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Quand Bell cause pour «sa» cause

Quand Bell cause pour «sa» cause
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Le privé dans les services publics

Ce n’est pas une probabilité, c’est un fait : les services publics sont de plus en plus cédés au privé et au marché comme n’importe quelle marchandise. C’est ce que veulent et dictent le patronat ainsi que ses complices aux gouvernements, surtout chez les conservateurs au fédéral et chez les libéraux au Québec.

«Moins d’État, plus de privé» avait clamé le PLQ en 2005 (Le Journal de Montréal, 14 octobre 2005). Encore récemment, les libéraux ont renouvelé leur attachement aux dogmes de la classe dominante : «Le PLQ veut privatiser des services» et « L’État ne peut tout faire, selon Carlos Leitao» (Le Journal de Montréal, 28 octobre 2014). Entendons-nous bien, l’État ne peut pas tout faire, mais le privé si. Et grâce à la privatisation de nombreux services effectués par le PLQ, allant de la santé à l’éducation, en passant par les garderies, cela a autorisé le sublime Philippe Couillard a affirmé que, rien de moins, «Le gouvernement libéral a sauvé le Québec» (Le Journal de Montréal, 6 décembre 2016).

 

Attention, du privé financé par vous

Oui, on a des écoles, des hôpitaux, des garderies, des ponts et des autoroutes, des ressources naturelles, etc. privés, mais financés majoritairement par des fonds publics, c’est-à-dire par de l’argent pris par des politiciens corrompus, directement dans vos poches afin de subventionner des faiseux qui viennent vous flouer.

Un exemple : Power Corp.

En 2005, France Desmarais, de la famille milliardaire qui contrôle la transnationale Power Corp., propriétaire de La Presse, l’a bien dit dans son opinion publiée dans son journal : «La philanthropie doit tenter de combler les vides occasionnés par le retrait des dépenses gouvernementales» (La Presse, 20 novembre 2005). Ça ne peut être plus clair mes amis. Moins de recettes fiscales et moins d’État riment avec du privé, genre B.S., partout et dans tout. Ben, criez pas après moi, ce sont les propriétaires de Power Corp. qui l’ont dit : «La Financière Power investira dans les services publics» (La Presse, 16 mai 1997). En effet, Power Corp. a de gros investissements en santé, en fonds de pension, dans l’énergie, l’eau, etc. Payant, payant les services sociaux privatisés!

Bell cause, mais n’agit pas

L’État finance de moins en moins les services publics en se privant volontairement de recettes fiscales, en accordant de nombreux abris fiscaux et baisses d’impôts et de taxes aux compagnies et aux riches et en accompagnant ces derniers sur la route des paradis fiscaux

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ne suis plus capable de supporter l’hypocrisie de Bell et de ses semblables qui, d’un côté, sont responsables du démantèlement de nos programmes sociaux en esquivant leurs impôts et taxes à payer de mille et une façons et, de l’autre côté, en nous jouant la carte du généreux débonnaire, du bon philanthrope prêt à aider leurs prochains. Pour ces opportunistes de première classe, la misère, la maladie, la pauvreté, l’analphabétisme sont devenus de simples instruments de marketing et des vecteurs à exploitation. S’ils avaient vraiment à cœur l’intérêt général du monde, ils paieraient alors leur juste part d’impôts et de taxes et arrêteraient d’en détourner chaque année des milliards de dollars dans des paradis fiscaux. Dire qu’il y en a qui tombent dans le panneau et trouvent que Bell et ses consœurs, comme la Banque de Montréal du «philanthrope» Jacques Ménard, ce sont du ben bon monde généreux prêt à tout pour aider leurs frères et sœurs.

Bell qui cause, qui parle, qui placote, pour la santé mentale, et c’est tout. Pas question de payer plus d’impôts et de taxes afin d’accroître véritablement les soins en santé mentale. On cause et on jase en faisant beaucoup de pubs-et de bruit- afin de se faire voir, de faire augmenter l’image positive de la compagnie auprès de la population. Mais pas question d’en faire plus. Ce n’est pas en causant des maladies graves que l’on va soigner et guérir les malades. Bell qui ne cause toutefois pas de transfert des emplois et des impôts à l’étranger ou du «plumage» de ses clients, comme dans : «Bell. 42% de plus pour le téléphone résidentiel» (Le Journal de Montréal, 10 janvier 2017).

Idem pour le cancer du sein reprit à chaque tabarnouche d’année par les compagnies et les sportifs professionnels, qui font leurs gros shows télévisés, leurs parades, leurs campagnes sur cette terrible maladie afin de se faire voir et d’y gagner en terme de renommée. On cause, on fait des gros shows de boucane sans toutefois s’attaquer au cœur du problème qui est celui du sous-financement chronique de nos services publics.

Idem pour la Fondation Chagnon

En vendant Vidéotron à Quebecor en 2002, la famille Chagnon, qui avait hérité de ces sociétés collectives pour des pinottes, a encaissé environ deux milliards de dollars et a investi un milliard dans leur Fondation Lucie et André Chagnon, ce qui leur a permis d’économiser près d’un milliard de dollars en impôts sur le revenu : «La Loi de l’impôt change pour les Chagnon. Le fédéral facilite la création d’une Fondation de 1,38 milliard pour l’ex-proprio de Vidéotron» (Les Affaires, 23 février 2002. Leur Fondation opère dans les domaines de la santé et de l’éducation, avec beaucoup de publicités à la télé, à la radio et dans les journaux afin de se faire voir et de montrer comment ils sont bons. On a presque envie de verser une larme ou deux à la vue de leur pub qui revient fréquemment à propos de Naître et grandir. Que c’est dont «cute». On fait des sparages encore une fois sur le bien de l’enfant, l’aide à la pauvreté, l’éducation et la santé, mais sans vouloir véritablement investir une cenne noire dans nos écoles et hôpitaux publics. L’État qui s’en remet à Bell, à la famille Chagnon, à la famille Desmarais, aux banques, etc. pour parler de services publics, mais mémérer seulement, sans jamais investir de l’argent supplémentaire dans nos services publics.

Autres bonnes causes bien intentionnées

Le privé est prêt à aider superficiellement les bonnes causes qui lui rapportent, via des organismes dirigés par du monde qui ne remettent jamais en cause les vertus de la charité et des dons privés, déductibles d’impôts, soit dit en passant, qui ne critiquent pas le système capitaliste et, surtout, qui encensent régulièrement leurs généreux bienfaiteurs. Oui, le privé est là, mais seulement pour les causes qu’il juge lui-même pertinentes, appropriées et ayant une bonne attitude positive. Faut aimablement et tranquillement rentrer dans le rang et dans le système, sinon pas une cenne.

Il y a aussi la compagnie américaine Kraft qui fait beaucoup de pubs à la télé et qui organise des concours à l’échelle du pays pour faire gagner un prix d’aménagement d’un parc d’amusement et de sport public, car l’État n’a pas de fric pour le restaurer. Tout simplement merveilleux. Sans oublier les bals Grands-cœurs et de la Jonquille où le grand monde se réunit en dansant afin de soulager la pauvreté tout en se faisant voir bien habillé à leurs bals venant secourir les miséreux tout en exigeant leurs reçus d’impôts. Oh, j’allais oublier, ma préférée, la guignolée annuelle des médias sous l’égide de mes amis journalistes et chroniqueurs. Celle-là me touche vraiment et vient me chercher au plus profond de moi-même. De plus, et en prime, que dire de ceci : «Populaires les cours d’école commanditées» et «Des cours d’école payées par le privé» (Le Journal de Montréal, 13 avril 2005 et La Presse, 17 septembre 2008). Commanditées les cours d’école, mais il importe d’afficher en grosse lettre le nom des généreux donateur,s comme par exemple, la cour d’école Tim Horton et aussi la bibliothèque Bank of Montreal. Pourquoi pas la salle informatique IBM, la cafétéria Dollorama et le gymnase Poker Star?

 

La business du bon docteur Julien

La privatisation des soins de la santé amène nos élus -avec notre argent pris sur nos chèques de paie (d’ailleurs ce n’est jamais leur propre «cash» qu’ils distribuent et ils ne feraient jamais ça avec leur propre pactole, seulement avec l’argent du peuple)- à financer des patentes comme celle du docteur Julien. Ce dernier a en plus le culot de nous dire : «L’État n’a pas à nourrir les enfants. Le Dr Julien juge que l’heure est venue (sic) pour les citoyens de se reprendre en main» (La Presse, 25 juin 2015). Insupportable que quelqu’un qui vit aux crochets de l’État tienne de tels propos infâmes. Monsieur Julien, l’État, ce n’est pas une chose abstraite et impersonnelle; l’État, c’est la collectivité qui met en commun ses propres ressources afin d’aider, entre autres, ceux et celles qui sont dans le besoin. Selon vous, on ne peut pas collectivement s’entraider par le biais de nos propres programmes sociaux et instruments collectifs, mais des individus, comme vous, le peuvent, financés grassement par l’argent du monde. L’État n’a pas à nourrir nos enfants, mais doit vous nourrir! Les citoyens doivent se reprendre en main que vous dites. Dites-nous comment? Moi aussi, je souhaite que les citoyens se reprennent en main afin de vous montrer à vous et à d’autres la porte de sortie. Allez, déballez-nous encore votre petite morale aliénante. Le PLQ coupe des milliards de dollars dans nos services publics, mais bonne nouvelle, il est heureux d’annoncer une haute subvention au Dr Julien et à sa fondation humanitaire: «Québec injecte 20 millions dans la Fondation du Dr Julien» (Radio-Canada, 4 octobre 2016).

Tiens, rions un peu : «Une étude favorable aux centres de pédiatrie sociale (sic) du Dr. Julien» (Radio-Canada, 23 février 2015). On connaît trop bien la chanson : on paie pour une étude ou pour un sondage commandité, et hop, vous arrivez, oh, surprise, au bon résultat comme le dernier sondage commandé et payé par les médecins qui arrivent au verdict suivant : «Les Québécois (80%) jugent correct le revenu des médecins» (Le Journal de Montréal, 21 janvier 2017). Est bonne, est bonne, est bonne. Même que, supposément, 13% des gens trouvent qu’ils sont sous-payés même en s’incorporant.

La spécialité des médecins spécialistes, c’est de rire du monde et de le faire chanter en jouant les gros bras.

 

Trudeau et la Fondation Aga Khan

Incroyable d’apprendre que le gouvernement fédéral, toujours avec notre fric pris sans notre autorisation, a versé, depuis 2004, plus de 300 millions de dollars à la Fondation privée du milliardaire Aga Khan à titre d’aide internationale. Aga Khan a sa propre île, Justin Trudeau et sa belle petite famille y ont séjourné. Y’a rien là que Justin a dit : c’est juste un ami de la famille. Justin qui devient de plus en plus comme ses prédécesseurs. Aga Khan compte, au Canada, ses propres lobbyistes afin de siphonner de l’argent public auprès de politiciens, qu’il reçoit aimablement et de façon «désintéressée» dans son île, afin d’obtenir des millions de fonds publics pour sa fondation privée. Aie, pourquoi a-t-on besoin de tels intermédiaires qui vivent de notre argent, afin d’aider les pays pauvres ou de soigner nos enfants? Tout à fait ridicule et on les laisse faire : «Éthique. Le premier ministre [Justin Trudeau] critiqué pour ses vacances» (Le Devoir, 10 janvier 2017).

Peut-être que, l’an prochain, Justin va faire comme Jean Charest et aller passer ses vacances en famille à Charlevoix au domaine de la famille Desmarais de Power Corp.?

L’hypocrisie des compagnies et du patronat

Des compagnies comme Bell, Kraft, les banques et autres qui feignent vouloir notre bien et qui, à cet effet, pètent beaucoup de broue publicitaire, mais qui en même temps trouvent que : «Des programmes sociaux trop généreux, selon le patronat» (Le Devoir, 17 février 2014). Ben, elles veulent seulement causer, pas guérir et surtout pas régler les problèmes. De ben bon monde corporatif, mais qui : «veut limiter à cinq ans le droit à l’aide sociale» et qui : «veut vider les villages pauvres» (Le Devoir, 31 octobre 2002 et le Journal de Montréal, 31 janvier 2015).

Des entreprises et des individus milliardaires très portés, paraît-il, sur l’entraide, mais qui éludent régulièrement l’impôt grâce à l’abondante utilisation de leurs paradis fiscaux et de leurs magouilles fiscales : «Paradis fiscaux : des entreprises s’opposent au ministre conservateur Jim Flaherty»  et  «Planification fiscale agressive. Le milieu des affaires se rebiffe» (Le Devoir, 24 mars 2007 et 28 juillet 2009). Et après, ça vient nous jouer la joke de vouloir aider en causant.

Au lieu de juste causer et de nous inonder à satiété, jusqu’à l’écœurement de propagandes publicitaires, il faut plaider pour une hausse radicale dans nos programmes sociaux, comme la santé et l’éducation. Il faut passer de la parole et du blabla aux gestes en payant impôts et employés à leur juste valeur, en arrêtant d’arnaquer les consommateurs, en luttant véritablement contre le réchauffement climatique, etc. Mais, je rêve encore en couleurs et je le sais trop bien qu’elles vont continuer de plus belle à exploiter et à endoctriner la population de mille et une façons.

Tiens, pourquoi personne n’a levé le petit doigt -bien au contraire il a été encouragé- lorsque: «Coupes en santé : Philippe Couillard invoque toujours l’équilibre budgétaire» (La Presse Canadienne, 20 juin 2016). On cause tout en coupant. Philanthropes autoproclamés, vous auriez pu dire à Couillard d’investir davantage dans la santé publique au lieu de couper. Ce n’est pas en causant, en commanditant et en paradant que l’on va soigner et éduquer le monde, c’est en investissant dans nos programmes sociaux que vous voulez hypocritement réduire. Vous causez pour aider supposément les bonnes causes tout en vous faisant voir beaucoup dans les médias. Et pendant ce temps, vos élus passent la tronçonneuse suite à vos  exigences : «Des coupes agressives pour garantir le système de santé, dit Barrette» (Le Devoir, 26 juin 2014).

Bah, on peut toujours faire beaucoup mieux avec beaucoup moins qu’ils nous disent. Couper pour assurer la survie, c’est fort. Et Gaétan Barrette qui récidive et dit: «Un débat sur le panier de services s’impose (sic)» (Le Devoir, 13 novembre 2015). Assurément que l’on se porterait tous beaucoup mieux si on laissait Bell s’occuper, en causant, de santé mentale; au docteur Julien de soins aux enfants; à Kraft de nos parcs publics; à Aga Khan de l’aide internationale; à Apple et à IBM, nos écoles et nos cours d’école, etc., mais toujours financés à 100% et plus par de l’argent public. Bell, cause toujours ma petite, mais : «Les réformes [du PLQ] minent la santé mentale du personnel de la santé, dit un sondage» (Le Devoir, 23 janvier 2017). On vient de sortir vivant du tapage de la Guignolée des médias et du tapage de Bell et là, va arriver comme à chaque année, le tintamarre bruyant et tonitruant des multiples campagnes sur le cancer du sein. Encore une fois, soyons pour les soins appropriés du cancer du sein, en causant et en faisant beaucoup de «sparages», tout en coupant «agressivement» dans le gras de la santé publique.

Dire que plusieurs innocents embarquent dans ces «gamicks» d’intoxication et trouvent les compagnies comme Bell et les riches tellement bons. Et en parallèle, ils me trouvent très méchant et vicieux de m’en prendre gratuitement à elles et à eux.

Léo, shame on you!