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L’homme de principes

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M. Couillard prétend être du «côté des principes» en s’appuyant, le 14 février dernier, sur une volte-face du philosophe Charles Taylor, qui a renié sa signature sur le rapport Bouchard-Taylor en effectuant un revirement opportuniste, pensé de longue date et livré au moment opportun.

Il n’en fallait pas plus pour que M. Couillard sorte l’artillerie lourde et toute son arrogance pour déclarer les hostilités aux partis de l’opposition qui cherchaient pourtant, de bonne foi, une issue à l’impasse dans laquelle le projet de loi 62 les a plongés.

Couillard ou le sable mouvant

Or, quiconque a eu à se frotter à M. Couillard de près sait que ses principes sont largement élastiques. Ainsi, le 19 août 2013, à la suite d’une sortie de François Legault sur les signes religieux, je lui avais envoyé un courriel, alors que j’étais députée de La Pinière, disant: «Bonjour, Philippe... je prends une minute pour te rappeler que je suis d’accord avec les recommandations de Bouchard-Taylor...» Je faisais référence à l’interdiction des signes religieux pour les juges, procureurs, policiers et agents correctionnels (l’autorité contraignante).

Sa réponse m’est parvenue rapidement: «Fatima, merci pour ton message. Marc Tanguay va te contacter pour te faire part des travaux du groupe sur la question, qui vont exactement dans ce sens».

Donc, au 19 août 2013, la position du PLQ sur les signes religieux allait exactement dans le sens de la recommandation de Bouchard-Taylor. Dix jours plus tard, «l’homme de principes» avait déjà changé son fusil d’épaule puisqu’il a annoncé, sans même consulter les députés de son caucus, qu’on lui marcherait sur le corps avant d’astreindre l’autorité contraignante à la neutralité religieuse.

Le tchador : pour et contre à la fois

Ce fut également le cas le 13 novembre 2013 au caucus libéral, quand il avait fermement appuyé son député de Lafontaine, Marc Tanguay, qui s’était déclaré publiquement favorable au port du tchador par les employées de l’État et les élues libérales. Deux jours plus tard, Philippe Couillard ne s’est pas gêné pour le rabrouer publiquement et sans ménagement lors d’une conférence de presse pathétique, tenue au PLQ le 15 novembre, à la suite de la publication d’une lettre où je dénonçais un tel recul pour les Québécoises

L’hostilité qu’il a manifestée à l’égard des élus du peuple, sur la foi d’un philosophe girouette, est indigne de la fonction d’un premier ministre, surtout à ce moment précis où les Québécois sont en droit de s’attendre à ce que leurs leaders calment le jeu, apaisent les tensions et jettent des ponts humains entre la majorité francophone et les Québécois de toutes origines.

Arrêtez l’instrumentalisation

Sur un enjeu aussi sensible, dans un contexte aussi critique que celui des lendemains de l’attentat de Québec, Philippe Couillard a choisi la voie de l’affrontement au lieu de celle du dialo­gue.

Une occasion ratée pour un «homme de principes» qui a campé son intransigeance sur le terrain du clientélisme électoral, agitant les épouvantails de la «discrimination vestimentaire» au lieu de ramener le débat sur le fond des choses, c’est-à-dire, sur une définition claire de la laïcité dans la Charte des droits et libertés de la personne pour en finir avec les dérives, les amalgames et la stigmatisation.

Il a lamentablement échoué au test de la réconciliation en se comportant non pas en chef d’État, mais en potentat médiéval qui instrumentalise des communautés musulmanes déjà fragilisées par les événements tragiques.

La laïcité est en débat au Québec depuis de nombreuses années. Un débat légitime dans une société pluraliste qui aspire à l’harmonie sociale. Une fois bien balisée dans une loi, elle offrirait la meilleure garantie pour la liberté de religion et la liberté de conscience, et un cadre de référence clair pour la gestion de la diversité dans les organisations publiques.

Prétendre que la laïcité implique la discrimination est de la pure démagogie. Les libéraux – intellectuels et poli­ticiens – qui ont mené un combat courageux pendant plus d’un siècle, pour la séparation de l’Église et de l’État, ne l’ont pas fait contre les catho­liques, les protestants, les juifs ou les musulmans, mais pour propulser le Québec dans la modernité et pour la démocratie.

Il nous reste un dernier jalon à poser, celui de la neutralité religieuse de l’État. De grâce, arrêtez les divisions stériles et bâtissez une société juste et harmonieuse!