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De politicien à chef d’État

De politicien à chef d’État
Photo d'archives JEAN-FRANCOIS DESGAGNES

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La politique est-elle la pire ennemie des politiciens ? C’est la question que je me suis posée en regardant Philippe Couillard agir, ces derniers jours.

Il trouvait les mots justes. Il gardait son calme. Il s’élevait au-dessus des joutes partisanes. Il rassemblait.

Il était calme, rassurant, digne.

Bref, un vrai chef d’État.

Pourquoi notre PM ne se comporte-t-il pas de cette façon tout le temps ?

CALME ET DIGNE

Rappelez-vous, au début de son mandat, Monsieur Couillard avait cette prestance, cette élégance, cette politesse des grands.

On se disait : « Wow, le ton va vraiment changer à l’Assemblée nationale... »

Et puis, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais notre premier ministre a jeté les gants et a commencé à donner des coups en bas de la ceinture, accusant le PQ et la CAQ de « souffler sur les braises de l’intolérance », et autres attaques du genre.

Il est devenu un (petit) politicien, prêt à tout pour gagner facilement des points et mettre ses adversaires dans l’embarras.

On a l’impression que la politique est comme un poids pour nos élus : ça les empêche de s’élever, ça les garde au ras des pâquerettes.

Ce n’est que lorsqu’ils sont confrontés à des drames épouvantables comme celui de dimanche qu’ils jettent du lest, qu’ils se débarrassent de ce poids et qu’ils se hissent au-dessus de la mêlée.

Juste à regarder Régis Labeaume.

Quand avez-vous vu le maire de Québec aussi humble, aussi à l’écoute, aussi touchant ?

Disparu, le pitbull narcissique qui envoie tout le monde promener. On avait (enfin) un être humain devant nous.

FAIRE DES AMALGAMES

C’est tout à l’honneur de Philippe Couillard de ne pas avoir instrumentalisé cette horrible tragédie pour terrasser ses adversaires.

Malheureusement, cette grâce n’est pas donnée à tout le monde.

Depuis dimanche, de nombreux commentateurs utilisent ce massacre révoltant pour essayer de faire fermer la gueule aux gens qui ont la mauvaise habitude de ne pas penser comme eux.

Ils répètent les pires propos de Philippe Couillard : ceux qui osent s’interroger à voix haute sur l’identité, les valeurs, la laïcité et l’intégrisme religieux sont racistes, intolérants, xénophobes.

Pire : ils ont du sang sur les mains.

Du sang sur les mains, bordel !!!

Aussi bien dire que les souverainistes sont tous responsables de la mort de Pierre Laporte, ou que nos intellectuels de gauche qui pendant des années ont chanté la gloire de la Chine maoïste et de la Russie communiste ont le sang de millions de victimes innocentes sur les mains...

Et après ça, ça nous parle des dangers de l’amalgame et des raccourcis !

Quand un commentateur pourfend les islamistes, et que vous l’accusez de stigmatiser les musulmans, c’est vous qui faites des amalgames, c’est vous qui mettez les islamistes et les musulmans dans le même sac, en disant qu’en condamnant les uns on condamne automatiquement les autres.

UN DÉBAT NÉCESSAIRE

J’ai bien aimé les propos de Jean-François Lisée : « Le Québec, comme un tas de sociétés, a ce débat sur ce juste point d’équilibre entre la laïcité et le fait religieux. Il est normal qu’on ait ce débat. »

Ce débat n’est non seulement normal. Il est sain. Et nécessaire.