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Lettre tendre à Rambo Gauthier

Rambo fait rire de lui à TLMEP

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J’ai d’abord lu ceux qui te blastaient après ton passage à Tout le monde en parle. Je me suis dit, bon, Rambo est un con qui méprise les femmes.

Puis, j’ai écouté ton entrevue. Tout le long, tu m’as plu. J’ai été très étonnée en entendant le bout qui a fait scandale. Tu n’y parles pas de la femme en général, tu y parles de ton groupe d’amis : « On est 2, 3 couples des fois, chez nous, sur le patio, on se fait un barbecue. À un moment donné, après 7 ou 8 bières, les femmes s’en vont jaser de leur linge, de leurs patentes, et nous on se ramasse dans le coin, et on se met à parler de politique. »

J’ai passé pas mal de veillées en région, et quand j’ai jasé de politique, c’était la plupart du temps avec des gars. Celui qui disait : « Je ne suis pas féministe », je ne riais pas de lui, je lui disais que le terme avait une connotation positive dans ma gang et lui expliquais pourquoi, et nous avions une discussion intéressante. Ça finissait presque toujours par : « On dit la même chose, dans le fond », et un grand sourire. Je ne m’accrochais pas aux termes; c’est l’attitude qui était importante. Est-ce que les gars me mettaient de côté parce que j’étais une fille? Jamais. Ils me donnaient même un peu d’importance superflue.

Parce que je venais de la ville.

C’est ça qui nous sépare, en fait. La géographie. D’un côté, les banlieues et les régions, et de l’autre, les centre-ville. Deux cultures.

Ceux de la ville regardent avec mépris ces gens de l’extérieur qui regardent des reality shows, qui trippent sur les moteurs, qui mangent mal, qui ne lisent pas de livres, qui dépensent leur cash dans des bébelles qui ne les rendront pas heureux et dans des tout-inclus sur une plage arrangée comme un Disneyland pour adultes où il n’y aura aucune découverte culturelle, que des choses rassurantes. Et qui, après avoir dépensé leur argent de la sorte, viennent se plaindre qu’ils paient trop d’impôts.

Ceux des banlieues et des régions ne comprennent pas davantage ces tapettes de la ville qui sont vegan, qui trippent sur la bicyclette, qui vont voir des films ouzbèkes plates sous-titrés en anglais sur les queer d’ex-Union soviétique, qui veulent tout connaître sur les sikhs, les toxicos, les musulmans, les travailleuses du sexe, qui ne jugent ni ne méprisent personne – sauf ce gros tas inculte de la banlieue qui vient dire à Tout le monde en parle que les filles de sa gang parlent de linge. Ah, lui, non, aucun effort de compréhension, c’est un cave.

Et pourtant. Nous sommes de la même estie de classe sociale, nous avons les mêmes intérêts, nous sommes tous en train de suffoquer effouarés sous le poids de cette même élite qui a très bien réussi son entreprise de diviser pour régner.

De mon bord, on a mordu à l’hameçon, on a cloué un gars de Sept-Îles au pilori pour sa manière de parler de ses amies. Et même s’il précise : « Je la respecte la femme en 2017, elle est pareille à l’homme », non, non, c’est un esti de misogyne. Politiquement, on NE PEUT PAS ÊTRE AMIS.

De ton bord, vous avez mordu à l’hameçon aussi : les musulmans. Je sais qu’ils te tapent sur les nerfs, ça paraît. Mais c’est de la propagande, Rambo, qui te fait les haïr. Je te prends pas pour un cave : nous en sommes tous victimes. Ça vient nous jouer jusqu’au fond du cerveau. Tu as vu toutes ces images de guerre, ces burqa, des choses qui choquent parce que ça génère du clic. Mais... haïr les musulmans après les avoir vus seulement à la télé, dans une version empirée d’eux-mêmes, sans connaître profondément une seule petite dizaine d’entre eux?

Réagir comme ça, c’est réagir de la même manière que ceux qui ont décidé que t’étais un gros cave après avoir regardé l’extrait de 4 secondes où tu dis que les femmes parlent de linge. Tu comprends?

Le féminisme et l’immigration sont des sujets dont il faut débattre, d’accord, mais on pourrait tu commencer par regarder ce qui nous unit? La lutte contre les paradis fiscaux, contre l’injustice, pour l’indépendance du Québec, pour une démocratie qui soit pour le peuple, pour que les Premières nations soient remises à l’avant-plan, pour la défense des conventions collectives? Ça, c’est toutes des choses que tu as défendues pendant ton entrevue à TLMEP. Est-ce que ma gang s’en est rendue compte? Et je vais ajouter d’autres problèmes sur lesquels je suis sûre qu’on s’entendrait : Hydro-Québec, le pipeline, ces médias qui déforment et qui salissent tout, et ceux qui vont continuer à se graisser la patte pendant qu’on se tape dessus pour des choses qui ne sont même pas au coeur de ce qu’on voudrait tellement sauver.

Imagine le team d’enfer qu’on ferait si on passait par-dessus nos divisions : ta gang qui comprend d’instinct la culture et les besoins des régions, et la mienne qui comprend d’instinct ceux des villes. Comment pourraient-ils nous battre? Le peuple se lèverait enfin sur ses deux pattes.

Une phrase qui me plaît de toi : « Si je fais la couleuvre avec tout le monde, je ne pourrai jamais y arriver». Je suis tellement d’accord. Les couleuvres m’écoeurent profondément.

Alors je croise les doigts en te regardant aller : est-ce que tu vas te mettre au service de ceux qui nous divisent pour mieux dominer le monde, ou est-ce que tu vas être un héros?

p.s. Je serai à Innu Nikamu en août. Si tu veux, on va prendre une bière.