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Amazon frappe fort les commerces montréalais

Livrer gratuitement des millions de produits le lendemain va rendre la concurrence encore plus féroce

Jeanne Lemire
Photo Stéphan Dussault Jeanne Lemire, de la librairie montréalaise Paulines, mise entre autres sur la qualité de ses libraires pour concurrencer Amazon.

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Les commerçants montréalais devront redoubler de créativité pour survivre à la tornade Amazon, qui leur a donné un autre coup dur en amorçant mardi dans la métropole la livraison gratuite dès le lendemain.

Le géant américain Amazon a annoncé ce matin que son service de livraison gratuit le lendemain sera désormais offert à Montréal à ses membres Amazon Prime, qui paient 79 $ par année pour le service.

Il ajoute la métropole québécoise à Toronto­­ et Vancouver, où les clients peuvent même recevoir une tonne de colis le jour même, soit ceux étiquetés «Prime» sur le site web de la compagnie.

Attirer en boutique

Expérience client bonifiée, contacts personna­lisés, présence sur le web, avec cette annonce, les détaillants montréalais devront trouver des façons pour continuer d’attirer leurs clients en boutique.

«Hier, nous avons reçu Éric-Emmanuel Schmitt en personne pour une discussion. Vous auriez dû voir le plaisir des gens. Ça, Amazon ne peut pas le faire», dit en souriant Jeanne Lemire, directrice de la Librairie­­ Paulines, à Montréal.

Comme plusieurs, la femme d’affaires mise­­ sur la qualité de ses libraires­­ et le contact personnalisé avec ses clients pour tirer son épingle du jeu.

Amazon livrant à peu près n’importe quoi, c’est tout le commerce de détail montréalais qui risque d’en souffrir.

«Les commerçants doivent être davan­tage présents en ligne avec des sites transactionnels. Mon travail est d’essayer de les aider», dit Léopold Turgeon, PDG du Conseil québécois du commerce de détail.

De la livraison de bouffe

Et il faudra faire vite parce qu’Amazon ne s’arrêtera pas là, assure Jacques Nantel, professeur émérite à l’école de gestion HEC Montréal. Le géant américain pourrait même livrer l’épicerie des Montréalais.

Il le fait d’ailleurs depuis plusieurs années dans certaines villes américaines, et plus récemment à Londres, en Angleterre, avec sa filiale Amazon Fresh.

«Et ça fonctionne très bien, dit M. Nantel. Je pense que d’ici un an ou deux, Amazon Fresh va être disponible à Montréal».

Plusieurs devront aussi accélérer le passage au web, ajoute M. Nantel. «Essayer une chaussure en magasin et se la faire livrer dans les 24 heures est par exemple une innovation intéressante», dit-il.

Les gouvernements devront aussi faire leur part, ajoute M. Turgeon.

«Ce sont eux qui permettent aux Amazon.com de ce monde de ne pas charger les taxes aux clients. C’est inéquitable. On ne se bat pas à armes égales.»

Amazon n’a pas été en mesure de commenter sa propre annonce mardi.

Comment fonctionne Amazon Prime ?

Quoi ?
Livraison gratuite

Quand ?
Le lendemain. Jusqu’à hier, la promesse était de livrer dans les deux jours suivant la commande.

Achat minimum ?
25 $ sur la commande totale de produits.

Pour qui ?
Les Montréalais, mais aussi les Lavallois, selon les données du géant.

Qui peut en profiter ?
Les membres. S’abonner à Amazon Prime coûte 79 $ par an. Le service de livraison n’est donc pas tout à fait gratuit. Mais il a l’avantage pour Amazon de fidéliser la clientèle, qui veut acheter beaucoup pour rentabiliser son adhésion.

Quels produits ?
Ceux affichés «Prime» sur le site web. Il s’agit essentiellement des gros vendeurs d’Amazon.

Comment Amazon y arrive-t-elle ?
D’abord en ouvrant de gigantesques entrepôts à des endroits stratégiques afin de se rapprocher des clients. On en trouve entre autres à la frontière canado-américaine. Et aussi en multipliant les sous-traitants de transport. Amazon possède aussi sa flotte de camions.