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Une attaque «sans précédent» au Canada

Les circonstances de l'attentat de Québec laissent croire aux experts à un terrorisme d’extrême droite

Une attaque «sans précédent» au Canada
Photo Stevens LeBlanc

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La tuerie de dimanche soir à Québec pourrait bien être le pire acte terroriste de notre histoire contre la communauté musulmane si les soupçons de spécialistes en affaires policières se confirment.

«On n’a jamais vu quelque chose d’aussi important que ça au Québec. En 35 ans d’enquête à la Sûreté du Québec, je ne me souviens pas d’un événement comme ça. Je pense que c’est sans précédent», avance Jean-François Brochu, ex-policier et analyste en affaires ­policières.

L’opération policière était toujours en cours que l’expert montrait déjà du doigt des motivations idéologiques pour justifier ce geste.

«On verra leur motivation, mais ils semblent s’attaquer aux musulmans. En plein quand l’administration Trump envoie des messages qui pourraient être une inspiration. C’est une hypothèse qui sera sans doute étudiée», analyse-t-il.

Dans les prochains jours, il sera possible d’évaluer les motivations des individus arrêtés par la police et leur degré d’organisation. Le choix de la cible – le Centre culturel islamique de Québec – fait aussi penser à l’ex-policier Paul ­Laurier qu’on ne peut écarter l’hypothèse du terrorisme d’extrême droite.

«Il y a une montée de l’extrême droite, et c’est possiblement en cause dans ce dossier. On observe à Québec l’émergence de groupes d’extrême droite visés par des enquêtes policières», explique M. Laurier, qui a dans sa carrière ­enquêté sur certains de ces groupes.

Selon lui, l’enquête des prochains jours nous dira si le ou les tireurs ont plutôt un profil de «loups solitaires» ou encore d’un groupe plus organisé.

Enquête

Jean-François Brochu explique que les prochaines heures de l’enquête seront cruciales pour cueillir les éléments qui seront utilisés lors de l’éventuel procès des suspects.

«Pour les policiers, c’est sûr que ce sera traité comme un acte terroriste. Mais pour l’instant, c’est une scène de crime de meurtres multiples.»

Selon lui, la scène de crime pourrait être maintenue pendant «au moins 48 heures», pendant lesquelles les autorités tenteront de dresser la chronologie des événements en interrogeant tant les suspects que leur entourage.

«Il faudra établir pour les tribunaux qui a tué, comment, pour obtenir une condamnation à la suite d’un procès», liste M. Brochu.

Médiatisation

À savoir ce qui peut pousser un ­individu à passer à l’acte, les experts consultés par Le Journal croient que les médias ont peut-être un rôle à jouer.

«C’était prévisible qu’un événement d’une telle nature allait survenir. Malheureusement, il y a un courant xénophobe qui a été toléré. Il a peut-être même été nourri par des médias, comme des radios provocantes», blâme pour sa part l’expert en sécurité Michel Juno Katsuya.

Si Jean-François Brochu est quant à lui «très étonné» qu’une telle attaque survienne au Québec, il est d’accord que les médias ont une responsabilité.

«Toutes les études démontrent que statistiquement, plus on médiatise des événements comme ceux-là, plus ça ­donnera envie à certains de passer à l’acte.»

Tous ont convenu que seule l’enquête permettra de confirmer leurs ­hypothèses recueillies à chaud.

D’autres attaques au Canada

5 mai 1984

Le caporal de l’Armée canadienne Denis Lortie fait feu sur des touristes à Québec avant d’entrer dans le P­arlement.

  • 3 morts, 13 blessés.

6 décembre 1989

Le tireur Marc Lépine, 25 ans, cible les femmes à l'École polytechnique de Montréal.

  • 14 morts, 14 blessés.

13 septembre 2006

Kimveer Gill ouvre le feu au Collège Dawson, à Montréal.

  • 2 morts, dont le tireur.

4 septembre 2012

Richard Henry Bain tente d’entrer au Métropolis, à Montréal, pendant le discours de Pauline Marois, nouvellement élue première ministre du Québec.

  • 1 mort, 1 blessé.

20 octobre 2014

À Saint-Jean-sur-Richelieu deux militaires sont mortellement happés par la voiture de Martin «Ahmad» Rouleau, tué par les policiers.

  • 3 morts, dont l’assaillant.

22 octobre 2014

Michael Zehaf-Bibeau tire sur un militaire posté au Monument commémoratif de guerre avant d’entrer au Parlement du Canada, où il est abattu par sergent d'arme Kevin Vickers.

  • 2 morts, dont le tireur.