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Bons baisers de Russie: les Québécois au pays de Poutine

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Plus jeunes, ils rêvaient de gagner la coupe Stanley. Un jour, leur carrière a pris un détour qui les a amenés à plus de 7000 kilomètres de chez eux. S'ils ne connaissaient pas grand-chose de la KHL quand ils ont signé leur contrat, ces quatre Québécois sont unanimes: ils ne regrettent rien.

Les Québécois dans la KHL en 2016-2017

  • Maxime Talbot (A) | Lokomotiv de Yaroslavl
  • Kevin Poulin (G) | Barys d’Astana
  • Marc-André Gragnani (D) | Dinamo de Minsk
  • Alexandre Giroux (A) | Medvescak de Zagreb
  • Samson Mahbod (A) | Medvescak de Zagreb
  • *Francis Paré (A) | Medvescak de Zagreb
  • *Yann Sauvé (D) | Medvescak de Zagreb
  • *Alexandre Bolduc (A) | Medvescak de Zagreb
*Ont quitté l’équipe durant la saison

Il est allé pour apprendre

Maxime Talbot se plaît dans la ville de Yaroslavl, à quelque 250 kilomètres de Moscou. Il est ici photographié devant l’un des bâtiments de la ville qui compte plusieurs édifices millénaires.
Photo courtoisie
Maxime Talbot se plaît dans la ville de Yaroslavl, à quelque 250 kilomètres de Moscou. Il est ici photographié devant l’un des bâtiments de la ville qui compte plusieurs édifices millénaires.

Promené entre Boston et Providence, Maxime Talbot a connu des hauts et des bas l’année passée. Une fois le dernier match de cette saison joué, le Québécois s’est retrouvé à la croisée des chemins, et celui qu’il a choisi l’a mené à 250 kilomètres au nord-est de Moscou, à Yaroslavl.

«J’ai joué les séries dans la Ligue américaine avec les Bruins de Providence et, après, je n’étais pas certain de vouloir rester en Amérique du Nord, raconte Talbot. Je pensais à l’Europe: la Suisse, la KHL...»

«Yaroslavl a été très agressif, poursuit-il. Ils me démontraient beaucoup d’intérêt. Ils m’ont appelé, on a discuté, et ça s’est fait assez rapidement.»

Pour les Nord-Américains, le nom du Lokomotiv évoque l’accident d’avion qui a décimé l’équipe entière en septembre 2011. Jusqu’à il y a quelques mois, Talbot n’était pas bien différent. Mais en effectuant des recherches sur ce club qui désirait tant obtenir ses services, il a découvert une organisation professionnelle et attentionnée.

Car avant d’embarquer avec sa petite famille pour parcourir les 7000 kilomètres qui séparent Montréal de Yaroslavl, Talbot s’est assuré de bien faire ses devoirs. Il a contacté son ancien coéquipier chez l’Avalanche du Colorado, le gardien Semyon Varlamov. Il a discuté du Lokomotiv avec les autres joueurs étrangers.

«Mais le dernier coup de pied, c’est ma femme [Cynthia Phaneuf, l’ancienne patineuse artistique] qui me l’a donné, pointe-t-il. Elle m’a dit: “Go, on y va! On essaie quelque chose de nouveau, on va voir!”»

Les clichés sont tombés

Sept mois ont passé depuis et Talbot l’assure: sa famille et lui ne regrettent rien. Les clichés sur la Russie? Plusieurs sont tombés. «Tout a été mieux que ce à quoi je m’attendais: la culture des gens, la manière dont on est traité par l’équipe», sourit-il. Conquis, il a d’ailleurs renouvelé son contrat pour une autre saison, il y a quelques semaines.

À Yaroslavl, Talbot a découvert une jolie ville millénaire. Par sa taille, la municipalité se compare à Sherbrooke. Mais elle suinte l’histoire, avec ses bâtiments vieux de 1000 ans.

«On est à quatre heures de Moscou. C’est le fun, parce que c’est plus relax que les gros centres», mentionne-t-il.

Talbot a aussi été charmé par l’accueil de ses coéquipiers. Tous les exilés vous le diront: le plus dur, en Russie, c’est la barrière de la langue. Plusieurs hockeyeurs russes ne parlent pas l’anglais. Qu’importe, il existe d’autres manières de communiquer, et le Québécois l’a vite découvert.

«Au début de la saison, je suis allé souper chez quatre coéquipiers russes. On a eu une super soirée, on se montrait des vidéos sur YouTube... Ça fait partie de l’expérience», relate Talbot.

Sur l’avantage numérique

Mais Talbot ne s’est pas installé en Russie seulement pour l’expérience culturelle. À 33 ans, après 11 saisons dans la Ligue nationale, il avait encore soif de hockey. De bon hockey.

Pour éviter les mauvaises surprises, l’attaquant a vite discuté avec les dirigeants du Yaroslavl. Il voulait s’assurer qu’ils sachent «ce qu’ils avaient signé».

«Je leur ai dit: “J’ai un rôle plus défensif, je ne veux pas que vous vous attendiez à ce que je fasse 100 points.” Encore là, je suis dans une organisation qui fait ses devoirs et ils savaient ce qu’ils allaient avoir en moi», dit le hockeyeur.

Talbot s’attendait donc à jouer sur un deuxième ou un troisième trio, mais il s’est rapidement taillé une place sur la première ligne et le premier avantage numérique.

«J’en fais plus que ce que je pensais, mentionne-t-il, mais c’est aussi une des raisons pour lesquelles je suis venu ici. Je ne suis pas juste venu pour finir ma carrière. Je voulais m’améliorer encore et je crois que, cette année, j’ai élevé mon jeu d’un cran.»

Et aujourd’hui, Maxime Talbot peut dire: «спасибо!» à son pays d’accueil.

En souvenir du Lokomotiv

L’écrasement de l’avion du Lokomotiv de Yaroslavl dans la Volga a marqué les esprits des amateurs de hockey. Cinq ans et demi plus tard, Yaroslavl veut aller de l’avant.
Photo d'archives, AFP
L’écrasement de l’avion du Lokomotiv de Yaroslavl dans la Volga a marqué les esprits des amateurs de hockey. Cinq ans et demi plus tard, Yaroslavl veut aller de l’avant.

Une épinglette sur les chandails, un monument devant l’amphithéâtre: l’écrasement d’avion qui a décimé l’entièreté du Lokomotiv le 7 septembre 2011 sera ancré à jamais dans la mémoire de Yaroslavl.

Ce jour-là, Yaroslavl a vu disparaître sa génération dorée. Une équipe formée de quelques anciens de la Ligue nationale – Pavol Demitra, Josef Vasicek, Ruslan Saleï –, cette fois destinés à boire dans la coupe Gagarine.

Troisième au classement l’année précédente, le Lokomotiv était établi comme le favori dans la KHL en 2011-2012. Mais l’équipe ne disputera même pas un match. À peine 82 secondes après le décollage vers Minsk, le vieux Yak-42 qui transportait les joueurs et le groupe d’entraîneurs s’est écrasé dans la Volga. Il a heurté une antenne sur le toit de l’aéroport de la ville, l’aéroport Tunosha. Des 45 passagers, un seul survivra: un membre de l’équipage.

Ils veulent avancer

Cinq années et demie se sont écoulées depuis, et cette tragique journée ne revient pas souvent parmi les sujets de discussion. Ni dans la rue ni dans le vestiaire de l’équipe, pointe Maxime Talbot.

«On n’en entend pas beaucoup parler, raconte Talbot. Moi-même, par respect pour eux, c’est un sujet dont je suis un peu mal à l’aise de parler.»

«Au début, quand je suis parti là-bas, j’y pensais, ajoute-t-il. Mais après une semaine, je me suis dit: “OK, tu es à Yaroslavl, tu es dans une bonne organisation, alors tu dois avancer.”»

À 250 kilomètres de Moscou, Talbot a découvert une ville qui se passionne pour son club. Match après match, il est difficile de trouver un billet à l’Arena 2000. Un groupe de partisans accompagne l’équipe pour plusieurs rencontres à l’étranger. Les joueurs se font souvent accoster dans la rue par un fan en quête d’une photo.

«Il restera toujours la fierté, la tradition, mais ils veulent aller de l’avant», réitère Talbot.

Un Québécois à Astana

Kevin Poulin pose avec sa conjointe et leurs enfants devant un monument d’Astana, capitale du Kazakhstan.
Photo courtoisie
Kevin Poulin pose avec sa conjointe et leurs enfants devant un monument d’Astana, capitale du Kazakhstan.

Comme plusieurs Nord-Américains, Kevin Poulin n’avait jamais mis les pieds à Astana avant de se joindre au Barys en octobre dernier. N’entre pas qui veut au Kazakhstan, mais le gardien et sa famille ont rapidement découvert une capitale moderne.

«C’est ma première fois en Russie et surtout au Kazakhstan, raconte l’ancien des Islanders de New York. Ce n’est pas vraiment un pays facile d’accès. Ça prend des visas, et c’est quand même compliqué d’entrer, à part cette année avec l’Expo [l’exposition universelle se tient à Astana en 2017].»

Près de 16 heures d’avion séparent Montréal et Astana. Logiquement, Poulin s’attendait à vivre un petit choc culturel en posant le pied sur le sol de son nouveau pays. La surprise a finalement été moins grande que prévu.

«Notre amphithéâtre est nouveau de l’année passée. C’est vraiment top, au niveau de la Ligue nationale. J’ai été surpris par la qualité. Il y a aussi beaucoup de fans, qui chantent et sont bruyants», mentionne le Montréalais.

Tout en russe

Poulin a fait le saut en KHL en pleine saison, après un court séjour dans la Ligue nord-américaine. Le Barys était alors sur la route, ce qui a permis au gardien de s’immiscer rapidement dans la culture russe.

«Je m’attendais à vivre un choc, car on entend toujours les moins belles histoires, relate-t-il. Il y a des villes où je me sens vraiment en Russie, mais il y a des villes où je me sens comme aux États-Unis ou au Canada. Ce sont de beaux endroits, où il y a beaucoup de choses à faire.»

Poulin dispute ses matchs locaux au Kazakhstan, mais vite, il a fait connaissance avec la réalité de la plupart des équipes de la KHL: les entraînements se déroulent en russe. Tout en russe, sur la glace comme au tableau.

«Comme gardien, c’est un peu plus facile, note toutefois Poulin. J’ai aussi de la chance, car certains de nos entraîneurs parlent très bien anglais.»

Visages connus

Poulin a aussi eu un autre coup de pouce du destin. Dans ce coin reclus du monde, il a retrouvé deux visages connus: Corey Trivino, repêché comme lui par les Islanders, et le Franco-Ontarien Martin St-Pierre.

«Entre Canadiens, on s’entraide, surtout quand on est aussi loin du Canada, relève Poulin. Je me tiens beaucoup plus avec eux, mais petit à petit, je commence à découvrir les autres joueurs.»

«Parfois, ils sont un peu plus gênés de leur anglais, mais des fois, on se comprend par signes, poursuit-il. On a un bon groupe de gars ici. C’est un bon choix, que je ne regrette aucunement.»

Ils l'ont adopté

Francis Paré profite de son séjour en Europe pour visiter plusieurs villes avec sa conjointe Daisy et leur enfant. Ils sont ici à Annecy, en France.
Photo courtoisie
Francis Paré profite de son séjour en Europe pour visiter plusieurs villes avec sa conjointe Daisy et leur enfant. Ils sont ici à Annecy, en France.

Francis Paré venait de soulever la coupe Calder avec les Griffins de Grand Rapids quand il a choisi de tenter l’aventure européenne. Comme pour plusieurs, c’était un saut vers l’inconnu.

«Je pensais avoir fait le tour dans la Ligue américaine. J’étais un peu à la croisée des chemins dans l’organisation des Red Wings: trop jeune pour être un vétéran, trop vieux pour être un prospect. Je voulais voir ce que je pourrais faire en Europe», raconte-t-il quatre ans plus tard.

Après une trentaine de matchs en Finlande, Paré a signé un contrat avec le Metallurg de Magnitogorsk. L’attaquant venait d’atteindre son but: jouer dans la KHL, la deuxième ligue de hockey au monde.

«Je savais que le calibre était fort, explique-t-il. On joue contre des joueurs comme Ilya Kovalchuk, et aussi plusieurs autres que l’on ne connaît pas au Québec et que j’ai appris à découvrir avec le temps.»

Les « importés »

Bien sûr, Paré a vécu un choc. Si l’adaptation à la grande glace s’est faite naturellement, il a dû apprivoiser la langue... et ses coéquipiers ont dû l’apprivoiser.

Les équipes russes ne peuvent avoir chacune que cinq joueurs étrangers. Dans le jargon, on les appelle les «importés». Les Nord-Américains et surtout les Québécois sont donc une rareté dans ces organisations.

«Je m’étais fait avertir par les autres “importés” que ça prenait environ un mois avant qu’on s’intègre, relate Paré. Ils nous étudient un peu. Certains ne parlent pas vraiment en anglais, alors ce n’est pas qu’ils ne veulent pas te parler, c’est qu’ils ne peuvent pas.»

Mais vite, les Russes ont compris que Paré était dans le vestiaire pour la même raison qu’eux: gagner la coupe Gagarine, emblème de la KHL.

La frénésie de la victoire, l’attaquant allait la vivre pour la deuxième année de suite en 2014. Le Metallurg a défait le HC Lev Prague en sept matchs, et le couronnement s’est fait sur leur propre patinoire. Trois ans plus tard, Paré qualifie encore ce triomphe de «surréel». Il est à ce jour le seul Québécois à avoir bu dans la coupe Gagarine.

«Je suis un petit gars de Ville LeMoyne sur la Rive-Sud, je jouais pour les Red Wings de Saint-Lambert. Jamais je n’allais dans les gros tournois... Devenir professionnel et commencer à gagner des trophées, c’était magique», sourit-il.

Après une année à Magnitogorsk, l’attaquant a plié bagage et s’est joint au Traktor de Chelyabinsk. Il a ensuite porté les couleurs de deux formations de la KHL situées hors Russie: le Slovan de Bratislava, en Slovaquie, et le Medvescak de Zagreb, en Croatie.

Il ne ferme pas la porte

Paré a disputé 51 rencontres avec le Medvescak cette saison. Après sa participation au match des étoiles, le club a racheté son contrat. La pratique est courante parmi les équipes plus pauvres de la KHL.

À 29 ans, Paré terminera donc la saison en Suisse, avec le Genève-Servette. Il rêve d’un troisième trophée dans une troisième ligue, mais il ne ferme pas la porte à un éventuel retour dans la KHL.

Non, tout n’est pas parfait dans la ligue russe. Les rumeurs ne sont pas que des rumeurs: comme plusieurs autres, l’attaquant n’a pas toujours eu sa paie à temps. Sauf que ces pépins n’entachent pas assez ses beaux souvenirs pour l’empêcher de retourner en Russie.

«Les gens là-bas ont été vraiment respectueux et m’ont aidé pour que je sois traité comme à la maison. Ma femme et moi, on y retournerait n’importe quand», dit Paré.

Paré pense avoir laissé une jolie carte de visite dans les clubs pour lesquels il a joué.

«Quand j’affronte mes anciens coéquipiers, ils ont toujours un grand sourire et ils me disent qu’ils s’ennuient de moi. Je suis content, surtout que je ne parle pas russe», se réjouit-il.

À des milliers de kilomètres de chez lui, le «petit gars de Ville LeMoyne» a trouvé une terre d’adoption.

Très dur, le russe

Les joueurs québécois qui y sont allés vous le diront: ce qu’il y a de plus difficile en Russie... c’est le russe.

«Je n’avais aucune base, précise Francis Paré. J’ai eu la chance d’avoir un des meilleurs coéquipiers, un Finlandais, Oskar Osala. Il me traduisait pas mal tous les menus quand on voulait commander quelque chose au restaurant.»

Au fil des mois, Paré s’est amélioré. Au restaurant, il est devenu expert dans l’art de commander le poulet accompagné de frites et de légumes.

«C’est ma spécialité!» rigole-t-il.

Commander son repas au restaurant est une chose. Comprendre les instructions de son entraîneur en chef à l’entraînement en est une autre. Car oui, dans la plupart des équipes de la KHL, les entraînements se déroulent dans la langue du pays.

«On s’adapte, dit Maxime Talbot. Maintenant, je peux comprendre les positions au tableau. Je suis aussi capable de dire certains mots de base, comme “oui”, “bonjour” ou “s’il vous plaît”.»

«Il arrive aussi que l’entraîneur répète certains passages en anglais», ajoute l’attaquant.

Un entraînement à 1 h du matin

Le territoire couvert par la KHL est immense. Près de 8000 kilomètres séparent Zagreb, en Croatie, de Kunlun, la récente recrue du circuit basée en Chine.

Malgré cela, pour les équipes situées non loin de Moscou, la majorité des voyages ressemblent à ceux qu’ils faisaient dans la Ligue nationale. Les vols durent environ quatre heures, sauf lorsque les clubs se déplacent complètement à l’est, où se trouvent Amur, Vladivostok et Kunlun. On parle alors de 10 heures d’avion.

Afin de contrer l’effet du décalage horaire, les joueurs du Lokomotiv ne changent pas l’heure sur leur montre pendant les séquences à l’étranger. Talbot se rappelle s’être retrouvé sur la glace à 1 h du matin pour un entraînement.

«Comme notre corps est à l’heure de Moscou, on ne le sent pas», reconnaît l’ancien des Penguins de Pittsburgh.

Des vols commerciaux

Les joueurs du Medvescak de Zagreb doivent pour leur part composer avec de plus longs voyages. L’équipe ne roule pas sur l’or, et la majorité de ses déplacements se font dans des vols commerciaux.

«C’était très long et très dur», relate Yann Sauvé.

«On partait une journée avant les autres équipes et on revenait une journée plus tard. Ç’a été vraiment difficile, déjà que, même dans les autres formations, on fait beaucoup de kilomètres», ajoute Paré.

Ce dernier souligne toutefois le professionnalisme de plusieurs organisations du circuit, bien au fait des impacts que peuvent avoir ces longues heures en avion sur le corps des athlètes.

«On joue très rarement deux matchs en deux soirs, alors on a le temps de récupérer, explique-t-il. En plus, la plupart des équipes en Russie vont bien prendre soin de l’alimentation de leurs joueurs. Elles sont très professionnelles.»

Le Medvescak du Québec

Yann Sauvé a fait la rencontre des médias croates pendant son séjour en Croatie.
Photo courtoisie
Yann Sauvé a fait la rencontre des médias croates pendant son séjour en Croatie.

Yann Sauvé a vu son séjour en KHL écourté quand il a reçu un diagnostic de cancer des testicules à la fin de l’année passée. De retour sur pied, le Montréalais conserve aujourd’hui de beaux souvenirs de ses quelques mois avec le Medvescak de Zagreb.

En Croatie, Sauvé n’a pas vécu le choc culturel que subissent plusieurs joueurs étrangers lorsqu’ils se joignent à une équipe de la KHL. L’important contingent québécois qui a porté l’uniforme de l’équipe cette saison y est certainement pour quelque chose.

Contrairement aux équipes basées en Russie, le Medvescak peut miser sur autant de joueurs étrangers qu’elle le souhaite. Ainsi, à un moment, cinq Québécois étaient dirigés par l’entraîneur en chef Gordie Dwyer. Disons que ça parlait plus français que russe dans le vestiaire.

«Ç’a rendu l’adaptation beaucoup plus facile, raconte Sauvé. Quand je suis arrivé, ma conjointe était enceinte, et j’ai pu poser des questions à Francis Paré, dont la femme a accouché là-bas.»

Avec des gestes

Aussi, Zagreb est une destination plus attrayante que certaines villes industrielles russes. On y parle bien l’anglais. Sauvé dit avoir été conquis par le rythme de vie plus calme.

Le choc, l’ex-espoir des Canucks de Vancouver l’a plutôt vécu quand il a mis les pieds dans certains lieux plus au nord.

«Ça dépend d’où tu vas. À Saint-Pétersbourg ou Moscou, c’est vraiment bien, tout est beau, mentionne Sauvé. Mais il y a aussi des petites villes un peu plus pauvres, où les gens ne parlent pas très bien anglais. Il faut que tu te débrouilles bien avec des gestes, pour leur montrer ce que tu veux.»

Bien accueilli

Mais Sauvé ne veut pas que ses propos soient considérés comme du mépris. À l’instar de ses compatriotes, il estime avoir été très bien accueilli pendant son exil de quelques mois.

«Ça a été vraiment une belle expérience. Les gens sont différents, mais ils sont très gentils», pointe-t-il.

Sauvé n’a jamais regretté d’avoir choisi la KHL. Au moment de l’entrevue, il n’excluait pas un retour, si l’occasion se présente.

«Je voulais jouer dans cette ligue. On dit que c’est la deuxième meilleure du monde. Je vis très bien avec ma décision.»

Ce qu'ils ont dit

S’exiler à 7000 kilomètres de la maison pour jouer au hockey, c’est aussi faire quelques découvertes alimentaires, comme l’ont constaté les hockeyeurs avec qui Le Journal a parlé.

Où est le kale ?

« La nourriture est très bonne, mais c’est plus dur de trouver du kale et d’autres aliments comme ça. Il manque un peu de légumes, mais on trouve quand même de quoi faire de la salade. Il y a de très bons fruits. » –Maxime Talbot

Comme à la maison

« À Astana, il y a un restaurant qui s’appelle le 514. Il a été ouvert par un Kazakhe qui a déménagé à Montréal à 3 ans et qui est retourné au Kazakhstan 15 ans plus tard. Il parle français, alors ma femme et moi on va souvent manger là. C’est comme notre petit bout de pays à l’autre bout du monde. » –Kevin Poulin

« C’est sûr que la nourriture goûte un peu différent, mais j’apprends à aimer leur soupe. La bortsch, c’est ma préférée. Je ne suis pas mort de faim et je pense même que j’ai pris une couple de livres en jouant là-bas ! » –Francis Paré