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Deux solitudes

Leif Vollebekk
Joseph Yarmush-Secret City Records

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Il existe une ligne du temps claire, une généalogie musicale qui fait qu’avoir écouté tel artiste nous fait plus tard apprécier tel autre artiste. Deux albums majeurs de ma généalogie musicale furent Quatre Saisons dans le désordre de Daniel Bélanger et Grace de Jeff Buckley. Une fraternité claire unis ces deux albums d’ailleurs, ai-je découvert à rebours.

La première fois que j’ai entendu la voix de Leif Vollebekk, en 2011 ou 12 en première partie du groupe Karkwa au Grand Théâtre de Québec, j’ai immédiatement pensé à Buckley. Même capacité à atteindre les sommets les plus hauts de la gamme, même combinaison de puissance et de fragilité qui vient vous transpercer le cœur et l’âme. Même capacité à créer une image indélébile avec ses paroles.

Ontarien d’origine, Montréalais d’adoption, Nordique de racines, Vollebekk est portée par l’émotion d’abord et avant tout. Ses chansons sont jalonnées par les chagrins d’amour et la quête de l’âme sœur avec un grand A. Beaucoup sont aussi des cartes-postales des grandes étendues nord-américaines et des routes qui y mènent. De Québec à Klaksvik en passant par Paris et Vancouver, ses titres de chansons réfèrent très souvent à des endroits.

Leif Vollebekk - Don't Go to Klaksvik:

« Nothing is much weaker than the resolve of most men ». Ce don pour la tournure de phrase qu’il est impossible d’oublier une fois qu’on l’a entendue, il le possède assurément. Des chansons parfaites pour des road trip à deux. Ou seul, pour autant qu’on ait le cœur solide.

Leif Vollebekk - Photographer Friend:

Encensé par la presse internationale, il lance son troisième album cette semaine, Twin Solitude. J’en ai profité pour m’entretenir brièvement avec lui.

Pourquoi avoir choisi Montréal pour s’installer au milieu des années 2000?

« Il n’y avait aucune autre ville au monde où je voulais m’installer. J’écoute beaucoup d’artistes de Montréal. De plus être dans une ville bilingue, c’est essentiel. Parler juste anglais ou juste français toute la journée j’aurais l’impression de m’isoler ». 

On retrouve d’ailleurs quelques lignes de français sur son premier album Inland mais à peu près pas sur les deux autres. Pourquoi?

« Ce n’est pas vraiment un choix... ça me vient comme ça me vient. Beaucoup d’artistes font des choix conscients d’écrire en telle ou telle langue. Pas moi, je me laisse porter par la chanson. J’en ai écrit une en français pour cet album mais quand j’essayais de l’enregistrer... ça ne sonnait pas comme moi, ça ressemblait à Edith Piaf. »

Depuis quelques années les chansons de Vollebekk sont très différentes sur scène de leur version album. L’explication est venue de lui, qui a eu la franchise d’avouer qu’il était « tanné » de ses vieilles chansons lors de sa dernière tournée. Une chose qu’on entend rarement. Comment gèrera-t-il son catalogue sur scène?

« Je suis dans le processus de choisir mon setlist pour la prochaine tournée. J’ai la chance de ne pas être célèbre encore donc les attentes pour telle ou telle chanson dans mes spectacles ne sont pas aussi fortes que d’autres artistes connus. Leonard Cohen a dit déjà : ce soir, pour telle ou telle chanson, I’m not up to the task. Je ne suis pas à la hauteur. Quand tu livres quelque chose de très personnelle il faut que tu la sente sinon tu ne la fais pas.»

C’est très à la mode de parler de climat social (moi-même je le fais) et comme Vollebekk se promène un peu partout dans le monde pour donner des concerts, j’ai voulu savoir s’il avait remarqué un changement de ton, de climat chez les gens qu’il croise un peu partout.

« C’est une bonne question... (il y réfléchit quelques minutes). Pas vraiment, mais tu sais quand on croise les gens on ne parle pas vraiment de politique. La politique c’est temporaire. C’est juste que parfois le temporaire est long! (rires)”.

Son nouvel album est, pour moi, directement dans la continuité de son second, North Americana. Ça semble surprendre Vollebekk quand je le lui dit.

« Pour moi il est très différent des deux autres mais tant mieux si tu le vois ainsi ! C’est un peu comme quand on entend notre voix sur un enregistrement. On pense qu’on sonne de telle façon et quand on l’entend ce n’est pas ça du tout ! (rires). »

Leif Vollebekk - Elegy:

Du folk-rock dépouillé, au carrefour de Springsteen, Watson, Buckley et Dylan, la musique de Leif Vollebekk comblera les amateurs de belles voix mais aussi de belles histoires racontées par un maître.

Leif Vollebekk sera en spectacle à Montréal le 3 mars prochain à La Tulipe et à Québec au Cercle le 13 avril.