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Le vrai visage de Québec

Vigile solidarite
Photo Simon Clark

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Après toute la honte et la consternation qu’ont générées les gestes meurtriers de dimanche, on sentait lundi soir que les gens de Québec –un nombre surprenant d’entre eux – avaient envie de dire: nous sommes avec vous, nous ne voulons pas de ça et ne sommes pas comme ça.

Ça faisait du bien de voir autant de gens réunis pour une cause aussi noble, celle de la paix et du rejet de la violence gratuite qui a fait d’innocentes victimes, au moment de la prière à la mosquée de Québec. Il y avait des gens de tous les âges, de toutes les couleurs, des familles avec de jeunes enfants, bravant le froid pour s’unir dans le calme et la compassion.

«Unis contre l’islamophobie», «Nous voulons vivre dans un état de paix et de liberté», «Au-delà des religions, nous sommes tous humains», pouvait-on lire sur quelques pancartes qui côtoyaient les bougies apportées par de nombreuses personnes.

Des gens de tous les horizons portaient ces messages parmi une foule qui s’est déplacée sans se bousculer. À la Boîte à pain, où je me suis rabattue dans l’espoir de dénicher quelque chose à grignoter, des dizaines de personnes faisaient la queue en bavardant, patiemment, devant des comptoirs vides puisque le commerce avait été littéralement pris d’assaut par les participants à la vigie.

Gens en pleurs

À l’entrée du site, derrière l’église Notre-Dame-de-Foy, il y avait ces jeunes filles en pleurs, tenant une affiche sur laquelle elles disaient adieu à leur proche décédé dans l’attentat. Ça brisait le cœur.

Quelques minutes auparavant, j’avais assisté à l’arrivée de Justin Trudeau. Alors qu’on a l’impression qu’il est toujours en mode «selfie», le premier ministre canadien affichait son plus grand sérieux, tel que le commandait le moment. Il a traversé la foule sans regarder les gens, accompagné de son épouse Sophie Grégoire, pour ensuite réapparaître un peu plus tard sur la scène où s’étaient massés les dignitaires.

Je veux aussi souligner l’excellent travail des policiers, lors de cette vigile. Présents en grand nombre, ils exerçaient une surveillance serrée tout en demeurant patients et avenants avec les gens.

On pouvait à peine deviner que plusieurs de ces policiers travaillaient sans relâche depuis la veille.

Ce que n’a pas manqué de rappeler l’un des agents à un citoyen qui, pour le taquiner, lui demandait s’il avait déjà terminé son chiffre. «On travaille depuis hier, on n’a pas mangé ce soir, et on ne peut même pas aller aux toilettes», a-t-il répondu, visiblement exténué.

Grande fierté

Comme un hommage venu du ciel pour les victimes, une petite neige s’est mise à tomber lorsque les dignitaires ont amorcé leurs discours, qui fort heureusement se sont avérés brefs. Les gens étaient venus pour se recueillir et prendre part à une marche silencieuse, et les politiciens l’avaient bien compris.

À ma grande surprise, lorsque j’ai quitté le site, des masses de gens continuaient d’accourir sur les lieux, en ce froid lundi soir de janvier. Si bien que je suis repartie en éprouvant beaucoup de fierté pour ce bel élan de solidarité et d’amour, qui de nouveau rappelait qui sont vraiment les gens de Québec, tous âges, sexes et couleurs confondus.