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La création du Doric Club (1836)

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En 1836, un avocat de bonne famille, originaire d’Écosse, Adam Thom – dont vous n’avez sans doute jamais entendu parler –, fonde à Montréal une organisation paramilitaire monar­chiste anticanadienne dans le but de patrouil­ler dans les rues et d’intimider les francophones: le Doric Club. Ce «club» va bientôt se dissoudre: l’armée recrutera alors ses membres, qui, de paramilitaires, deviendront militaires tout court, pour tuer du vilain Canadien pendant les rébellions de 1837-1838.

En voyant un personnage de ce genre inciter à prendre les armes contre les Canadiens dès son arrivée au Canada, la réaction immédiate a été de se dire: «De quoi se mêle-t-il? Quelle outre­cuidance!»

Adam Thom marque un moment important pour Montréal puisqu’il constitue le modèle type de l’immigrant cauchemardesque, ce nouvel arrivant conquérant qui fera malheureusement la pluie et le beau temps dans notre ville au cours du 19e siècle, tandis que les nôtres se recroquevilleront dans l’Église ou à la campagne pour survivre. Aussitôt débarqué du bateau, cet immigrant a été pris d’une fièvre irrépressible d’imposer la culture du domi­nant et, surtout, de dénigrer celle de la majori­té qui l’accueille.

Et ce n’est pas tout: une fois les Patriotes matés et pendus, Adam Thom rentre en Angleterre, où il aide Lord Durham à pondre le rapport qui porte son nom et qui préconise notre disparition par l’assimilation. «De rien, Adam! serions-nous tentés de lui dire. Ça nous a fait plaisir de t’accueillir. Il faudrait donner ton nom à une rue!»

Zélés colonisateurs

Malheureusement, l’Angleterre n’envoie à Montréal que des monarchistes forcenés et c’est bizarrement encore plus vrai lorsqu’ils viennent d’Irlande, d’Écosse ou du pays de Galles, ces colonies britanniques qui ont presque perdu leurs langues à force d’être occu­pées et dominées par les Anglais. Loin de se reconnaître dans les vaincus que nous étions, les vaincus irlan­dais ou écossais préféraient se joindre aux plus forts, à la Couronne, contre nous... Ces colonisés, souvent aussi pauvres et grossiers que les pauvres et grossiers Canadiens qu’ils exécraient, faisaient de zélés colonisateurs pour le compte de l’Angleterre.

La Couronne britannique n’a aucun mal à comprendre que l’immigrant a un penchant presque irrésistible pour le pouvoir établi et elle s’en sert allègrement. Ainsi voit-on aujourd’hui des quartiers entiers de Montréal voter à 100 % ou presque pour les partis du statu quo, ouvertement hostiles aux besoins nationaux élémentaires du Québec, que sont le Parti libéral du Canada et le Parti libéral du Québec. Dans les années 1960 et 1970, on a vu des minorités montréalaises pousser les hauts cris en raison de la loi 101, ce qui, rétro­spectivement, était du délire!

Je vous le disais, Adam Thom a marqué notre ville. Son personnage, le prototype du nouvel arrivant outrecuidant, donneur de leçons et violent à ses heures, est en pleine vogue!

Heureusement, en 1834 naquit la Société Saint-Jean-Baptiste, ce qui a donné une association officielle puissante, bien organisée et bien financée à la nation canadienne-française, qui n’avait plus pour elle ni l’État ni l’économie.

Le Britannique forcené Adam Thom, qui est venu au Canada pour y dominer les Canadiens le plus activement possible, inaugure une tradition de francophobie qui fleurira dans certai­nes parties de la ville. Sans vouloir excuser ce sinis­tre individu, comprenons que la haine du Cana­dien servait de liant national pour les Écossais, Irlandais et Anglais. On se réconciliait sur le dos des «perdants». Remarquez que de nombreux Canadiens français se sont laissés gagner par cette fièvre probritannique, certains au point de s’assimiler à la culture dominante... et d’exécrer le Canada français arriéré.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
Le Britannique forcené Adam Thom, qui est venu au Canada pour y dominer les Canadiens le plus activement possible, inaugure une tradition de francophobie qui fleurira dans certai­nes parties de la ville. Sans vouloir excuser ce sinis­tre individu, comprenons que la haine du Cana­dien servait de liant national pour les Écossais, Irlandais et Anglais. On se réconciliait sur le dos des «perdants». Remarquez que de nombreux Canadiens français se sont laissés gagner par cette fièvre probritannique, certains au point de s’assimiler à la culture dominante... et d’exécrer le Canada français arriéré.
 
 
Le 19e siècle est celui de l’apparition des passions nationales, en Europe comme en Amérique. Ludger Duvernay (dessiné par Ægidius Fauteux) a fondé la Société Saint-Jean-Baptiste pour offrir un pendant cana­dien aux autres sociétés du même genre.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
Le 19e siècle est celui de l’apparition des passions nationales, en Europe comme en Amérique. Ludger Duvernay (dessiné par Ægidius Fauteux) a fondé la Société Saint-Jean-Baptiste pour offrir un pendant cana­dien aux autres sociétés du même genre.
Avec la collaboration de Louis-Philippe Messier

 

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