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Plainte et colère contre la FSQ

La Fédération de soccer du Québec s’attire les foudres de parents, de bénévoles et d’entreprises

Stéphane Arsenault
Chantal Poirier / JdeM Le directeur général de la Fédération de soccer du Québec, Stéphane Arsenault, a transmis un courriel aux dirigeants provinciaux et régionaux hier matin pour leur demander de ne pas commenter l’affaire.

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Muette jeudi, la Fédération de soccer du Québec (FSQ) fait l’objet de plusieurs critiques et même d’une plainte au Bureau fédéral de la concurrence après avoir acheté une compagnie informatique appartenant à l’un de ses anciens administrateurs.

Jeudi matin, notre Bureau d’enquête révélait que la FSQ avait acheté, pour près de 825 000 $, l’entreprise TSI Sports, qui fait affaire avec la Fédération depuis plus d’une décennie à titre de partenaire officiel.

Le patron de cette firme, Mario Discepola, a siégé au conseil d’administration de la FSQ de 1993 à 2010.

La FSQ, qui gère les inscriptions de 185 000 jeunes joueurs, disait avoir réalisé des vérifications diligentes pour confirmer qu’il s’agissait d’une décision économique, même après avoir comparé avec des entreprises concurrentes.

Or, le son de cloche est complètement différent chez ces entreprises qui disent ne pas avoir été consultées dans le cadre d’une telle analyse diligente. Nous avons d’ailleurs appris que l’une d’entre elles, qui refuse de s’identifier par crainte de représailles, a déposé une plainte au Bureau fédéral de la concurrence.

Anticoncurrence ?

Nous avons communiqué avec Spordle, fournisseur de plusieurs organisations sportives au Québec et au Canada, dont Baseball et Hockey Québec. La firme nous a confirmé qu’elle avait communiqué avec la FSQ, mais que cette dernière ne lui avait jamais demandé de déposer une offre formelle.

La compagnie BIGLIG voulait aussi faire affaire avec la Fédération. «On ne m’a jamais rendu mes appels», a réagi le président Daniel Caissy.

La compagnie Planitournoi veut aussi plus de marché dans le soccer. «Je n’ai jamais été approché par la FSQ», raconte le président Gilles Tremblay, qui dénonce une «proximité» entre la Fédération et TSI Sports.

« Ça prend une enquête »

Comme plusieurs parents, le vice-président de l’Association régionale de soccer de Bourassa, Alain Dejeans, a tenu à réagir, «à titre personnel comme bénévole impliqué depuis 15 ans», précise-t-il. Son association relève de la FSQ.

«Il faut creuser et aller plus loin. Avec de telles allégations, ça prend une enquête de police [...] Écoutez, nous sommes bénévoles, on se casse la tête. On cherche des commandites pour que des jeunes qui n’ont pas les moyens puissent jouer [...] Ça prend un nettoyage.»

TSI Sports avait aussi comme actionnaire Alex Miklos, dont le nom et l’adresse apparaissent concernant l’ouverture d’un compte aux Îles Vierges dans une vaste enquête sur les paradis fiscaux. La firme a aussi été enregistrée dans un bureau fantôme du Nevada, dont l’adresse était la même qu’une entreprise mêlée au scandale des «Panama Papers».

Interpellé, le ministre Proulx lance des vérifications

Le ministre Sébastien Proulx a demandé des vérifications auprès de la Fédération de soccer du Québec, et son ministère rappelle avoir le pouvoir de retirer à la FSQ une subvention d’un demi-million de dollars.

En point de presse, le ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport s’est dit «interpellé» par le reportage de notre Bureau d’enquête.

«Il y a des questions à se poser [...] Je comprends que si on est parents, ça peut nous interpeller.»

Aucune loi ne prévoit la possibilité, pour le Ministère, d’intervenir pour modifier une décision de la Fédération qui demeure autonome.

La gouvernance et la surveillance des opérations de la FSQ reviennent donc à son conseil d’administration, qui est, rappelons-le, l’autorité qui a approuvé l’achat de la compagnie informatique de son ancien collègue.

Subvention

Le Ministère nous souligne toutefois qu’il pourrait «aller jusqu’à retirer la subvention s’il se rendait compte que celle-ci n’était pas utilisée aux fins prévues».

En effet, le Ministère a octroyé, en un an, 546 000 $ en subventions à la FSQ, qui, rappelons-le, consacre 42 % de ses dépenses annuelles de 6,7 M$ en frais administratifs.

En fin de soirée, hier, la FSQ n’avait toujours pas réagi officiellement à notre reportage.

Le directeur général a transmis en matinée un courriel aux dirigeants provinciaux et régionaux pour leur demander de ne pas commenter l’affaire.

Dans le courriel, la FSQ indique qu’elle publiera éventuellement un communiqué.

Nous avons demandé une entrevue avec le président du conseil d’administration de la Fédération, Martial Prud’homme. La FSQ n’a pas voulu.