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Une lettre du patron de Brunet dans la mire de la RAMQ

Un document confidentiel envoyé à tous les pharmaciens de la chaîne soulève des questions

Le siège social de Brunet est situé à Pointe-aux-Trembles.
Photo martin chevalier Le siège social de Brunet est situé à Pointe-aux-Trembles.

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Québec entreprend des vérifications concernant une lettre confidentielle envoyée par le grand patron d’une des plus grandes chaînes de pharmacies du Québec.

La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) va se pencher sur la lettre pour déterminer si elle ne contrevient pas au projet de loi 92 adopté en décembre et qui interdit d’inciter un pharmacien à vendre de façon préférentielle une marque spécifique de médicaments.

Le 10 février dernier, une lettre a été envoyée aux pharmaciens leur indiquant que quatre fabricants de médicaments génériques continueraient à agir comme « partenaires » de la bannière
Photo courtoisie
Le 10 février dernier, une lettre a été envoyée aux pharmaciens leur indiquant que quatre fabricants de médicaments génériques continueraient à agir comme « partenaires » de la bannière

La lettre envoyée à tous les pharmaciens affiliés à Brunet est signée par Luc Martinovitch, le vice-président de McMahon (qui chapeaute Brunet). Il indique que l’entreprise a choisi de continuer à faire affaire avec quatre fabricants, soit Apotex, Pharmascience, Sandoz et Teva/Actavis.

Cette lettre a fait bondir certains pharmaciens propriétaires affiliés à Brunet. Ils estiment que cela limite le libre choix des professionnels de fournir le médicament qu’ils jugent le plus approprié.

Luc Martinovitch. Vice-président
Photo courtoisie
Luc Martinovitch. Vice-président

Pharmaciens choqués

«Ce qui a choqué, c’est que tu n’as pas le droit de limiter l’accès», dit un pharmacien sous le couvert de l’anonymat.

«On va regarder ça de près», indique le porte-parole de la RAMQ, Marc Lortie. Si cette forme de pratique commerciale est jugée problématique, il pourrait y avoir déclenchement d’une enquête. En décembre dernier, le ministre a fait adopter le projet de loi 92 qui devait notamment préserver l’indépendance professionnelle des pharmaciens.

Depuis 2010, la bannière Brunet a conclu des ententes avec certains fabricants de génériques. La compagnie justifie cette décision pour s’assurer d’un approvisionnement plus sûr et un choix de molécules plus vaste.

Ristourne maximale

Les fabricants choisis devaient aussi verser aux pharmaciens le maximum de ristournes autorisé par le gouvernement à l’époque, soit 15 % des achats de médicaments génériques. Ce plafond a été éliminé en janvier dernier.

Selon nos informations, en plus de la ristourne aux pharmaciens, les fabricants choisis par Brunet versent aussi un montant directement à la bannière pour assurer leur place parmi les «partenaires».

Les dirigeants de la bannière disent respecter la loi. «Les pharmaciens ont le choix parmi quatre fournisseurs et ça ne contrevient pas à la loi», dit Marie-Claude Bacon, directrice des communications de la maison-mère de Brunet, Metro. Il serait complexe sur le plan logistique de tenir plusieurs autres fournisseurs et ça n’apporterait rien de plus au patient.

Selon elle, si le patient n’a pas le produit qu’il recherche, il peut toujours aller dans une autre pharmacie.