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L'arrivée de la carpe asiatique menace la pêche blanche

Le méné vivant sera interdit pour éviter la propagation de carpes asiatiques, dénoncent les pourvoyeurs

Steve Blanchette, gérant Domaine du Lac St-Pierre avec son neveu Lucas Blais lors de la pêche blanche l’an dernier.
Photo courtoisie Steve Blanchette, gérant Domaine du Lac St-Pierre avec son neveu Lucas Blais lors de la pêche blanche l’an dernier.

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La pêche blanche est en péril au Québec selon des pourvoyeurs qui dénoncent la décision du gouvernement d’interdire l’utilisation de poisson vivant comme appât afin d'éviter la propagation de carpes asiatiques.

«Ils vont tuer la pêche blanche. Ils vont jeter toute une économie à terre. J’ai eu jusqu’à 4000 personnes sur la glace. C’est une décision prise sans réfléchir», dénonce Roger Gladu, qui possède une pourvoirie à Saint-Ignace-de-Loyola, dans Lanaudière. Ce dernier avait déjà reçu hier des demandes d’annulation pour la pêche l’an prochain.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a décidé hier d’interdire, à partir du 1er avril prochain, l’utilisation de poissons vivants comme appât pour la pêche hivernale partout au Québec.

Cette pratique était déjà restreinte à la pêche sportive dans le fleuve Saint-Laurent et la rivière des Outaouais.

Le ministère veut empêcher la propagation de carpes asiatiques, dont l’une des quatre espèces, la carpe de roseau, a été détectée dans le fleuve Saint-Laurent, ainsi qu’à l’embouchure de la rivière Saint-François et de la rivière Richelieu.

Traces d’ADN

La carpe asiatique est connue du public depuis que des vidéos circulent sur internet où l’on voit des gens se faire happer par des poissons qui se propulsent hors de l’eau.

Un seul de ces poissons a été pêché en juin 2016 dans le fleuve. On ignore le nombre de poissons présents, car le ministère n'a relevé que des traces d'ADN pour le moment dans les eaux du Québec.

La carpe de roseau est un poisson très envahissant qui peut perturber l’écosystème (voir autre texte plus bas). En utilisant les poissons vivants pour la pêche, il est possible que des ménés de carpes asiatiques s’y glissent et se retrouvent dans nos eaux.

«Oui, on bouscule des habitudes, mais les pêcheurs sont gagnants à long terme. L’industrie va pouvoir s’ajuster à d’autres façons de faire», insiste la porte-parole du ministère, Véronik de la Chenelière.

Nuire à la relève

Mais les pourvoyeurs touchés ne voient pas du tout les choses du même œil. «Pêcher l’hiver sans méné vivant, c’est comme aller au cinéma sans popcorn», illustre Steve Blanchette, gérant de la pourvoirie du Domaine Lac-St-Pierre à Louiseville, en Mauricie.

«On veut être prudents à l’extrême alors que la plupart des ménés vendus sont pêchés localement. C’est comme si on voulait éviter les accidents d’autos en enlevant les voitures», ajoute Gérard Boucher, qui est le seul à avoir capturé une carpe au Québec jusqu’à maintenant.

La Fédération des pourvoiries du Québec croit même que cette décision pourrait nuire à la relève en pêche sportive.

«La pêche hivernale au poisson vivant est une activité familiale qui ne peut pas se faire aussi facilement avec d’autres techniques de pêche. Le premier contact des enfants avec la pêche ne se fera plus», s’inquiète Marc Plourde de la Fédération.

 

Qu’est-ce que la carpe de roseau?

On aperçoit la carpe des roseaux de 30 kg pêchée dans le fleuve St-Laurent par Gérard Boucher en mai 2016.
Photo courtoisie
On aperçoit la carpe des roseaux de 30 kg pêchée dans le fleuve St-Laurent par Gérard Boucher en mai 2016.

Quelques caractéristiques de la carpe de roseau que l’on a détectée dans le fleuve:

  • Gros poisson herbivore qui mange l’équivalent du tiers de son poids chaque jour
  • Il peut mesurer jusqu’à 1,5 m et pèse entre 30 kg et 50 kg
  • Il est de couleur grise foncée sur le dos avec des côtés plus clairs
  • Il s’attaque aux plantes aquatiques des zones littorales où vivent les petites espèces à la base de la chaîne alimentaire. Parce qu’il est vorace et qu’il n’a pas de prédateur naturel, il peut gravement perturber l’écosystème.

 

L’arrivée de la carpe chez nous

Dans les années 1960, quatre espèces de carpes asiatiques (argentée, à grosse tête, de roseau et noire) ont été importées de l’Asie vers le sud des États-Unis pour l’aquaculture afin de contrôler la végétation et les nuisances.

Les carpes se sont par la suite échappées des lieux d’aquaculture et ont envahi le fleuve Mississippi, puis sont montées jusqu’aux Grands Lacs.

Depuis 1985, plus de 150 carpes de roseau ont été capturées dans les Grands Lacs.

En 1995 et en 2000, trois spécimens de carpe à grosse tête ont été capturés dans le lac Érié.

Depuis 2011, la reproduction est confirmée dans la rivière Sandusky en Ohio, qui se jette dans le lac Érié.

En mai 2016, une carpe de roseau femelle et fertile pesant 30 kg (photo ci-dessus) a été capturée dans le fleuve Saint-Laurent.

En février 2017, le ministère de la Faune confirme la présence de carpe de roseau dans le système du fleuve Saint-Laurent avec la capture de 2016 et des analyses d’ADN prélevé en 2015 et 2016.

Aucune présence de carpes argentées, de carpes à grosse tête ou de carpes noires n’a été détectée jusqu’à présent.


Sources: Hélène Godmaire, Conseil québécois des espèces exotiques envahissantes et le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs