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Le jour où j'ai cru en mon ministre de l'Éducation

Le jour où j'ai cru en mon ministre de l'Éducation

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Comme la plupart des gens, je suis souvent cynique quand j’écoute le discours des politiciens. Ainsi, je ne m’attendais donc pas à ce qui m’est arrivé la semaine dernière: j’ai cru en mon ministre de l’Éducation!
 
C’est lors d’une visite qui n’avait rien d’officielle que monsieur Sébastien Proulx est venu répondre aux questions des enfants. Ceux-ci l’avaient invité, à l’automne, pour expliquer comment lui et son ministère devraient repenser l’école québécoise, rien de moins. Et tant qu’à l’avoir avec nous, les élèves voulaient lui démontrer que ce que nous faisions dans notre école pouvait en inspirer d’autres à faire autrement.
 
Accueilli par mes élèves, le ministre a passé les 40 premières minutes de sa visite à passer d’un projet à l’autre pendant que l’orthopédagogue et moi-même travaillions avec des enfants écrivant des aventures liées à notre grand jeu de classe aux allures de Dongeons et Dragons. Du coin de l’oeil, je guettais avec suspicion le genre d’exercice auquel monsieur Proulx allait s’adonner. 
 
En fait, mon regard était déjà teinté par des préjugés entendus depuis fort longtemps. Je guettais le moindre indice confirmant mes doutes sur un représentant de nos décideurs à qui on confie presque la moitié de notre salaire. Mais, comme pour me rappeler que ce qui est vrai pour les enfants l’est peut-être aussi pour les plus grands, je me suis mis à croire aux convictions animant mon ministre de l’Éducation et je lui ai donné sa chance.
 
On peut passer sa vie à critiquer les faiblesses des autres ou plutôt chercher à reconnaître leurs forces. Au risque de passer, encore une fois, pour un éternel optimiste, je préfère la deuxième option.
 
Jeudi dernier, je n'avais pas vraiment le choix. En effet, monsieur Proulx prenait le temps de questionner chaque élève sur les plus et les moins d’être dans ma classe en démontrant un intérêt et une curiosité impossibles à simuler. Après tout, je suis enseignant: un acteur sait en reconnaitre un autre...
 
Mieux encore, lorsque le ministre a répondu aux questions des enfants, son honnêteté m’a déstabilisé. Que ce soit sur les examens de fin d’année ou sur certaines pratiques pédagogiques, monsieur Proulx n’a pu qu’être d’accord avec les élèves qui prônaient des changements qui allaient de soi: on ne peut plus enseigner comme on le faisait il y a de cela 5 ou 10 ans.
 
En fait, à mon avis, on ne peut jamais revivre en classe ce qui a été bâti l’année d’avant, car notre planète se transforme à un rythme tout aussi effarent que celui qui s’opère sur le quotidien de nos enfants. Les parents essoufflés, des écrans omniprésents et un accès constant à une information dont l’exactitude est de plus en plus floue ne sont que quelques-uns des facteurs qui influencent maintenant de façon très importante ce qui doit teinter quotidiennement l’enseignement dans nos écoles.
 
Mais, comme l’a expliqué monsieur Proulx à mes élèves, faire vivre à notre système d’éducation les transformations dont il a besoin nécessite que tout le monde mette l’épaule à la roue. Il fallait voir les visages déconfits de mes élèves quand ils ont compris qu’au final un ministre ne décide pas seul même si l’une de mes élèves très dynamiques lui a rappelé qu’il lui restait quand même deux grosses années pour « arranger tout ça »...
 
« Mon travail, c’est de faire connaître ce qui fonctionne et amener les gens à réfléchir différemment, à faire autrement pour mieux vous préparer aux défis de l’avenir. Vous savez, ce n’est vraiment pas facile de convaincre les gens qu’il faut changer. Il faut du temps et discuter longuement.»
 
« Ah », répondirent laconiquement quelques élèves vendus à l’idée que je répète à chaque jour comme quoi si on tient vraiment à atteindre un objectif, il faut tout faire pour y arriver, quitte à échouer. Le résultat importe peu si on sait pertinemment qu’on a tout donné ce qu’on avait de meilleur pour y parvenir. Mais est-ce possible pour un ministre, aussi dédié soit-il?
 
Parce que dès qu’une brise de changement souffle timidement sur le monde de l’éducation, il y a toujours au moins l’un de ses acteurs qui trouve une raison de se soulever. Trop cher, trop rapide, trop lent, trop marginal ou trop exigeant sont des expressions qui reviennent à chaque fois qu'on remet en question les pratiques pédagogiques en cours dans nos écoles primaires et secondaires.
 
Chaque intervenant a un agenda ou des préoccupations ne cadrant pas avec ceux de son voisin. Peut-on enfin cesser de réfléchir à des questions débattues depuis parfois des décennies pour aller de l’avant et être créatif en cherchant à prévenir plutôt que rapiécer maladroitement les plaies qu’on inflige au parcours scolaire de nos enfants en faisant passer leurs besoins en dernier?
 
Ministre ou syndicaliste, enseignant ou directeur, tous devraient s’oublier lorsqu’on parle de nos enfants et des valeurs qu’on veut leur inculquer. Maintenant que j’ai repris espoir dans la fonction de Ministre avec monsieur Proulx, saura-t-il rallier tout ce beau monde pour faire, une fois pour toute, de l’éducation une priorité au Québec?