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De chouchou d’Oprah à la rue

Une peintre de renom a vu sa vie basculer après de gros problèmes de santé

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Une artiste peintre, reconnue à New York et ayant déjà compté parmi ses clients la populaire animatrice américaine Oprah Winfrey, vit maintenant dans la rue, à Montréal.

Arlene, de dos, en compagnie de Marina Boulos-Winton, la directrice générale de la maison Chez Doris, qui accueille les femmes vulnérables.
Photo Ben Pelosse
Arlene, de dos, en compagnie de Marina Boulos-Winton, la directrice générale de la maison Chez Doris, qui accueille les femmes vulnérables.

Presque chaque matin, Arlene se rend Chez Doris, un refuge de jour pour femmes près du centre-ville de Montréal. Elle s’y repose et en profite pour avaler un repas, avant la fermeture en fin d’après-midi. Sans domicile fixe depuis un AVC qui a chamboulé sa vie il y a plus de six ans, la dame a demandé que l’on taise son nom de famille, disant espérer se reprendre en main et ne pas vouloir attirer la pitié.

Une autre femme

Dans les années 1990, elle était une tout autre femme. Elle possédait une résidence à Lorraine, près de Montréal, et une maison de campagne, ainsi qu’un studio à New York, où elle peignait ses œuvres. Elle tenait alors un rythme effréné, voyageant plusieurs fois aux États-Unis pour son art.

«Je participais à trois expositions par année et, pour chacune d’elles, je présentais 40 peintures. Je pouvais travailler presque 18 heures par jour pendant des semaines pour chaque exposition», a-t-elle raconté au Journal lorsque rencontrée à la résidence Chez Doris.

Son travail, explique-t-elle, était très reconnu sur la côte est américaine, surtout à New York. En 1998, le New York Times a parlé d’elle dans un article sur des expositions d’artistes noirs.

«Le temps est enfin venu. Ces expositions sont la façon dont les artistes noirs seront reconnus», avait confié la Montréalaise au réputé quotidien.

Photo d’une des toiles d’Arlene.
illustration tirée de Facebook
Photo d’une des toiles d’Arlene.

Oprah l’adore

La richissime animatrice et productrice Oprah Winfrey lui aurait acheté une quinzaine d’œuvres qui mettent en valeur l’héritage caraïbe de la peintre.

«Elle était une cliente, je l’ai rencontrée plusieurs fois. Elle me disait: “Je veux cette peinture, celle-ci et celle-ci.” J’étais un peu déçue, parce qu’elle ne me demandait pas leur signification», a-t-elle dit en riant.

Dans une biographie publiée en 2001, Oprah Winfrey explique que les murs de son luxueux appartement de Chicago sont ornés des toiles d’Arlene.

« Voyage infernal »

Mais une décennie plus tard, tout s’est écroulé pour l’artiste. Surmenage, séparation, décès de son père, maladie de sa mère. Puis elle a fait un grave AVC.

«Tout a “crashé” en même temps. Ç’a été le début de mon voyage infernal», souligne-t-elle.

Les médecins lui auraient dit qu’elle ne pourrait plus marcher ou parler. Mais après avoir passé deux années en réadaptation, elle a défié les pronostics et a tout réappris. Sauf le français, qu’elle parlait pourtant couramment.

Elle est sur ses pieds depuis 2013. Mais, sans revenu depuis cet accident, elle a tout perdu. Elle passe maintenant une partie de ses journées Chez Doris. La nuit, elle se réfugie chez des amis, sinon elle erre dans les rues ou dans des cafés.

Après son accident, des proches d’Arlene ont entreposé plusieurs de ses biens, dont son matériel de peinture.

Pour le moment, elle fait des croquis, qui deviendront un jour des peintures, espère-t-elle.

Elle espère repeindre un jour

Motivée à se sortir de la rue et à repeindre bientôt, Arlene espère un jour redonner à la maison Chez Doris grâce à son art.

«Une bonne partie de l’argent que je ferai avec mes toiles, je la remettrai à la maison Chez Doris, en marque de gratitude», a-t-elle lancé.

Mais pour l’instant, elle ne se sent pas encore prête à s’investir dans l’art.

«J’ai mis tout ça de côté pour le moment, je dois reprendre ma vie en main. Je ne suis pas prête, je veux me reposer un peu», a-t-elle soufflé.

En terminant sa réadaptation en 2013 après un AVC qui l’a terrassée, la femme a dû repartir à zéro. Sans domicile fixe, elle s’est mise à fréquenter la maison Chez Doris, un refuge de jour pour femmes.

«Ç’a été une bénédiction pour moi, cette maison, un répit», a-t-elle dit.

Soupe pour elles

Chez Doris, ouvert sept jours sur sept, subvient aux premiers besoins des femmes: nourriture, vêtements ou soins de psychothérapie, par exemple.

L’organisme accueille plus de 25 000 femmes chaque année et près de 40 000 repas y sont servis.

«Les femmes qui viennent ici le font par nécessité», a expliqué Marina Boulos-Winton, directrice générale de Chez Doris.

Elle précise que c’est grâce à des dons que Chez Doris peut venir en aide aux femmes vulnérables comme Arlene. L’événement Soupe pour elles se tiendra d’ailleurs le 1er mars prochain, à midi, à l’Esplanade de la Place des Arts. Il vise à amasser de l’argent pour les femmes en difficulté. Les dons seront remis à neuf organismes, dont Chez Doris.

Il est possible de faire un don jusqu’au 8 mars sur le site de sociofinancement La Ruche.