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Une policière parle de sa dépression

Elle affirme avoir hésité à consulter pour ne pas paraître faible

Depuis son retour au travail, après avoir touché le fond en 2014, Sandra Boucher affirme être devenue une meilleure policière.
Photo Magalie Lapointe Depuis son retour au travail, après avoir touché le fond en 2014, Sandra Boucher affirme être devenue une meilleure policière.

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La policière Sandra Boucher ne dormait plus, ne mangeait plus et chicanait ses enfants pour tout et pour rien. Elle se doutait qu’elle était en dépression, mais ne voulait pas consulter pour ne pas paraître faible devant ses confrères majoritairement masculins.

Après 20 ans à voir des histoires d’horreur d’enfants maltraités, à côtoyer des criminels violents et à vouloir performer à tout prix, la sergente aux enquêtes de la Sûreté du Québec à Shawinigan Sandra Boucher est arrivée au bout du rouleau en avril 2014.

Comme plusieurs autres policiers, elle a attendu d’être véritablement au fond du baril pour aller consulter. Son conjoint, également policier, l’a même menacée d’appeler son patron si elle n’allait pas se faire soigner.

«C’est un domaine très négatif. Je suis constamment en ligne avec la DPJ, des intervenants, des personnes désorganisées, c’est mon lot quotidien», a-t-elle dit.

Par son témoignage, elle souhaite maintenant sensibiliser d’autres policiers à ne pas faire la même erreur qu’elle et à ne pas attendre de toucher le fond avant d’agir.

Honte

Au Québec, la dépression touche beaucoup de policiers et les agents consomment 2,5 fois plus d’antidépresseurs que le reste de la population.

«Lorsque le médecin m’a dit le diagnostic, ç’a été un coup de pelle en pleine face», a imagé Mme Boucher.

Après trois mois en arrêt de travail passés chez elle à s’emmitoufler dans sa doudou et à cacher sa voiture dans le garage pour éviter que les gens du voisinage sachent qu’elle ne travaillait pas, une amie policière lui a proposé une nouvelle piste. Une maison de thérapie avec hébergement pour les femmes et les hommes qui portent l’uniforme.

Dès le lendemain, elle s’est rendue à la maison La Vigile, pour finalement y passer 18 jours.

Depuis plus de 10 ans, cette maison de thérapie accueille des policiers, des pompiers, des paramédics ou leurs familles et proches qui vivent des moments difficiles.

Depuis qu’elle est revenue au travail, à la fin de 2014, Sandra Boucher estime être une meilleure policière. Elle a appris à dire non et à respecter ses limites.

Orgueil

Plutôt que d’arrêter en raison d’une dépression, Mme Boucher aurait préféré se casser une jambe. Lorsqu’elle conduisait, elle se disait souvent: «Si je peux frapper un camion pour me blesser, pas trop, mais juste assez pour que, physiquement, les gens voient que je suis inapte au travail, ce serait moins pire qu’une dépression.»

Les policiers cachent l’état de leur santé mentale

Les travailleurs qui portent l’uniforme banaliseraient l’état de leur santé mentale jusqu’à contourner le système de santé pour ne pas perdre de la notoriété au sein de leur organisation.

Jacques-Denis Simard est le président de la maison de thérapie La Vigile. Il a été policier à la Sûreté du Québec pendant 33 ans, il connaît bien leur réalité.

«C’est la culture de l’emploi qui veut ça. Quand un policier dit à son patron qu’il a tiré sur un bandit et que son patron lui répond qu’il doit passer par-dessus, le policier entend qu’il doit passer à autre chose», a dit sans hésiter M. Simard.

Ignorer

Selon lui, la plupart des policiers refuseraient de reconnaître qu’ils ont vécu une situation traumatisante, pour ne pas perdre la confiance de leurs collègues.

Lorsque les travailleurs arrivent à la maison de thérapie et qu’ils sont rencontrés par des psychologues, des chocs post-traumatiques sont très souvent confirmés.

«On rencontre les mêmes patterns, ces gens banalisent», a ajouté l’ancien policier.

La pression exercée par l’employeur serait également constante tout au long de la carrière du policier.

2018

D’ailleurs, en septembre 2018,

La Vigile et l’École nationale de police du Québec organiseront pour la première fois un colloque international pour trouver des solutions afin de mieux outiller leur clientèle. Le terrorisme sera au cœur des discussions.

La Vigile en chiffres

  • 227 résidents en 2016
  • Entre 2013 et 2015, 32 % des résidents ont été admis pour une problématique de dépression
  • 35 % des résidents sont des militaires
  • 58 % des résidents sont des hommes
  • 68,8 % des clients de La Vigile souffrent de détresse suicidaire

Source: La Vigile