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La maudite charte des valeurs

La maudite charte des valeurs
Photo d’archives

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Dans Les Misérables de Victor Hugo, le petit Gavroche chante: «Je suis tombé par terre,/C’est la faute à Voltaire,/Le nez dans le ruisseau,/C’est la faute à Rousseau.» En d’autres termes, Hugo blâmait de manière satirique les deux philosophes d’être, à cause de leurs idées séditieuses, responsables de tous les maux sociaux survenus en France depuis la Révolution française.

La charte des valeurs québécoises sert aujourd’hui de semblable bouc émissaire. Certes, la charte a permis à certains de ses défenseurs de déraper lamentablement, on en convient. Cependant, cette charte a été une tentative d’accommodements raisonnables entre les aspirations collectives de la majorité et les demandes des minorités ethnoculturelles.

La Presse publiait hier les résultats d’une étude «très exploratoire», assure Ghayda Hassam, de l’UQAM, qui en est responsable. Elle avoue même que «c’est un projet-pilote qui n’est pas nécessairement représentatif.» Et on en est convaincu lorsqu’on apprend par l’article du journal que seuls 441 étudiants de l’UQAM (30,5 % d’hommes et 69,5 % de femmes) ont été interrogés. Depuis quand les étudiants de l’UQAM sont-ils représentatifs de tout le Québec?

Identité nationale

La conclusion est lumineuse. Les débats sur la charte ont accentué le racisme du Québec. La discrimination contre les immigrants s’accentue. L’affirmation de l’identité nationale québécoise avive les tensions intercommunautaires et les exigences de laïcité ont pour effet de cibler les femmes musulmanes, perçues comme menaçantes pour la construction de la nation, assurent les chercheurs.

La charte des valeurs, aujourd’hui écartée, continue donc de servir d’arguments à tous ceux, le premier ministre en tête, qui s’opposent aux revendications identitaires d’une majorité de Québé­cois.

La tragédie de la mosquée de Québec serait donc la conséquence de cette charte avortée. Autrement dit, il flotte au-dessus du Québec une atmosphère explosive à moyen terme que seul le rejet des revendications nationalistes au profit de la thèse du multiculturalisme, où ne règnent que les droits individuels, pourrait freiner. Seule la vision du Canada postnational de Justin Trudeau nous délivrera de l’affligeant nationalisme québécois.

Amalgame

Sans nier la complexité du débat sur l’identité, où l’insécurité collective s’expri­me chez une partie des Québécois, doit-on le cacher derrière un voile? Comment débattre de cet enjeu crucial pour notre avenir si une proportion importante de citoyens font un amalgame entre ce débat et une prétendue intolérance québécoise endémique chez les nationalistes militants?

Doit-on faire taire les Québécois de souche? Cesser de défendre la langue, la culture et les valeurs qui y sont rattachées et qui entrent en conflit avec celles d’immigrants originaires de pays de culture traditionnelle, où la théocratie règne souvent sans possibilité d’oppo­sition laïque, par exemple?

Quel est l’objet de votre maladie? demandait Freud à ses patients. Pourquoi donc La Presse fait-elle une manchette avec une étude «scientifique» si discutable qui porte encore une fois atteinte aux Québécois, qui ont spontanément exprimé, lors de l’horrible tragédie de Québec, leur indignation, leur compassion et leur tristesse envers leurs compatriotes de confession musulmane?

N’est-ce pas jouer avec le feu?