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La Fédération de soccer du Québec défend son achat controversé

L’organisme sportif ne prend aucun blâme pour l'achat d'une compagnie informatique

Stéphane Arsenault
Chantal Poirier / JdeM

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La Fédération de soccer du Québec (FSQ) est sortie de son mutisme et prétend qu’elle avait le droit, selon ses règles, d’acheter pour près de 825 000 $ la compagnie informatique d’un de ses anciens administrateurs.

La FSQ est plongée dans une controverse depuis mercredi matin, alors que notre Bureau d’enquête a publié un reportage sur cet achat plutôt inhabituel pour une organisation sportive sans but lucratif. La FSQ a acquis tous les actifs de l’entreprise TSI Sports, qui fait affaire avec la Fédération depuis plus d’une décennie à titre de partenaire officiel.

Le patron de cette firme, Mario Discepola, a siégé au conseil d’administration de la FSQ de 1993 à 2010.

La haute direction de la Fédération n’a pas réagi jeudi et a demandé à ses administrateurs et dirigeants de se taire. Selon ce que nous avons appris, des dirigeants qui ont relayé notre reportage sur les réseaux sociaux ont même été invités à le retirer. Une plainte a été déposée au Bureau fédéral de la concurrence et le ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport a enclenché des vérifications.

Questions sans réponses

La FSQ publiera vendredi un communiqué de presse pour se défendre. Nous en avons obtenu une copie avant qu’il soit officiellement mis en ligne par la Fédération.

Malgré nos questions à ce sujet, le FSQ ne revient pas sur:

  • Le fait que l’entreprise qu’elle vient d’acheter était enregistrée, aux États-Unis, dans un bureau fantôme au Nevada, dont l’adresse était la même qu’une entreprise mêlée au scandale des «Panama Papers».
  • Le deuxième actionnaire de TSI Sports était Alex Miklos, dont le nom et l’adresse apparaissent concernant l’ouverture d’un compte aux îles Vierges dans une vaste enquête sur les paradis fiscaux. L’entreprise ayant servi d’intermédiaire à l’ouverture de ce compte a aussi servi d’intermédiaire avec «des trafiquants d’armes et des membres de réseaux criminels», a révélé le journal Le Monde en 2013.

Conforme, prétend la FSQ

Concernant les cas d’administrateurs de la FSQ qui étaient aussi actionnaires d’entreprises qui recevaient des mandats de la Fédération, le communiqué indique que leurs administrateurs «se sont conformés en tout point au code d’éthique (...) et aux lois applicables (...) dans le meilleur intérêt de tous ses membres et collaborateurs».

La Fédération se contredit dans son communiqué concernant son ancien directeur général (2012-2016) Patrick Esparbès. Notre reportage a fait état que M. Esparbès est actionnaire de l’entreprise TVGO, une boîte de production télévisuelle qui a fait affaire avec la FSQ durant son passage à titre de DG. La Fédération rappelle qu’il s’est retiré comme administrateur pour accepter le poste de DG, ce que nous avions écrit. Mais la FSQ écrit qu’il est un «ancien actionnaire» de TVGO. Or, selon le registre des entreprises du Québec, il est toujours actionnaire. En novembre, la FSQ nous avait d’ailleurs écrit que M. Esparbès était demeuré actionnaire, mais minoritaire.

Le président actuel de la FSQ, Martial Prud’homme, a aussi une firme de ressources humaines qui a obtenu des mandats de la Fédération. Nous avions demandé à la FSQ s’il avait été rémunéré pour ces mandats, mais le DG Stéphane Arsenault avait refusé de nous répondre. Dans le communiqué, la FSQ soutient finalement qu’il n’a pas été rémunéré et que sa firme a plutôt «accepté d’épauler la direction générale de façon bénévole».

La FSQ revient aussi sur le pourcentage de 42 % des dépenses annuelles reliées à l’administration. Cette information provient de leur dernier rapport annuel. La Fédération ne nie pas que 42 % sont effectivement reliés à des dépenses administratives, mais qu'une somme de 1,6 M$ est transférée à l’Association canadienne de soccer.

Le nouveau directeur général de la Fédération, Stéphane Arsenault, «réitère son entière confiance» envers le conseil d’administration. Il souligne la «rigueur» des membres du conseil et des administrateurs.

Voici le communiqué de presse obtenu par Le Journal :