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Il aurait pu être mon étudiant

Il aurait pu être mon étudiant
Photo tirée de Facebook

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Quelle horreur sans bon sens que celle qui s’est passée dimanche soir à Québec. Avant de me livrer à ce petit témoignage, très personnel, je tiens à offrir mes plus sincères condoléances aux proches des victimes. Je souhaite que les gens affligés par l'événement reçoivent tout le soutien possible.

J’ai grandi à Ste-Foy, y ayant vécu de 6 à 16 ans.

Mais je dois dire que ce qui m’a le plus bouleversé, c’est de me dire qu’Alexandre Bissonnette, l’auteur de la tuerie, aurait pu être mon étudiant.

Je me suis rendu à l’Université Laval le cœur lourd lundi pour y donner mon cours.

En général, je sentais dans les corridors que le cœur n’était pas à la fête. Il faut dire que ce type d’attentat crée généralement une certaine frousse chez les étudiants, qui se disent, à juste titre, que cela pourrait donner des idées à d’autres. Et Dieu sait qu’une institution d’enseignement est un véritable « bar ouvert » à cibles faciles. Le recteur a heureusement annoncé rapidement que la sécurité allait être renforcée. Mais les jeunes universitaires seront assurément marqués par ce souvenir noir. À ce titre, je me rappellerai toujours de la fusillade du collège Dawson, survenue deux semaines après le début de mon baccalauréat à l’Université de Montréal en 2006. Quelques jours plus tard, quand il était clair que la jeune Anastasia De Sousa avait été tuée, mon professeur avait commencé son cours en nous demandant d’observer une minute de silence à sa mémoire. Un beau geste de compassion, que je n’ai pu m’empêcher de faire également hier, au tout début de mon cours.

Quand le nom d’Alexandre Bissonnette est sorti, hier matin, je suis allé voir sa page Facebook. Celle-ci a rapidement été inondée d’insultes extrêmement violentes. Si je comprends que plusieurs aient voulu exprimer leur colère contre le coupable du crime le plus odieux, celui d'enlever la vie à des êtres humains, je doute fort qu’il s’agisse du bon moyen. La famille de Bissonnette fait, à mon sens, partie des victimes. Imaginons un peu ce qu’ils doivent ressentir, à commencer par ses parents, qui pensent probablement vivre dans un cauchemar depuis hier soir et n’attendent qu’à se réveiller en sueurs en se disant « ouf, ce n’était pas réel ! ». Ils se demandent probablement à quel moment ils ont erré, à quel instant ils ont littéralement perdu leur fils, et ce qui a bien pu se passer pour que son humanité s’évapore ainsi, avec la fumée de sa mitraillette. Alexandre Bissonnette a commis un geste monstrueux. Cependant, ce ne sera pas lui qui lira les commentaires déposés sur la page Facebook mais bien sa famille.

Quand je suis allé voir sa page, j’ai alors découvert que j’avais sept « amis » communs avec lui, et qu’il était pris en photo, bière à la main, avec une de mes connaissances. Cette dernière n’aurait jamais cru que son ami entretenait des pensées malsaines au point d'embrasser une violence meurtrière. Cela m’a mené à une autre réflexion : j’aurais encore moins pu le soupçonner de quoi que ce soit s’il avait été assis dans ma classe. Si je connais personnellement certains de mes étudiants, j’ignore presque tout de la majorité d’entre eux. Je peine à imaginer le sentiment d'impuissance de ceux qui le cotoyaient, ses collègues de classe, ses professeurs, etc.

Je n’ai pu hier que leur faire part de mon ouverture à les entendre si jamais ils en venaient à traverser une période trouble. Je les invite également à être particulièrement attentifs à leurs proches lorsqu'ils filent un mauvais coton.

Je me permettrai ici d’étendre ce commentaire à l’ensemble de mes lecteurs : il faut toujours chercher de l’aide avant d’en venir à croire que le seul défoulement possible consiste à commettre l’irréparable. Tout ça peut sembler peu original, mais ça n’en est pas moins fondamental. Pensons-y.