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Le cinéma français en déclin au Québec

Avec des recettes de plus de 3 M$ au box-office québécois en 2012, la comédie Intouchables a été le plus gros succès qu’a connu le cinéma français (en langue française) au Québec au cours des cinq dernières années.
Photo d'archives Avec des recettes de plus de 3 M$ au box-office québécois en 2012, la comédie Intouchables a été le plus gros succès qu’a connu le cinéma français (en langue française) au Québec au cours des cinq dernières années.

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Jadis très populaire au Québec, le cinéma français a beaucoup de mal, depuis quelques années, à se trouver une place sur les écrans de la province. Sur les quelque 280 films français qui sont produits en France chaque année, une soixantaine seulement parviennent jusqu’au Québec et plusieurs d’entre eux peinent à trouver leur public.

Les belles années du cinéma français au Québec sont très loin derrière nous. Dans les années 1980 et 1990, un bon nombre de films français qui prenaient l’affiche dans la Belle Province attiraient un large public, grâce à la popularité des Pierre Richard, Gérard Depardieu, Sophie Marceau, Isabelle Adjani et autres vedettes du cinéma français.

Des cinémas montréalais qui n’existent plus aujourd’hui, comme Le Parisien, le Complexe Desjardins ou le Berri, réservaient à l’époque la majorité de leurs écrans au cinéma français.

Le film d’animation Le Petit Prince a été le long-métrage français le plus populaire en 2016.
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Le film d’animation Le Petit Prince a été le long-métrage français le plus populaire en 2016.

Mais la situation a changé de façon dramatique au cours des 20 dernières années. Avec la multiplication des grands complexes cinématographiques à l’américaine, le nombre de cinémas qui diffusent du cinéma français a diminué et il est devenu de plus en plus risqué, pour les distributeurs québécois, de se lancer dans la mise en marché d’un film français.

«Il manque clairement de salles pour le cinéma français en ce moment, déplore Louis Dussault, président du distributeur K-Films Amérique.

«Il y a peu d’options à Montréal, à part le Cinéma Beaubien, où tout le monde se bouscule pour présenter ses films. La fermeture d’Ex-Centris, l’an dernier, a été une catastrophe. Certains grands complexes présentent parfois des films français, mais ce n’est pas dans des conditions idéales. Notre public cible ne se déplace pas dans ces complexes et les films sont souvent retirés de l’affiche après deux semaines. Or, un film français a souvent besoin de temps et du bouche-à-oreille pour trouver son public.»

Malgré la baisse de popularité du ciné­ma français au Québec, les films de la série Astérix continuent d’avoir la cote dans la Belle Province.
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Malgré la baisse de popularité du ciné­ma français au Québec, les films de la série Astérix continuent d’avoir la cote dans la Belle Province.

La faute aux Américains ?

Les distributeurs américains ont aussi joué un rôle important dans le déclin du cinéma français au Québec. Depuis une dizaine d’années, les droits de distribution des gros films français tombent souvent entre les mains de compagnies américaines comme Sony Classics.

«Les Américains mettent la main sur les gros films et les distributeurs québécois se retrouvent avec les deuxième ou troisième choix, indique Louis Dussault. Les films français achetés par les Américains finissent toujours par sortir au Québec, mais ils sortent tout croche, parce que la date a été choisie par les Américains et que la stratégie de mise en marché n’est pas adaptée pour le Québec. Ils n’atteignent donc jamais leur plein potentiel commercial.»

Dans le contexte actuel, le président des Films Séville, Patrick Roy, dit choisir les films français qu’il distribuera «avec parcimonie»:

«On n’en distribue pas beaucoup, mais on essaie de bien les sélectionner, explique-t-il. On choisit des films qui ont le potentiel de rejoindre un large public, comme Dalida, par exemple, qu’on sortira bientôt. Il y a encore une belle clientèle pour le cinéma français, mais elle se réduit.»

Selon plusieurs observateurs, l’arrivée de la société française MK2 au Québec pourrait aider, à long terme, la cause du cinéma français. MK2 a annoncé le mois dernier qu’elle distribuerait des films de son catalogue au Québec et qu’elle prévoyait même ouvrir un nouveau complexe de cinéma à Montréal.

Selon l’agence Cinéac, la part de marché du cinéma français au box-office québécois a glissé à 3,8 % en 2016 (contre 4 % en 2015 et 5,9 % en 2014).

« Un problème de mise en marché »

Vincent Guzzo, Vice-président des Cinémas Guzzo
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Vincent Guzzo, Vice-président des Cinémas Guzzo

Selon le vice-président des Cinémas Guzzo, Vincent Guzzo, le cinéma français souffre d’abord et avant tout d’un problème de mise en marché au Québec.

«Les films français sortent souvent au Québec plus de six mois après leur sortie en France, souligne-t-il.

«C’est un gros handicap, parce que, quand il arrive au Québec, le film est souvent déjà disponible en DVD ailleurs, en streaming et même sur Netflix. Il faudrait, idéalement, que les distributeurs québécois lancent les films français en simultané avec la sortie française.»

M. Guzzo, qui présente à l’occasion des films français dans ses complexes, estime que les distributeurs québécois ne s’investissent plus autant qu’avant dans le cinéma français.

«Dans les années 1980, il y avait des distributeurs comme René Malo ou Didier Farré qui étaient passionnés de cinéma français et qui dépensaient beaucoup d’argent pour aller chercher les bons films et s’assurer de bien les lancer. Je ne sens plus cela chez les distributeurs d’aujourd’hui.»

Peu de succès

En fait, rares sont les films français qui réussissent à obtenir un succès populaire au Québec de nos jours. Selon les statistiques de l’agence Cinéac, aucun film français n’a réussi à franchir le cap du million de dollars au box-office québécois en 2016.

On constate aussi que certains films français qui ont eu beaucoup de succès en France n’ont jamais pris l’affiche au Québec. C’est notamment le cas des comédies Les Tuche 2 et Camping 3, les deux plus gros succès du box-office français de 2016.

«Un succès populaire en France ne garantit pas un succès au Québec, observe Pierre Pageau, un historien du cinéma qui travaille comme programmateur du cinéma de quartier Station Vu.

«C’est très difficile de trouver des films français qui trouveront écho auprès du public québé­cois.»

Les films français les plus populaires

Les cinq films français les plus populaires de 2016 au box-office québécois :

1 Le Petit Prince 766 545 $

2 Nine Lives (film anglophone) 700 460 $

3 Demain 485 089 $

4 La vache 402 992 $

5 Belle et Sébastien 2 394 943 $

(Source: Cinéac)

Les trois films français (de langue française) les plus populaires au box-office québécois depuis 2012 :

1 Intouchables 3,1 M$ (2012)

2 Astérix : Le Domaine des dieux 1,6 M$ (2015)

3 Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté 1,4 M$ (2013)

Les cinq films français les plus populaires en France en 2016 (en nombre d’entrées) :

1 Les Tuche 2 : le rêve américain (4,6 millions d’entrées)

2 Camping 3 (3,2 millions)

3 Radin (2,9 millions)

4 Chocolat (1,9 million)

5 Médecin de campagne (1,5 million)

(Source: CNC)