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La campagne antidrogue profite aux policiers véreux

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Photo AFP Des policiers des forces spéciales font une rafle dans un bidonville de Manille.

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Manille | Rapts, extorsion, meurtres... La longue liste de crimes sordides imputés aux «ripoux» de la police philippine n’est selon certains que le corollaire de la sanglante «guerre contre la drogue» du président Rodrigo Duterte.

L’avocat populiste a été élu au printemps en promettant d’éradiquer le trafic de stupéfiants en tuant si nécessaire des milliers de drogués et en prévenant les policiers qu’ils ne seraient jamais poursuivis pour avoir abattu un suspect.

Huit mois plus tard, la police – connue pour être une des institutions les plus corrompues de l’archipel – est mise en cause dans de nombreuses affaires abjectes, sans aucun lien avec la lutte contre les stupéfiants.

«Il sera difficile de remporter la guerre contre la drogue, car nous avons un problème avec les forces de police qui en profitent», a averti cette semaine le sénateur Panfilo Lacson, ancien chef de la police nationale (PNP) et membre de la coalition au pouvoir.

Connu pour son franc-parler et son langage cru, Rodrigo Duterte a même affirmé qu’il serait heureux de massacrer trois millions de toxicomanes si cela permettait de remédier à un des fléaux de la société philippine.

Des Milliers de morts

Depuis son arrivée au pouvoir fin juin, les policiers ont tué plus de 2500 «suspects» de trafic de drogue.

Dans le même temps, près de 4000 personnes ont péri dans des circonstances inexpliquées, leur dépouille étant souvent retrouvée abandonnée dans la rue près d’un bout de carton accusant la victime d’être un toxicomane ou un trafiquant.

Malgré sa violence, cette campagne est très populaire auprès de l’opinion. Mais les révélations sur des méfaits de certains «ripoux» pourraient doucher cet enthousiasme.

Le chef de la police nationale vient d’admettre qu’un homme d’affaires sud-coréen avait été assassiné par des membres de la brigade des stupéfiants, confirmant les craintes sur l’existence de nombreux éléments incon­trôlés.

Jee Ick-joo avait été enlevé chez lui en octobre, conduit au siège de la PNP où il avait été étranglé dans une voiture, non loin de la résidence du chef de la police, selon une enquête officielle.

Le meurtre de M. Jee a entraîné l’ouverture d’une enquête sénatoriale. Jeudi, les parlementaires ont évoqué une dizaine d’affaires de policiers véreux.

Extorsion

Les autorités ont annoncé que des «ripoux» avaient extorqué de l’argent à trois golfeurs sud-coréens en décem­bre.

Le sénateur Lacson a, lui, diffusé des images de vidéosurveillance montrant des agents passant à tabac des civils dans un bureau en octobre, braquant leurs armes sur eux avant de planquer de la méthamphétamine dans leurs tiroirs.

Cette fausse descente des stups était une vraie affaire d’extorsion, qui aurait rapporté 180 000 $ aux policiers.

– Par Ayee Macaraig, Agence France-Presse