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L’autre

L’autre
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Il fut un temps où l’on méprisait l’autre.

Tout ce qui était différent était considéré comme inquiétant, louche, dangereux.

Nous n’en avions, alors, que pour nous.

Notre culture, notre histoire, nos valeurs.

Tu ne «fittais» pas dans le groupe? Ta sexualité, ta religion ou ta race ne correspondait pas à la norme?

On ne voulait rien savoir de toi.

Tu faisais partie des autres.

L’INTOUCHABLE

Comme il arrive souvent, nous sommes passés d’un extrême à l’autre.

De paria, l’autre est devenu un modè­le, un exemple.

Avant, l’autre n’avait que des défauts. Aujourd’hui, il n’a que des qualités.

Autant on le méprisait, autant on le tient maintenant en haute estime.

L’autre est devenu le nouveau «nous». Et le «nous» est devenu autre.

Si l’on en croit certains, nous aurions tout à apprendre de l’autre.

L’autre est ouvert, alors que nous sommes fermés.

Il est généreux, alors que nous sommes égoïstes.

Il est bienveillant, alors que nous sommes méchants.

On pointait l’autre du doigt et on le vouait aux gémonies. On le cite maintenant en exemple et on célèbre ses vertus.

La différence rendait l’autre suspect. Elle le met maintenant à l’abri de tout soupçon.

D’obscur et ténébreux, l’autre est devenu blanc comme neige, pur, angélique.

Indéfendable naguère, l’autre est maintenant intouchable.

NIER L’HUMANITÉ DE L’AUTRE

Se pourrait-il que ces deux attitudes ne soient en fait que les deux côtés d’une même pièce?

Car il y a deux façons de déshumaniser l’autre: le regarder de haut ou le mettre sur un piédestal.

D’un côté comme de l’autre, on le retire de la communauté humaine.

On le met à part, dans un coin. Sous une cloche de verre.

Nous nous sentons tellement coupables d’avoir méprisé l’autre que nous le révérons.

Il était moins que rien, il est plus que tout.

Plus possible de dire quoi que ce soit sur l’autre sans s’attirer les foudres des bien-pensants.

L’autre ne méritait que des insultes, il ne reçoit maintenant que des éloges.

Pourtant...

L’autre est comme nous. Ni meilleur ni pire.

Des imbéciles et des crapules, il y en a partout.

Autant chez nous que chez les autres.

Dire que l’autre est un ange, c’est comme dire qu’il est un démon.

C’est nier son humanité.

S’ouvrir à l’autre, s’ouvrir VÉRITABLEMENT à l’autre, c’est l’accepter comme il est.

Avec ses qualités et ses défauts.

L’autre n’est ni pire ni meilleur. Il est comme nous.

Il est nous.

EN ÉGAL

Des extrémistes, il y en a partout. Chez nous comme chez les autres.

Et nous devons tous les combattre. Avec la même vigueur, la même fermeté et la même intransigeance.

Ce n’est pas parce qu’un extrémiste fait partie des autres qu’il est plus accep­table. Et ce n’est pas parce qu’un extrémiste fait partie de nous qu’il est moins condamnable.

Rien de plus condescendant que de traiter l’autre comme s’il était une peti­te chose fragile qu’il ne faut jamais brusquer.

Respecter l’autre, c’est le traiter en égal.

Le soumettre aux mêmes lois, lui accor­der les mêmes droits et exiger de lui les mêmes devoirs.

Bref, arrêter de le considérer comme un autre, cesser de le mettre à part.

L’autre n’est ni un sous-homme ni un surhomme.

Il est juste humain.

Comme nous.