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Les médecins de famille veulent encore être mieux payés

Les omnipraticiens souhaitent réduire l’écart de revenu avec les spécialistes, qui gagnent 67 % de plus

Radiologie
Photo d’archives Encore en 2015, les radiologistes étaient les médecins les mieux payés de leur profession, avec un revenu moyen de 615 584 $. Ils soulignent toutefois que les dépenses d’emploi sont de 70 % lorsqu’ils travaillent à la clinique­­.

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Malgré une hausse de leur rémunération de 21 % depuis 2010, les médecins de famille réclament une augmentation de revenu pour réduire le fossé avec les spécialistes, qui gagnent en moyenne 164 000 $ de plus qu’eux.

«Je ne dirai jamais qu’il faut réduire les revenus des spécialistes. Mais il va falloir mieux payer les médecins de famille, réagit le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

«Qu’on ne me dise pas que les spécialistes travaillent plus fort, c’est la même charge de travail», ajoute-t-il.

En effet, le fossé du revenu se creuse entre les spécialistes­­ et les médecins de famille, selon les récentes­­ données de la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ).

En 2015, les omnipraticiens gagnaient en moyenne 244 674 $, tandis que leurs confrères gagnaient 67 % de plus (409 096 $). En 2012, l’écart était de 44 %.

Selon le Dr Godin, une différence de 20 % serait raisonnable­­, pour s’arrimer au reste du Canada.

Lors des prochaines négociations avec le gouvernement, qui débuteront prochainement, la FMOQ compte régler ce dossier.

«Cette année, c’est encore plus inconcevable que l’écart se soit agrandi. Ça devra être réglé par le gouvernement. C’est une question d’équité dans la rémunération des services qu’on obtient», dit-il.

Ce dernier ajoute avoir été interpellé par plusieurs omnipraticiens à ce sujet.

Une des craintes de la FMOQ est que les étudiants délaissent la médecine familiale dans leur choix de carrière.

Radiologistes en tête

Par ailleurs, les radiologistes trônent au sommet des médecins les mieux payés, avec un revenu moyen de 615 584 $.

Parmi les plus fortes hausses en 2015, les médecins d’urgence arrivent en tête avec 16 %.

Selon l’Association des médecins d’urgence du Québec, cette augmentation était prévue depuis quelques années à la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

«Notre part de la tarte est arrivée en dernier, explique­­ le président, Dr Bernard Mathieu. On était à la fin des répartitions.»

Depuis 2010, les spécialistes gagnent en moyenne 92 600 $ de plus (+29 %). La FMSQ n’a pas répondu à la demande d’entrevue du Journal.

Frais à déduire

À noter que les revenus sont des montants bruts. Donc les dépenses du cabinet privé doivent être déduites­­.

Selon la RAMQ, les frais représentent 35 %, et 70 % pour les radiologistes.

D’après un professeur de communications à l’Université de Montréal, les médecins spécialistes devraient­­ déployer des efforts pour faire comprendre cette réalité.

«Oui, ils font beaucoup d’argent, mais il faut qu’ils trouvent une façon de l’expliquer aux citoyens, dit André­­-A. Lafrance.

«L’image publique n’a aucune importance ici. Si je suis malade, même si le médecin fait 400 000 $ et que ça m’écœure, je vais me faire soigner quand même.»

 

L’écart se creuse entre les médecins de famille et les spécialistes

Revenu brut moyen

  Médecins de famille Spécialistes
2015 244 674 $ (+0,9 %) 409 096 $ (+3,9 %)
2014 409 096 $ (+3,9 %)
393 656 $ (+5,8 %)
2013 240 538 $ (+1,6 %)
371 972 $ (+9 %)
2012 236 714 $ (+12 %) 341 118 $ (+2,1 %)
2011 211 283 $ (+4,1 %) 334 132 $ (+5,6 %)
2010 202 972 $ 316 439 $
  Hausse de 21 % sur 5 ans Hausse DE 29 % sur 5 ans

Source: RAMQ 

 

Les omnipraticiens arrivent 36e

Revenu brut moyen selon la spécialité

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Nombre de médecins : 19 200

 

Faits saillants du tableau

  • Les radiologistes sont encore les mieux payés au Québec, avec un revenu moyen de 615 584 $. D’ailleurs, 400 des 653 spécialistes ont empoché en moyenne 817 337 $.
  • 338 des 9071 médecins de famille ont eu un revenu de plus de 500 000 $.
  • Seuls les spécialistes en hygiène et santé publique ont gagné en moyenne moins que les médecins de famille en 2015.
  • Récemment, Le Journal révélait que des médecins spécialistes se désaffilient de la RAMQ plusieurs fois par année, en toute légalité, pour profiter des systèmes public et privé.
  • Les médecins d’urgence ont enregistré la plus forte hausse de revenu en 2015, avec 16 %.
  • Quatre spécialités ont enregistré une baisse moyenne de revenu en 2015: génétique médicale, gériatrie, gynécologie-obstétrique et oncologie. Elles sont toutefois toutes inférieures à 1,5 %.
  • Depuis le 26 janvier dernier, les médecins n’ont plus le droit de facturer des frais accessoires aux patients. Théoriquement, cette mesure devrait faire baisser leurs revenus en 2017.
  • Un récent sondage de la FMOQ montrait que près de 80 % des Québécois trouvaient que les omnipraticiens avaient un revenu correct ou étaient sous-payés. Du côté des spécialistes, 37 % des répondants jugeaient qu’ils étaient trop payés.
  • En 2015, le salaire annuel moyen des Québécois était de 43 318 $, une augmentation de 1,9 % par rapport à 2014, selon l’institut de la statistique du Québec (ces données excluent les travailleurs autonomes).

 

Pas les mieux payés, disent les radiologistes

<b>Vincent Oliva</b><br />
Radiologiste
Photo courtoisie
Vincent Oliva
Radiologiste

Les radiologistes ne sont pas les médecins les mieux payés dans la province en raison des frais élevés de cabinet qui atteignent 70 %, réagit l’Association.

«On a l’impression que les radiologues­­ sont en haut de tout le monde, alors que ce n’est pas le cas», souligne le Dr Vincent Oliva, président de l’Association des radiologistes du Québec.

Frais de cabinet élevés

«Ils sont parmi les spécialistes qui sont bien payés, mais ce ne sont pas les mieux payés», ajoute-t-il.

Le Dr Oliva explique qu’environ 60 % des radiologistes du Québec travaillent au moins en partie dans des cliniques, en plus de l’hôpital. Or, en cabinet­­ privé, les frais de bureau (salaires, achat d’équipements, etc.) atteignent 70 %. Il s’agit du double des dépenses estimées pour tous les autres médecins.

Résultat: les radiologistes doivent­­ déduire ces frais de leur rémunération annuelle moyenne de plus de 615 000 $.

À noter que le ministère de la Santé se penche actuellement sur les montants des frais de cabinet, qui n’ont pas été revus depuis de nombreuses années.

Par ailleurs, le Dr Ovila souligne que la radiologie est devenue «indispensable» dans les hôpitaux.

Souvent, les spécialistes doivent travailler de soir, la fin de semaine et même de nuit.

«Plaque tournante»

«C’est devenu une plaque tournante dans le système de santé. Il n’y a pas un patient qui ne passe pas un examen d’imagerie quelconque. C’est ce qui fait en sorte que le patient aura congé, ou nécessitera un suivi ou une chirurgie», dit le Dr Oliva.

«Il faut voir la valeur ajoutée plutôt que le coût, pense-t-il. (...) Si la radiologie n’était pas là, les coûts de santé seraient plus élevés.»