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Toilettes sans murs aux soins intensifs

L’Institut de la santé publique souligne les risques élevés de contamination

Le médecin de l’INSPQ, Jasmin Villeneuve, souligne qu’il y a énormément de risques de contamination si des cuvettes sont installées sans protection dans les chambres de soins intensifs.
photo Stevens Leblanc  Le médecin de l’INSPQ, Jasmin Villeneuve, souligne qu’il y a énormément de risques de contamination si des cuvettes sont installées sans protection dans les chambres de soins intensifs.

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Afin d’économiser de l’argent, des directions d’hôpitaux ont décidé d’installer des cuvettes dans les chambres de soins intensifs sans murs ni écrans protecteurs. Une décision décriée par l’Institut de la santé publique (INSPQ), qui y voit des risques de contamination.

Le ministère de la Santé devait récemment approuver des plans pour de nouvelles constructions dans deux hôpitaux de Montréal. Les plans proposaient de mettre des toilettes au beau milieu des chambres de soins intensifs.

«Le ministère pensait que ce n’était pas la meilleure option et il nous a demandé un avis d’expert en fonction de la prévention des infections», a indiqué en entrevue au Journal le médecin de l’INSPQ Jasmin Villeneuve.

«Risque élevé de contamination» du personnel et des patients, «risque de contamination croisée», «manque d’intimité», «odeurs pouvant être nuisibles aux patients»: les arguments contre sont nombreux de la part de l’INSPQ.

Ce type de cuvettes est déjà installé directement dans certaines chambres des soins intensifs ailleurs au Québec. «Les gens qui ont fait la proposition se sont basés sur des choses qui existent ailleurs», relate le Dr Villeneuve, évoquant des économies d’argent et d’espace pour justifier ces demandes.

« Options limitées »

Le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’île-de-Montréal dispose de ce type de toilettes, prétextant que «les options permettant de disposer des liquides biologiques étaient limitées lors de la conception des plans».

La porte-parole de l’Hôpital général juif, Emmanuelle Paciullo, soutient que ces cuvettes ne sont pas utilisées comme «des toilettes traditionnelles, mais plutôt comme élément pour se débarrasser des liquides biologiques des patients», et ce, afin «d’éviter de se promener hors des chambres avec des contaminants potentiels» et «se défaire efficacement et dans des délais rapides des liqui­des biologiques des patients alités».

Or, c’est tout le contraire qui se produit, selon l’INSPQ. «Globalement, ça peut entraîner des risques pour la transmission des infections. On sait que la zone autour de la toilette est à très haut risque, juste en sachant à quoi elle sert», mentionne le médecin Jasmin Villeneuve, relatant qu’il y a de nombreuses infections et bactéries au niveau des selles, comme le C. difficile.

Danger réel pour la santé

«La clientèle des soins intensifs est majoritairement composée de patients fragiles et très sensibles à l’acquisition d’agents pathogènes. Il est nécessaire pour leur sécurité de minimiser la présence d’éléments pouvant accroître le risque de transmission de ces agents dans l’environnement», mentionne l’avis de l’INSPQ.

De plus, les membres du comité qui ont travaillé sur cet avis expliquent que la majorité de la clientèle hospitalisée aux soins intensifs est incapable d’utiliser une toilette. Ainsi, il y a un «risque de créer des «zones d’eau sta­gnante» propices à la prolifération d’agents pathogènes [...] et «d’avoir de graves conséquences chez un patient déjà affaibli».

Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal Institut de cardiologie de Montréal

C es deux hôpitaux ont fait la demande pour aménager des cuvettes dans les chambres de soins intensifs, sans murs ni écrans protecteurs autour de la cuve

« Ces deux établissements-là, ils en sont toujours à l’étape des plans et devis. Ils souhaitaient intégrer une cuvette de toilette principalement pour une mobilisation précoce du patient »

– Noémie Vanheuverzwijn, porte-parole du ministère de la Santé

Hôpital ayant déjà des cuvettes sans murs :

L’Hôpital général juif du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’île-de-Montréal.

La direction assure qu’une analyse de risque a été faite afin de prendre la meilleure décision parmi les options possibles.