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Notre réponse à la haine et la violence

Notre réponse à la haine et la violence

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Devant l’horreur qui nous a frappés à Québec, j’ai passé une partie de la nuit à réfléchir à ce que j’allais dire à mes élèves. Finalement, ceux-ci n’étaient pas entrés dans notre local que, déjà, la voie à suivre s’imposait d’elle-même: ils ne voulaient pas m’entendre, ils voulaient que j’écoute TOUT ce qu’ils avaient à dire.
 
Cherchant l'inspiration, comme tout parent, je regardais les articles passer sur ce qu’il fallait faire dans de telles circonstances. Bouleversé, j’avais oublié la plus importante des leçons apprises durant les dernières années: faire confiance à mes élèves et leur laisser toute la place. Ce que j'ai finalement fait, comme à chaque jour. Les malaises, les questions, la quête de sens, mais surtout l’espoir, ont fait partie de nos échanges. Toutefois, il a fallu d’abord s’attaquer à la peur et la honte...
 
Les enfants devant moi ne se sont pas gênés pour le dire haut et fort qu’ils s’inquiétaient du regard que le reste du monde avait sur nous. Les Québécois, tous des racistes? Ils craignaient d’être maintenant condamnés à porter une étiquette qu’ils avaient en aversion. 
 
Une élève a même eu la brillance d’esprit de rappeler que si après le 11 septembre 2001, des gens s’étaient mis à faire des généralisations sur les musulmans, pourquoi la situation serait-elle différente pour nous? Née bien après cette tragédie, elle avait vu dans des documentaires ce qui était arrivé à notre tissu social durant les mois suivants et pensait même avoir compris que les États-Unis étaient allés en guerre après... Bref, elle avait peur de ce que l’avenir nous réservait.
 
Et contrairement à toutes les peurs qui sont celles de l’enfance, il n’y a rien de pire que cette frayeur de quelque chose qui est intangible, qu’on ne comprend pas vraiment, mais qui existe tout de même. «Monsieur Éric, avant, quand ça arrivait, je n’y pensais pas vraiment à ces choses horribles. Là, je sais que ça peut m’arriver.» Nos enfants, déjà beaucoup trop stressés par le rythme de vie qu’on leur impose, en sont maintenant rendus à attendre la prochaine fois... « Il y a toujours une prochaine fois, Monsieur Éric, quelque part dans le monde. Maintenant que ça peut arriver chez nous, notre tour va peut-être revenir...»
 
Si vous pensez qu’il y a quelque chose d’intelligent à répondre à ça, grand bien vous fasse. Pas moi. J’ai bien insisté sur le fait qu’il était plus risqué de rouler en automobile, mais il n’y avait rien qui pouvait effacer la peur dans le coeur de plusieurs enfants qui avaient le courage de partager avec moi leurs craintes. J’ai préféré leur demander de faire avec moi un doigt d’honneur à la haine, de faire quelque chose de tout simple, mais qui chasserait la noirceur qui était entrée dans nos vies.
 
À travers une journée complète à l’extérieur, à bâtir ensemble des abris dans la neige, nous avons passé de longues heures à ne jamais regarder ce qui nous différenciait, mais plutôt chercher les solutions qui nous unissaient. Peu importe l’égo de chacun, nous avons fait un effort pour mieux comprendre l’autre.
 
On s’est fait un abri. Un abri à la haine des adultes. Un abri à toutes ces choses que les enfants doivent vivre parce que ceux qui se disent des grands se font la guerre pour des futilités comme la couleur de la peau ou la religion.
 
Et on a terminé ça en faisant le symbole universel de la paix pour saluer nos frères et soeurs musulmanes qui nous ont quittés, mais surtout pour dire à ceux qui sont toujours là qu’il ne faut pas perdre espoir. Nous sommes là et nous ferons mieux!