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Tuerie de Québec : où investir son hostilité

Tuerie de Québec : où investir son hostilité
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Il y a des peuples que le sang excite. Six personnes sont tuées et c’est comme une allumette qu’on craque : un incendie incontrôlable de pulsions de destruction déferle sur le pays.

Les Québécois, eux, sont complètement refroidis à la vue du sang. Comme si la raison leur revenait d’un coup, BANG. « Comment on a fait pour se rendre là? » chuchote-t-on d’une voix blanche, les yeux ronds. Et tout le monde appelle au calme, à la considération et à l’amour. Même les politiciens ont l’air moins fake que d’habitude.

Au Québec, si tu fantasmes d’assassiner ceux qui te dérangent, tu te trompes de plan : assassine-les et toute la sympathie des Québécois ira vers eux. Regardez Pierre Laporte. Sa mort est restée comme la tache noire de l’histoire de la gauche au Québec, elle a énormément nui au mouvement indépendantiste. La seule manière de racheter ceux qui en étaient responsables a été de faire la preuve qu’ils ne l’avaient pas fait exprès.

On dit que nous sommes un peuple mou. Mais le réflexe de fuir la chicane n’a pas que des désavantages. On peut prendre ça pour de la mollesse, on peut aussi prendre ça pour du pacifisme et de l’ouverture. C’est peut-être ce qu’il y a d’algonquien en nous. Les Innus me disent : traite un Innu avec respect, il te traitera encore mieux.

C’est comme si nous étions vaccinés, dans notre nature même, contre la guerre. Mais combien de temps le vaccin tiendra-t-il contre les feux nourris des petits générateurs de division qui font du millage politique sur la haine ou qui accumulent le nombre de vues en bêlant dans leurs chroniques que c’est la faute des autres?

Je voudrais que l’argent, les médias et les politiciens ne réussissent pas à nous diviser. Ce n’est pas seulement entre les Québécois « de souche » et ceux issus de l’immigration qu’on travaille à creuser un fossé. On le fait aussi entre ceux des villes et ceux des banlieues/régions : d’un côté l’artiste poilue à bicyclette, de l’autre Rambo sur sa pipine qui fait des fautes.

Et toutes les différences culturelles deviennent le prétexte de débats agressifs auxquels on prend part comme des chiens qu’on a shootés à l’adrénaline pour que ça fasse un meilleur show, que pour que ça rapporte plus de cash.

Il me semble qu’on vaut mieux que ça.

Surtout que pendant ce temps-là, confortablement installée en haut de l’échelle, une petite gang continue d’aspirer toute la richesse du territoire pour la cacher dans ses comptes offshore, en plus de nous enchaîner à une vie programmée d’avance en fonction de ses intérêts (formation-travail-retraite, selon ce dont l’industrie a besoin).

Alors, chaque fois que nous détesterons quelqu’un qui vient de la même classe économique que nous à cause de sa culture et de ses pratiques quotidiennes (elle est queer et vegan!! il ne mange pas de jambon et prie 5 fois par jour!! il regarde des reality shows et s’achète un énorme pick-up!!), demandons-nous donc pourquoi nous ne détesterions pas tous ensemble, à la place, ceux qui, du haut de leur 1%, nous méprisent, nous volent et détruisent la beauté de la vie.

Les Québécois n’ont pas une grosse réserve d’hostilité ou de révolte en eux. Ça serait bien, conséquemment, qu’on l’investisse à la bonne place.

Pour ça, il va falloir se parler.

Je commence dès mon prochain billet : « Lettre tendre à Rambo Gauthier ».