/news/society
Navigation

La première «foire annuelle des fourrures» (1667)

Vers les célébrations du 375e anniversaire

Cette image tirée de L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert montre des Amérindiens à la chasse au castor. Est-ce réaliste? On y voit un barrage de castor occupé par de très nombreux spécimens, comme une sorte de ville de castors, ce qui me paraît peu conforme à la nature de cet animal.
Photos courtoisie des Archives municipales de Montréal Cette image tirée de L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert montre des Amérindiens à la chasse au castor. Est-ce réaliste? On y voit un barrage de castor occupé par de très nombreux spécimens, comme une sorte de ville de castors, ce qui me paraît peu conforme à la nature de cet animal.

Coup d'oeil sur cet article

À l’été 1667 se tient à Ville-Marie la première «foire annuelle des fourrures» qui accueille, par centaines, Amérindiens, coureurs des bois, commerçants, vendeurs de produits manufacturés en Europe, etc. Il n’y avait pas de Festival international de jazz, à l’époque, ni de Gilbert Rozon pour organiser des festivals Juste pour rire !

Si les Montréalais ont aujourd’hui la réputation d’être des rigolards frivoles et bons vivants, c’était tout le contraire au 17e siècle: les Montréalistes, enivrés de foi (et non de vin!), pensaient être les détenteurs d’une mission. La ville est d’abord et avant tout un projet catholique, fondé sur le rêve d’une utopie chrétienne consistant à convertir les Amérindiens et à former avec eux une seule race de bons croyants heureux qui donneront des leçons à l’Europe corrompue et mécréante.

Cependant, la ville a aussi besoin d’argent et de biens. La solution, ce sont les fourrures. Mais ces gaillards aventuriers, souvent devenus polygames au gré de leurs excursions, et qui se convertissent partiellement aux us et coutumes des Amérindiens, ne sont pas des catéchumè­nes. On se méfie du négoce. On se méfie de l’esprit de lucre. Ville-Marie la Pure se veut désintéressée et non assoiffée de profit.

Sur cette représentation d’un castor (pas forcément très flatteuse pour lui!), il est inscrit: «Castor de 26 pouces de longueur entre tête et queue.»  Nous avons du mal à nous mettre dans les souliers des anciens pour qui cet animal était très exotique. Il faut dire que si la Nouvelle-France n’a jamais rapporté d’or, elle a fourni un nombre faramineux de fourrures.
Photos courtoisie des Archives municipales de Montréal
Sur cette représentation d’un castor (pas forcément très flatteuse pour lui!), il est inscrit: «Castor de 26 pouces de longueur entre tête et queue.»  Nous avons du mal à nous mettre dans les souliers des anciens pour qui cet animal était très exotique. Il faut dire que si la Nouvelle-France n’a jamais rapporté d’or, elle a fourni un nombre faramineux de fourrures.

Pourtant, la fièvre de la fourrure gagne de nombreux habitants qui désertent parfois leurs terres pour courir les bois à la recherche de peaux qui valent une fortune. De Montréal, on passe au lac Ontario, où les Amérindiens parlent d’une grande étendue d’eau au nord: la baie d’Hudson, qui est aux fourrures ce que le Klondike est à l’or.

Là commence, c’est triste à dire, l’acculturation des Amérindiens. Rapidement, en échange des fourrures, ils intégreront des produits européens «modernes» à leur vie quotidienne. L’alcool, malheureusement, bien qu’il soit illégal d’en vendre, fait partie des biens convoités par ces nations qui le supportent si mal...

Montréal la commerçante

On peut dire que Montréal la commerçante appa­raît graduellement, au détriment de Ville-Marie la Pure, entre les années 1667 et 1680, où, chaque été, la foire aux fourrures revient en force.

Ce rendez-vous de traite et de marchandage, mais aussi de festivités, est l’ancêtre de nos grosses patentes commerciales estivales telles que le Grand Prix de formule 1, avec son Jet Set, sa décadence matérialiste et ses beautés vénales qui scandalisent les bien-pensants.

Rappelons que ce n’est que plus tard, après la Conquête, que Montréal, désormais gouvernée par les affairistes anglais, deviendra la métropole de la fourrure... Parce qu’elle refusait de le devenir, la Montréal de la Nouvelle-France avait repoussé la coupe loin de ses lèvres... Pendant les «foires annuelles des fourrures», les premiers Montréalistes, imbus qu’ils étaient de leur utopie catholique, pouvaient-ils se douter que la vénalité l’emporterait sur la sainteté, l’argent sur la foi, le castor sur le Christ?

- Avec la collaboration de Louis-Philippe Messier

♦ Chaque semaine, Gilles Proulx et Louis-Philippe Messier décrivent un événement marquant de l’histoire de Montréal. Leur chronique mettra la table aux célébrations du 375e anniversaire de la fondation de la ville.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.