de travail.

Plusieurs seront surpris que le Québec se montre plus généreux envers ses travailleurs à la fin de l’année, alors que de nombreux militants poussent pour un salaire minimum à 15 $/h.

Samedi, Le Journal rapportait les choix déchirants que doivent faire les travailleurs à faibles revenus pour arriver.

«On fait 3000 $ de salaire en moins au Québec qu’en Alberta, mais on vit mieux ici que là-bas sur le salaire minimum», lance l’économiste Luc Godbout, qui a comparé les revenus selon les provinces et les prestations versées par les gouvernements.

Ainsi, qu’on soit une personne seule, une famille monoparentale ou un couple avec deux enfants, c’est dans la Belle Province que les travailleurs au salaire minimum s’éloignent le plus de la pauvreté.

«Mais ça ne veut pas dire qu’ils n’ont pas de difficulté à boucler la fin du mois. C’est plutôt pour montrer qu’il ne faut pas seulement regarder le taux horaire», dit le chercheur de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Revenu qui double

En tenant compte des prestations, un couple du Québec avec deux enfants, dont un seul conjoint travaille au salai­re minimum, se retrouve avec un reve­nu disponible d’environ 41 000 $. C’est près du double de son salaire annuel qui, lui, se situe autour de 22 000 $.

Le Québec est donc la province la plus généreuse du pays. Puis, M. Godbout note aussi que les coûts des garderies n’ont pas été pris en compte, mais que, là encore, le Québec détient un avantage sur les autres.

Trois fois plus

Pour une personne seule travaillant au salaire minimum, les prestations reçues au Québec se chiffrent à près de 1400 $.

C’est presque le double des autres provinces et trois fois plus qu’en Alberta, par exemple.

La seule situation dans laquelle le Québec n’est pas en tête de file, c’est pour un couple sans enfants dont les deux conjoints travaillent au salaire minimum. Dans ce cas, la province arrive derrière l’Alberta et l’Ontario.

Ce qui reste dans les poches

Toutefois, Luc Godbout reconnaît que ses calculs sont basés sur un horaire de travail de 40 heures par semaine, alors que bien des organismes soulignent que le travail au salaire minimum est souvent précaire et à temps partiel.

«Ce qui compte, c’est ce qu’il reste dans vos poches [...] et c’est réjouissant de voir qu’il ne faut pas seulement tenir compte du salaire minimum, mais aussi de ce que l’État offre et combien ça coûte vivre au Québec», souligne l’économiste Godbout.

Il ajoute cependant qu’il n’a pas la prétention de nier les problèmes ou la pauvreté dans laquelle peuvent vivre des travailleurs à faible revenu.

 

Salaire minimum selon les provinces

En plein débat au Québec pour augmenter le salaire minimum à 15 $/h, Le Journal a rencontré des travailleurs à faibles revenus pour voir comment ils réussissent à joindre les deux bouts chaque mois. Dettes, paniers d’épicerie vides et choix difficiles font partie de leur quotidien. Si les syndicats et les organismes pensent que 15 $/h est la seule façon de les sortir de la pauvreté, les entreprises, elles, y voient un réel danger pour l’économie du Québec.

  • Terre-Neuve-et-Labrador: 10,50 $ l’heure
  • Nouveau-Brunswick: 10,65 $ l’heure
  • Nouvelle-Écosse: 10,70 $ l’heure
  • Saskatchewan: 10,72 $ l’heure
  • Québec: 10,75 $ l’heure
  • Colombie-Britannique: 10,85 $ l’heure
  • Île-du-Prince-Édouard: 11,00 $ l’heure
  • Ontario: 11,40 $ l’heure
  • Alberta: 12,20 $ l’heure

 

Attendre 10 ans pour les 15 $/h

 

Au rythme actuel, les travailleurs québécois devront patienter au moins 10 ans avant de toucher un salaire minimum de 15 $/h, dénoncent ceux qui militent depuis des mois pour cette hausse.

«Si on réclame 15 $/h, c’est parce que c’est l’équivalent d’un salaire viable aujourd’hui. Dans 10 ans, ce sera plutôt 19 $ ou 20 $/h pour sortir les travailleurs de la pauvreté», lance le chercheur Philippe Hurteau, de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

La semaine dernière, le gouvernement Couillard a annoncé une hausse de 50 cents du salaire minimum en mai. Le salaire minimum pourrait atteindre 12,45 $/h d’ici quatre ans, si l’économie québécoise le permet, prend soin d’ajouter le gouvernement.

<b>Dominique Vien</b><br />
Ministre du Travail
Photo d'archives
Dominique Vien
Ministre du Travail

Ces hausses permettront aux travailleurs d’obtenir un taux horaire «juste, réfléchi, bénéfique et adapté à notre contexte économique», dit la ministre Dominique Vien.

Mais ce n’est pas assez pour augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs, selon le député Marc Bourcier, du Parti québécois, qui préconise un salaire minimum à 15 $/h d’ici cinq ans.

« Miettes »

Pour Québec solidaire, qui réclamait 15 $/h le plus vite possible, le gouvernement laisse tout simplement tomber ses travailleurs au profit des entreprises.

<b>Andres Fontecilla</b><br />
Porte-parole QS
Photo d'archives
Andres Fontecilla
Porte-parole QS

«Même en mode pré­électoral où les libéraux donnent des bonbons à gauche et à droite, les travailleurs doivent se contenter de miettes», s’insurge le porte-parole Andres Fontecilla.

Son parti voulait que le gouvernement tienne des consultations publiques à ce sujet plutôt que d’en décider derrière des portes closes.

À la suite de l’annonce du gouvernement, les PME se sont dites soulagées, mais ont quand même demandé des mesures d’atténuation au gouvernement pour les aider à offrir ces salaires. Le Conseil canadien du commerce de détail et le Conseil du patronat du Québec sont du même avis.

Les nombreuses manifestations et campagnes des derniers mois auront au moins fait bouger le gouvernement, estime Daniel Boyer, de la Fédération des travailleurs du Québec. La hausse de 50 cents, dit-il, est la plus généreuse depuis 2010.

 

Deux camps s’opposent sur les 15 $ l’heure

Pour

Leurs arguments

  • Sortir près d’un Québécois sur cinq de la pauvreté.
  • Il faut un salaire horaire de 15,10 $/h au Québec en 2017 pour combler ses besoins de base.
  • Réussite ailleurs, comme en Colom­bie-Britannique où des économistes annonçaient la perte de 50 000 emplois, lorsque le salaire minimum, gelé depuis neuf ans, a fait un bon de plus de 2 $/h. Mais finalement, 1 % des emplois, tout au plus, ont été perdus et ils ont été retrouvés à peine deux ans plus tard.
  • Estimation de pertes d’emplois possibles de 6000 à 20 000 au Québec, soit seulement 2 % des travailleurs à faibles revenus.
  • Augmentation du pouvoir d’achat des travailleurs, car une augmentation de 40 % du salaire minimum n’entraînerait qu’une hausse de 1 à 3 % des prix à la consommation.
  • Demander aux entreprises privées, pas uniquement à l’État et aux contribuables, d’aider les travailleurs à faibles revenus.
  • Avec un salaire de 15 $/h, des étudiants qui travaillent pour subvenir à leurs besoins pourraient réduire leurs heures et se concentrer sur leurs études.

Ils sont « pour » :

  • Les syndicats comme la CSN, CSQ et CSD
  • Le Collectif pour un Québec sans pauvreté
  • Le parti politique Québec solidaire
  • L’Institut de recher­che et d’informations socioéconomiques (IRIS)

« Au contraire d’une catastrophe, ce serait une bonne mesure pour faire reculer le phénomène des travailleurs pauvres, parce que ce n’est pas normal qu’une personne qui travaille à temps plein soit encore sous le seuil de pauvreté»

– Philippe Hurteau, chercheur à l’IRIS

 

Contre

Leurs arguments

  • Jusqu’à 100 000 emplois seraient menacés en raison des salaires plus élevés que des employeurs n’arriveraient pas à payer.
  • Hausse du coût de la main-d’œuvre pour les entreprises, jusqu’à 40 % plus cher pour un employé au salaire minimum.
  • Perte de profits et fermeture possible de PME qui ne seraient plus rentables.
  • Si les employés coûtent plus cher, les entreprises devront refiler la facture aux consommateurs en haussant leurs prix.
  • Cela s’ajouterait au fardeau déjà plus lourd des employeurs, qui paient annuellement au Québec environ 30 % de plus en taxes sur la masse salariale qu’en Ontario et 45 % de plus que la moyenne canadienne.
  • Effet «domino» pour les employeurs qui doivent préserver l’équité et qui pourraient devoir augmenter proportionnellement tous les salaires, selon une hausse du salaire minimum.
  • Un salaire à 15 $/h rendrait le marché du travail plus attrayant et augmenterait le décro­chage scolaire.

Ils sont « contre » :

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI)

Le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD)

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ)

L’économiste et professeur émérite Pierre Fortin

« Ce serait une solution perdant-perdant-perdant, autant pour les entreprises que pour les travailleurs à faible revenu eux-mêmes et pour l’ensemble de l’économie québécoise »

– Martine Hébert, vice-présidente de la FCEI