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Le décret migratoire de Trump contre sept pays musulmans: Quelle logique?

Rally In Boston's Copley Square Protests Muslim Immigration Ban
AFP

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Pour conclure sa première semaine au pouvoir, Donald Trump a signé tard vendredi un décret qui interdit l’accès aux États-Unis aux ressortissants de sept pays majoritairement musulmans alors que plusieurs pays dont sont originaires plusieurs responsables d'attentats terroristes sont épargnés par le décret. Quelle est la logique derrière cette interdiction et le choix des pays?

En campagne électorale, une des principales promesses de Donald Trump était de bloquer l’accès aux États-Unis à tous les musulmans «jusqu’à ce qu’on comprenne ce qui se passe.» Cette promesse, on s’en souviendra, a été l’une des plus controversée d’une campagne où la controverse n’était jamais bien loin.

Entre autres critiques, et pas la moindre, les analystes ont vite saisi qu’une interdiction basée uniquement sur la religion serait fort probablement jugée inconstitutionnelle ou, au mieux, pratiquement impossible à mettre en œuvre. On a donc eu droit à plusieurs versions de cette promesse pendant la campagne et, aujourd’hui, c’est une version édulcorée de cette promesse qui a été signée par Donald Trump et qui a déclenché simultanément une volée de critiques et d’innombrables difficultés de mise en application.

Une mesure contestable et contestée

À la base, une interdiction de séjour affectant presque exclusivement des ressortissants musulmans envoie exactement le genre de message aux communautés musulmanes à travers le monde que souhaitent entendre des organisations comme Daech ou Al-Qaïda. En bref, ce genre de mesures ne font que confirmer les prétentions de ces groupes selon lesquels l’Islam est au cœur d’un conflit de civilisations contre les États-Unis et leurs alliés et que les musulmans n’ont donc d’autre choix que de se rallier à leur guerre sainte. Cet argument a été présenté notamment par les sénateurs républicains John McCain et Lindsey Graham. Sans parler de tous les problèmes de libertés civiles soulevés par ce genre de mesure discriminatoire.

C’est pourquoi il y a des dizaines de manifestations à travers les États-Unis et ailleurs dans le monde aujourd’hui pour contester cette mesure discriminatoire dont l’efficacité pour combattre le terrorisme est contestable. Les manifestants sont particulièrement actifs dans les aéroports, où des ressortissants affectés par l’interdiction se voient contraindre de rebrousser chemin. Dans certains cas, des parents visés par l’interdiction ont été séparés de leurs enfants nés aux États-Unis.

Quelle est la logique?

Les pays visés par l’interdiction sont les suivants : Syrie, Irak, Iran, Yemen, Somalie, Soudan et Libye. Les pays musulmans de la région qui sont épargnés par le décret sont l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Turquie, l’Azerbaïdjan et la Jordanie.

Pourquoi cibler les premiers et pas les autres? On peut se demander, par exemple, pourquoi on interdit l’accès aux États-Unis même à des Irakiens qui auraient combattu aux côtés des Américains dans la longue guerre qui a affligé leur pays. Y aurait-il une différence entre les pays ciblés et ceux qui ne le sont pas?

Par exemple, ces pays sont-ils visés parce que leurs ressortissants présentent un risque plus élevé de commettre des attentats sur le territoire américain? En fait, parmi tous les événements passés de terrorisme lié au courant islamiste qui ont fait des victimes en territoire américain, aucun n’a été perpétré par des ressortissants des sept pays visés. Par contre, les auteurs des attentats du 11 septembre venaient d’Arabie saoudite, d’Égypte et du Liban, trois pays épargnés par les sanctions.

Alors quelle est la logique qui explique que certains pays sont visés par ces sanctions et d’autres non? Certaines mauvaises langues prétendront que la raison pour laquelle aucune sanction n’a été déclarée contre l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Turquie, l’Azerbaïdjan et les Émirats arabes unis est que l’Organisation Trump a des investissements ou des projets en cours dans chacun de ces cinq pays alors qu’elle n’en a pas dans les pays sanctionnés. C’est sûrement une coïncidence, car il s'agirait d'un cas assez manifeste de conflit d'intérêts, alors que le président Trump tient depuis son élection à rassurer tout le monde qu'aucun conflit d'intérêts ne peut affecter ses décisions.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM