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Lettre à Donald Trump

Donald Trump et sa femme Melania devant la statue d’Abraham Lincoln le 19 janvier 2017.
Photo AFP Donald Trump et sa femme Melania devant la statue d’Abraham Lincoln le 19 janvier 2017.

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Il y a quelque chose de surréaliste dans cette image de vous faisant un salut militaire devant le monument d’Abraham Lincoln, ce jeudi 19 janvier, à la veille de votre investiture à titre de 45e président des États-Unis.

Abraham Lincoln, le 16e président américain, est celui qui a proclamé, il y a près d’un siècle et demi, l’abolition de l’esclavage et unifié les États-Unis d’Amérique au prix d’une guerre de Séces­sion, alors que vous n’avez cessé, depuis votre prise de poste, le 20 janvier dernier, de semer les germes de la haine et de la division à coups de décrets.

Vous ne pouvez pas vous réclamer d’Abraham Lincoln et votre «salut militaire» est tout sauf une fidélité aux

valeurs suprêmes de l’Amérique pour lesquelles il s’est battu. En témoigne le dernier décret que vous avez signé, le 27 janvier dernier, bannissant, si arbitrairement et si injustement, les immigrants et les réfugiés en provenance de sept pays musulmans, soit la Syrie, l’Iran, l’Iraq, le Yémen, la Libye, le Soudan et la Somalie, les qualifiant globalement de «terroristes radicaux».

Échecs des États-unis

Ce geste insensé, vous l’avez posé au Pentagone, à un moment solennel et éminemment symbolique, lors de l’honneur que vous avez rendu à votre secrétaire à la Défense, le général James Mattis, qui a servi, dans le corps des marines, durant trois guerres majeu­res, celles d’Afghanistan, du Golfe et d’Iraq.

Or, ce sont précisément les multiples interventions de l’Armée américaine en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient qui ont dévasté les pays dont vous bannissez aujourd’hui les ressortissants.

Ces interventions se sont toutes soldées par un échec. Pire, elles ont enfanté des monstres: Al-Quaïda en Afghanistan, au Yémen, au Maghreb et au Soudan, l’État islamique en Iraq, en Syrie et en Libye, et le groupe djihadiste Al-Shabab, en Somalie.

Les premières victimes de ces ingérences outrageantes ainsi que du terrorisme islamiste qu’elles ont engendré sont précisément les musulmans eux-mêmes, dont les morts se comptent par centaines de milliers sans compter les millions de réfugiés et de déplacés.

Et pourtant, ils sont nombreux, les musulmans qui se mobilisent pour mener un combat courageux, au péril de leur vie, contre la montée de l’islamis­me radical. C’est la digue la plus solide qui fait barrage à l’expansion de l’idéologie salafiste, dont l’Arabie saoudite, l’alliée de l’Amérique, est la principale source.

Cinq actions pour lutter contre le terrorisme

Monsieur le président des États-Unis,

Vous voulez entrer dans l’histoire comme celui qui a mis au pas les groupes djihadistes? Alors voici cinq actions concrètes que vous pouvez poser et qui changeront le monde. Vous en avez le pouvoir et les moyens:

1. Cesser de vendre des armes à l’Arabie saoudite ainsi qu’aux potentats du Golfe, car elles finissent toujours par se retrouver entre les mains des terroristes que vous prétendez combattre;

2. Bannir, sur le territoire américain, la propagande haineuse diffusée par les prédicateurs salafistes sous couvert de religion, car le djihadisme est avant tout un combat idéologique;

3. Empêcher l’implantation de la charia aux États-Unis;

4. Arrêter l’infiltration des groupes islamistes radicaux dans les institutions américaines, dont l’objectif principal est de saper la démocratie, notamment les Frères musulmans;

5. Soutenir financièrement les sociétés civiles, les ONG et les groupes de femmes dans les pays musulmans pour aider à implanter une culture de la démo­cratie propre à leurs contextes et à leurs aspirations.