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C'est pas tant Robuchon que les onze millions

C'est pas tant Robuchon que les onze millions

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Le lienn vers ma chronique dans le Journal d'aujourd'hui est ici

Qu’une vedette internationale comme le chef Joël Robuchon installe un resto de luxe au Casino de Montréal est une bonne nouvelle pour la ville. Mais fallait-il vraiment que de l’argent public soit utilisé pour cela ?

Si le passé est garant de l’avenir, il est permis de s’interroger sur l'atteinte d'un des objectifs principaux.

Un grand rêve

Au début des années 90, j’ai assisté à une rencontre de presse organisée par le ministère du Tourisme du Québec pour expliquer le projet du Casino de Montréal. C’était l’époque du deuxième mandat de Robert Bourassa et le ministre du Tourisme s’appelait André Vallerand.

Nous étions environ une dizaine de journalistes spécialisés (j’écrivais souvent sur l’industrie tourisme) autour d’une table ministérielle polie comme un miroir. Pendant une heure, il nous a expliqué, avec beaucoup d’enthousiasme, le pourquoi, le comment et le combien de ce projet très attendu.

En bons journalistes, nous partions sceptiques. C’était loin du centre-ville, les pavillons de l’Expo n’avaient pas été construits pour durer mais surtout, comment le gouvernement allait-il s’y prendre pour que le Casino ne devienne pas un aimant pour les défavorisés en quête de gains rapides et illusoires ?

‘Non, non, non. Notre but n’est pas d’attirer les assistés sociaux, au contraire. Nous n’en voulons pas’, a expliqué le ministre avec fougue. ‘Nous visons une clientèle internationale, une clientèle fortunée. Des Américains.’

Assez BCBG ?

Je me souviens d’avoir mis en doute qu’un casino gouvernemental, géré par des fonctionnaires, dont l’objectif est de verser un maximum de redevances à l’État attire les connaisseurs qui fréquentent les grands casinos du monde.

Même après 24 ans d’existence, et des centaines de millions en innovations, rénovations et inaugurations coûteuses, les high rollers du monde entier ne se pressent toujours pas chez nous.  

Il est clair que Loto-Québec n’a pas perdu espoir. D’où Joël Robuchon.

J’ai peine à imaginer que ce luxueux restaurant - dont on dit beaucoup de bien - attire des hordes de jet setters à Montréal et change la composition de la clientèle monsieur-et-madame-tout-le monde du Casino de Montréal. (Pour commencer, il n’y a que 56 places.)

Surtout qu’il y a déjà un Atelier Robuchon à New York, le terrain de jeu urbain des nantis de la côte est américaine, à une heure d’avion de Montréal.

Par contre, je serais prête à parier que les foodies américains qui trippent fort sur Montréal se seraient déplacés en masse pour découvrir une cuisine à la mode, soit les créations de nos formidables chefs présentées dans cet écrin qu’est le Casino de Montréal. Un de nos meilleurs chefs-entrepreneurs aurait profité d’une superbe vitrine et d’un coup de pouce bien mérité de l’État, mais le gouvernement a préféré donner cette chance à une entreprise étrangère.

(Un État qui passe une partie de son temps à les enquiquiner. Parlez-en à Normand Laprise du Toqué sur qui Revenu Québec s’est acharné, pour rien du tout.)

Daniel Boulud, un autre chef de réputation internationale, n’a pas demandé d’argent public pour ouvrir une succursale au Ritz-Carlton, rue Sherbrooke ouest. Pourtant, ça marche.

NOTE: Savez-vous quel est le plat signature de Joël Robuchon ? Les patates pilées. Oups, pardon. La purée de pommes de terre, dont voici la recette.

https://www.puree-maison.com/puree-de-pomme-de-terre/robuchon