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Fièrement différents

Fièrement différents
photo agence qmi, ariane labrèche

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Le duo hip-hop La Carabine fait une entrée fracassante dans le monde musical québécois avec son premier album, Chasser ses démons. Naviguant à contre-courant des tendances, puisant dans une adolescence passée dans les skateparks de la Rive-Sud, les deux rappeurs offrent un opus sale, grinçant et sans compromis.

Il est tôt, mais l’enthousiasme de Marc-André Filion et Dominick Polski équivaut à n’importe quelle dose de caféine. ­Attablés dans un café hochelagais, les deux comparses se livrent généreusement au jeu de l’entrevue. «Je ne pensais jamais être assis ici à répondre à des questions. Je me sens juste vraiment chanceux», lance Marc-­André Filion.

En effet, la sortie de leur EP À corps ­perdu en janvier 2015 a été quelque peu chamboulée. «Je suis né avec une malformation au cœur et j’ai dû me faire opérer. On n’a pas pu booker de shows, donc on n’a eu aucune promo et l’album est passé sous le radar, relate Marc-André Filion. Au ­final, ça m’importe peu, parce qu’entre-temps on a vraiment trouvé notre son.»

Lo-fi, analogue et années 1990

Chasser ses démons est un album qui grince, au son cru. «C’est ce qu’on ­écoutait quand on était jeunes et qu’on faisait du skate à Longueuil, explique ­Dominick Polski. Ça va clairement ­plaire aux gens de notre génération, du début de la trentaine.»

Fortement inspiré par le rap new-yorkais des années 1990, Dominick Polski a expé­rimenté en long et en large sur de vieilles machines à rubans, ­enfermé dans son studio. «Je travaille avec de vieux échantillonneurs, des cassettes... Je ­voulais vraiment ramener ce son-là», ­détaille-t-il.

«On voulait que ce soit sale, que ça ait du grit, que ça soit organique, que ça soit vrai. Les snares ne sonnent pas tous ­pareil. On a réussi à créer une vraie ­diversité à travers la musique, des nuances subtiles, mais qui étaient ­vraiment importantes pour nous», ­renchérit Marc-André Filion.

C’est en faisant des recherches en ligne à la recherche de nouvelles machines que Dominick Polski est tombé sur Simon Gauthier. «Il expliquait dans un article qu’il avait un amour profond pour ­l’analogue. Il possède toutes les machines de cette époque-là! En acceptant de ­coréaliser notre album, il nous a permis de concrétiser le son qu’on cherchait», ­affirme Dominick Polski.

Créer dans la marge

Appuyés pour la première fois par une maison de disque, les deux musiciens n’ont pourtant rien changé à leur ­manière de faire. «Nos paroles sont différentes, on ne fait pas les mêmes beats, les mêmes flows que le ­reste des rappers. On a toujours été différents, depuis qu’on est jeunes, mais on a arrêté de se justifier. On fait juste l’être, et le label nous a acceptés comme ça», ­souligne Dominick Polski.

Si leur son est organique, leur ­processus de création l’est tout autant. «Marc-­André, c’est la personne avec qui ça ­fonctionne, avec qui ça clique», affirme Dominick Polski.

«Je t’aime, man», lance Marc-André ­Filion, avant de voler une bouchée du croissant de Dominick.

Chasser ses démons est offert en magasin.