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Attentat de Québec: gare à la récupération politique

Attentat de Québec: gare à la récupération politique
Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES

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L’attentat qui a secoué ma ville dimanche dernier n’est pas près d’être oublié et ne doit jamais l’être. Si je me fie à la façon dont nous commémorons année après année les événements de la Polytechnique, nos compatriotes musulmans ne seront pas morts dans l’anonymat.

Deux conséquences, qui pourraient être un baume sur la plaie, semblent se dégager de ce triste événement.  La première aura été de souder la société dans un élan de solidarité impressionnant. Peu importe notre allégeance politique, notre religion et la ville d’où on vient, la très vaste majorité des Québécois et même les gens de partout dans le monde ont démontré leur appui aux familles endeuillées.

Le deuxième élément sera de favoriser le dialogue entre les gens de la communauté musulmane et l’ensemble de la population québécoise. Mon collègue du FM 93, Sylvain Bouchard, a d’ailleurs souligné cet état de fait à grand trait; j’ai eu la chance de le féliciter en privé.

Attention aux excès

Le premier dérapage est venu du député fédéral de la circonscription où a eu lieu le drame : Joël Lightbound qui tenait à s’excuser pour la tuerie. À moins qu’il n’ait quelque chose à se reprocher personnellement (chose dont je doute à 99,99 %), je suis très mal à l’aise avec ce discours prononcé à la Chambre des communes. Il laisse croire que nous, comme société, avons indirectement favorisé le geste morbide posé par un individu visiblement dérangé. Je m’inscris complètement en faux avec M. Lightbound et bien que notre pays soit très loin d’être parfait, nous sommes quand même une société parmi les plus accueillantes au monde. Je refuse l’autoflagellation témoignée par le député, même si le discours prononcé avait les plus nobles intentions.

Gare à la récupération politique de l’événement

Il y a eu «un avant» l’attentat et il y aura «un après». Les débats qui avaient cours avant la tragédie sont toujours d’actualité. Je crains que certains politiciens s'en servent pour taxer de tous les maux ceux qui voudront s'aventurer sur le terrain de l’identitaire. Déjà, Thomas Mulcair du NPD, qualifie de «racisme intolérable» la proposition d’une aspirante-cheffe du parti conservateur qui souhaite imposer un test des valeurs canadiennes aux nouveaux arrivants. Le ton est donné.

Nombreux sont les sujets qui préoccupent une partie importante de la population, pour laquelle nous avons l'impression que le fond de la question n'est pas réglé. Pensons aux débats sur le plafond d'immigrants à accueillir et sur la francisation de ces derniers, sur la laïcité de l’état, sur l’égalité entre les hommes et les femmes.

Ce qui s’est produit à Québec est odieux, aucun doute. Cependant, plusieurs enjeux importants doivent être discutés et je souhaite que nos politiciens puissent s’élever au-dessus de la mêlée et ne pas utiliser l’horreur qu’ont vécue ces gens à des fins bêtement partisanes.