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Accompagner la mort et construire la vie

Deuil-Jeunesse aide les enfants et leurs familles à passer à travers cette étape difficile

Joëlly Boivin-Trudeau, 5 ans, sa mère Sonya Trudeau et, en photo, son père Jean Boivin, décédé en 2013 alors qu’elle avait 2 ans et demi.
photo Pierre-Olivier Fortin Joëlly Boivin-Trudeau, 5 ans, sa mère Sonya Trudeau et, en photo, son père Jean Boivin, décédé en 2013 alors qu’elle avait 2 ans et demi.

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À l’automne 2013, Sonya Trudeau a perdu son conjoint, qui a été emporté par le cancer. «On accompagnait la mort pendant qu’on construisait la vie», raconte-t-elle, alors que sa puce de 5 ans, Joëlly, joue bruyamment dans la pièce.

Chez Deuil-Jeunesse, à Charlesbourg, chaque pièce est décorée à l’image d’une personne marquante. Ici, un enfant mort sur la table d’opération; là, une maman décédée à Lac-Mégantic. Il y a des dessins d’enfants partout. Et cette maison, Sonya la fréquente encore. Ce n’est pas évident de dire «qu’après trois ans, tu craques encore».

«Ici, tu peux vivre ton deuil de façon plus franche, sans être obligée de te contenir. Ce n’est jamais tabou d’en parler.»

« Tu ne sais pas par où prendre ça »

En 2013, elle perdait son amoureux, Jean Boivin, mais aussi son «complice parental». En plus du deuil, elle vivait l’angoisse d’être seule avec Joëlly. «Comment je vais faire? Quelle place je laisse à mon deuil?

«Tu ne sais pas par où prendre ça», raconte la mère. Si elle avait eu l’aide de Deuil-Jeunesse dès le diagnostic, ça aurait été plus facile, dit-elle, en larmes. Elle croit que l’organisme gagnerait à être mieux connu.

C’est là qu’elle a appris qu’un deuil, ça peut prendre des années. Et que la mort, il faut l’expliquer sans détour aux enfants. «Au début, elle me disait que, quand la mort allait être finie, son papa allait revenir.»

Des années pour comprendre

Un enfant aura de la difficulté à concevoir l’aspect définitif de la mort. Ça prendra des années, lui a-t-on expliqué, mais «plus tu nommes les choses, mieux elles se vivent». Elle sent que sa fille comprend de mieux en mieux, mais elle se demande souvent quoi dire, comment agir. Elle appelle les intervenants de temps à autre.

Pour l’entrevue, Joëlly, qui a maintenant 5 ans, tenait à montrer l’arbre qu’elle a bricolé. Elle y a accroché une belle photo de son père. Au moment de se faire photographier avec sa mère, elle approche tendrement l’image de son père près de son visage. «J’ai de beaux souvenirs de papa», dit-elle. «Il faisait de beaux bonshommes en pâte à modeler.»

Les souvenirs s’effritent, mais elle parle de son papa avec un magnifique sourire.

« Je vois trop d’enfants qui veulent mourir »

«On laisse les enfants en plan en leur disant que “maman est une étoile”, mais après, quand je vois un enfant de 8 ans me dire qu’il veut mourir pour aller rejoindre sa maman au ciel, ça vient me chercher», s’emporte Josée Masson, fondatrice et PDG de Deuil-Jeunesse.

Les grands peuvent être terriblement maladroits pour expliquer la mort aux petits. Ça accable tellement qu’ils ont besoin d’une béquille, celle des raccourcis, des croyances et des mythes. «Mais les enfants ne savent pas quoi en faire», insiste Mme Masson. Par exemple, quand on a raconté à un petit bonhomme que son grand frère au ciel le «regardait toujours», il s’est senti mal à l’aise de faire pipi et finissait par le faire au sol. Quand on dit: «Papa est au ciel et ça va bien», plusieurs voudront y aller le plus vite possible pour aller rejoindre le parent décédé.

« Plus jamais dans nos bras »

Personne n’a dit que c’était amusant ou facile, mais la vérité pure et simple se conçoit mieux pour les enfants, dit-elle.

«Être mort, c’est être mort. Maman, on ne la prendra plus jamais dans nos bras et on ne la verra plus jamais. Peu importe ce que tu fais, maman ne sera plus là pour peigner tes cheveux, te faire des tresses ou jouer au soccer.»

Deuil-Jeunesse

Fondé en 2007

2077 interventions

12 points de service au Québec

  • Service payant sauf pour les familles à faible revenu
  • Travailleurs sociaux, groupes d’entraide, aide en situation de crise

*Source RTC