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Frontières: l’autre extrême

Frontières: l’autre extrême
Photo afp

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Donald Trump a mis à la mode le sujet des frontières. Le mur qu’il entend construire entre son pays et le Mexique constitue certainement un extrême en la matière. Les exemples de citoyens canadiens refoulés aux frontières par des douaniers plus zélés que d’habitude soulèvent aussi des questions chez nous.

Si Trump donne dans l’excès, le Canada ne fait pas beaucoup mieux, mais complètement à l’autre extrême. Les images que nous a présentées le reportage de J.E. hier soir dépassent l’entendement. Aucune émission humoristique n’aurait pu imaginer une telle parodie.

Des gens arrivés en touristes aux États-Unis se font amener en taxi dans un petit chemin de campagne jusqu’à un jet de pierre de la frontière canadienne. De là, ils traversent à pied en sifflant et se retrouvent en sol canadien. Pas même une corde comme en mettent les propriétaires de camps de pêche pour indiquer que le terrain est privé.

Réfugiés

Une fois au Canada, les nouveaux venus se font volontairement arrêter par la GRC. À partir de ce moment-là, ils font une demande en vue d’obtenir le statut de réfugiés. Puisqu’ils sont en sol canadien, leur demande doit être prise en considération en vertu de nos lois.

Je ne doute pas que ces gens soient dans la misère. S’ils faisaient la belle vie dans un pays en paix, ils n’essaieraient pas d’entrer clandestinement au Canada avec tous leurs actifs dans un sac à dos. Peut-être méritent-ils vraiment le statut de réfugiés. Peut-être pas non plus. Peut-être veulent-ils seulement améliorer leur sort comme des milliers d’autres et décident de tricher plutôt que de suivre la procédure.

Quoi qu’il en soit, l’accès au Canada ne peut pas se faire de cette façon. Le reportage de J.E. nous a montré des familles qui entraient illégalement au Canada. En apparence de bonnes personnes, qui font surtout pitié. Femmes et enfants ont même accepté de se réchauffer un peu dans la fourgonnette de mon collègue Denis Therriault lors de cette matinée glaciale.

Des criminels aussi

Sauf que si la facilité à entrer au Cana­da est telle, il faudrait être naïf pour penser que des personnes aux mauvaises intentions ne pourraient pas elles aussi être tentées de nous rendre visite. D’ailleurs, la même enquête de J.E. parle aussi de réseaux de passeurs qui offrent à des criminels un accès au Canada via Akwesasne.

Les autorités canadiennes doivent rapidement donner des réponses et réviser leur stratégie. Pas question d’imiter Donald Trump et de développer une obsession idéologique avec les frontières. Mais quand même! Un pays doit faire le minimum pour que ses lois soient prises au sérieux.

Même si ces nouveaux arrivants étaient des réfugiés dans le sens le plus noble du terme, quel message le Canada leur envoie! Ici, pour arriver à ses fins, il faut contourner les lois. Le pays n’est ni rigoureux ni sérieux.

Si le Canada veut entamer des discussions avec Donald Trump, pour l’empêcher d’exagérer dans la gestion des frontières, nous devrons prouver notre sérieux et notre crédibilité. Espé­rons que Trump n’a pas vu J.E.!