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Un ex-membre des Voltigeurs de Québec intente une action collective contre l'armée pour sévices sexuels et harcèlement

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Un ex-membre des Voltigeurs de Québec intente une action collective contre les Forces canadiennes après avoir subi des sévices sexuels et des années d’intimidation de la part de ceux qui devaient être ses camarades.

Un matin de mai 2001, Alexandre Tessier s’est réveillé avec une odeur de sperme qui se dégageait de son visage, après avoir passé la nuit dans un dortoir de la base militaire de Valcartier.

Le jeune militaire n’a connu le fin mot de l’histoire que l’été suivant, par le témoignage d’un collègue. Des soldats s’étaient masturbés au-dessus de son visage pendant qu’il dormait. Alors âgé de 19 ans et sans expérience sexuelle, il a mis tout ça sous le tapis.

Mais M. Tessier a été «l'objet de harcèlement et d’intimidation de la part de collègues militaires», lit-on dans la demande d’autorisation en action collective déposée en son nom en Cour supérieure par Me Jean-Daniel Quessy, le 10 février dernier.

«Les conséquences de l'agression sexuelle et du harcèlement ont été dévastatrices. Il s’est senti «humilié et détruit.»

Jusqu’en Afghanistan

Les railleries l’ont suivi jusqu’en Afghanistan. Un psychiatre militaire lui a diagnostiqué un trouble d’adaptation en 2011. M. Tessier est resté en arrêt de travail jusqu’à ce qu’il soit libéré par les Forces, deux ans plus tard, pour des raisons médicales. Il a eu droit à une indemnisation pour l’agression.

Alexandre Tessier a encore des «séquelles importantes», 16 ans après les faits allégués dans la poursuite. Il ne peut pas travailler. «Pendant que les agresseurs étaient impunis, il a été contraint au silence et à la honte», déplore son avocat, qui tient l’armée responsable.

Pas seul

Plusieurs cas d’inconduite sexuelle ont récemment fait les manchettes et des recours du même genre ont été déposés dans d’autres provinces. Parallèlement, dans un troublant rapport, l’ex-juge Marie Deschamps parlait en 2015 d’une «culture de la sexualisation», un problème par ailleurs reconnu par l’armée. Dans une vaste enquête de Statistique Canada, tout près de 1000 militaires ont déclaré avoir été victimes d’agressions sexuelles dans les 12 derniers mois.

«Mais qu’est-ce qui se passe dans cette organisation-là?», tonne Me Quessy en entrevue au Journal. Son client et lui avaient choisi d’intenter une poursuite individuelle, «mais comme on réalise que c’est global, ça n’avait pas de sens de continuer à débourser et de se battre seul».

En bref

«L’Armée est responsable de l'agression sexuelle qu’il a subie en 2011 de par son inaction, sa complaisance et sa tolérance à l'égard des agressions sexuelles et du harcèlement» - Extrait de la demande d’autorisation déposée en Cour supérieure

«L'agression sexuelle elle-même, mais aussi des faits postérieurs comme le harcèlement, la honte et la peur ont rendu le demandeur malade et lui ont infligé des préjudices mentaux importants» - Extrait de la demande d’autorisation déposée en Cour supérieure

«Les comportements sexuels nuisibles sont un véritable problème dans notre institution. On le sait. On essaie de s’y attaquer de front» - Général Jonathan Vance, cité dans la demande de M. Quessy.

«Il existe une culture sous-jacente de la sexualisation au sein des Forces [qui est] propice au harcèlement sexuel et à l’agression sexuelle. Un changement culturel s’impose.» - L’ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps, dans son rapport sur l’inconduite sexuelle dans l’armée.