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Marc Gagnon transmet sa passion

L’ancien champion olympique de patinage de vitesse sur courte piste adore travailler avec la relève

Marc Gagnon adore son boulot d’entraîneur-chef au centre régional canadien d’entraînement à l’aréna Maurice-Richard.
Photo Ben Pelosse Marc Gagnon adore son boulot d’entraîneur-chef au centre régional canadien d’entraînement à l’aréna Maurice-Richard.

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Ce n’est pas parce qu’on a été un grand joueur ou un champion mondial qu’on peut devenir un bon entraîneur une fois à la retraite.

On l’a déjà vu dans le cas de Wayne Gretzky à Phoenix. Ne devient pas entraîneur qui veut.

Marc Gagnon a dominé la scène internationale du patinage de vitesse sur courte piste de 1993 à 2003.

Il a laissé sa marque en remportant quatre titres mondiaux ainsi que cinq médailles olympiques, dont l’or dans l’épreuve de 500 mètres aux Jeux de Salt Lake City en 2002.

L’athlète originaire de ­Chicoutimi a longtemps cherché sa voie une fois à la retraite. ­Profitant de sa renommée, il s’est impliqué dans le monde des ­affaires (Cage aux sports et ­Énergie Cardio) et il a aussi fait de la télé.

Période sombre

Les choses allaient bien pour Gagnon jusqu’à ce qu’il attire l’attention pour de mauvaises raisons, étant arrêté au volant de sa voiture en 2007 alors qu’il conduisait avec les facultés ­affaiblies.

Cette histoire lui a causé beaucoup de torts (perte de contrats à la télévision et de commanditaires), et s’il pouvait changer quelque chose dans sa vie, il plaiderait coupable dès le départ au lieu de se battre contre la justice durant des années.

Marc Gagnon dirige une trentaine de patineurs et de patineuses de vitesse au centre régional d’entraînement à Montréal.
Photo Ben Pelosse
Marc Gagnon dirige une trentaine de patineurs et de patineuses de vitesse au centre régional d’entraînement à Montréal.

Bien dans sa peau

C’est un emploi d’entraîneur au niveau de la relève qui est venu stabiliser sa vie. Gagnon est maintenant bien dans sa peau parce qu’il a la chance de transmettre sa passion à de jeunes athlètes.

En 2010, c’est son ex-coéquipier Jonathan Guilmette qui l’a incité à accepter un poste d’entraîneur à temps partiel au sein du ­programme de développement.

«J’ai tout de suite eu la piqûre», souligne Gagnon, qui agit depuis trois ans à titre d’entraîneur-chef au centre régional d’entraînement de patinage de vitesse sur courte piste à l’aréna Maurice-Richard. Il fait équipe avec son frère Sylvain et Marc-André ­Monette.

C’est une sorte de club-école où on forme des patineurs et patineuses qui représenteront le pays sur la scène internationale. L’un des plus beaux talents est Marc-Olivier Lemay, champion canadien junior.

Qu’apprécies-tu le plus dans tes responsabilités d’entraîneur-chef de la relève?

«Je travaille avec un groupe de 32 athlètes, et à chaque compétition, je “tripe” 32 fois. Lorsque je patinais, je me concentrais sur moi-même. Maintenant, je partage les bons et les mauvais moments de 32 athlètes. C’est vraiment différent. Mon but est de les aider à exploiter leur potentiel au maximum et c’est gratifiant de pouvoir leur transmettre cette quête du dépassement, de chercher des façons de les aider à devenir de meilleurs ­patineurs. Je pense que les jeunes ­aiment être dirigés par quelqu’un qui est passionné. Ils le ressentent. J’aime vraiment ce que je fais. Quand je me lève à cinq heures du matin pour aller travailler, ce n’est pas un fardeau.»

Es-tu un entraîneur exigeant envers ses athlètes, comme tu l’étais envers toi-même?

«Je dirais que mon défaut est de ne pas être assez “toff”. J’ai deux jeunes enfants, et on dirait que ça m’a ramolli! Mon frère doit parfois me rappeler à l’ordre. Les athlètes sont choyés aujourd’hui de pouvoir profiter d’un tel encadrement, avec un centre d’entraînement où ils ne manquent de rien. Ils ont tout pour eux. Si cela comporte plusieurs avantages, il y a aussi l’autre côté de la médaille. Certains jeunes ­s’attendent à tout avoir sans travailler fort. Les gens ne le savent peut-être pas: je n’avais pas confiance en moi lorsque j’étais patineur. Mais en travaillant d’arrache-pied, j’ai su parvenir à mes buts. Il n’existe pas d’autre recette.»

Comment se porte notre programme de développement?

«Notre mission est de développer des athlètes qui prendront la relève des membres de l’équipe ­nationale senior et de former des champions du monde juniors. Je crois qu’on a une réflexion à faire présentement parce que nos meilleurs patineurs de niveau junior éprouvent des difficultés à rivaliser avec ceux des pays européens. L’écart est de plus en plus marqué, parce que les jeunes Européens sont en mesure d’acquérir une plus grande expérience au niveau ­senior, leur bassin de patineurs moins important leur permettant de se mêler aux plus âgés et de participer à des étapes de la Coupe du monde. La solution serait de trouver une façon de permettre à nos meilleurs athlètes juniors de se mesurer plus souvent à ceux de ­niveau senior afin qu’ils puissent s’améliorer plus rapidement lors de telles confrontations. Je peux bien aider les jeunes sur le plan technique, mais c’est en participant à des compétitions de très haut ­niveau qu’ils pourront progresser rapidement.»

Il veille sur la progression des jeunes patineurs de vitesse, dont le champion canadien junior, Marc-Olivier Lemay.
Photo Ben Pelosse
Il veille sur la progression des jeunes patineurs de vitesse, dont le champion canadien junior, Marc-Olivier Lemay.

Tu as vécu des moments ­difficiles il y a quelques années en raison de cette histoire de conduite de ton véhicule avec les facultés affaiblies. Qu’as-tu retenu de tout cela?

«J’ai tiré un trait sur cet épisode de ma vie. J’ai cessé de boire de l’alcool en 2008. Vous savez, j’en prenais souvent pour vaincre ma gêne. Puis, il est arrivé cet incident en 2007 qui m’a fait beaucoup de mal. On m’a collé une réputation de fêtard. Des policiers ont déjà cogné à la porte de ma demeure parce qu’on leur avait rapporté qu’on m’avait vu ivre à la sortie d’un bar alors que je ne buvais même plus une goutte d’alcool. C’était l’enfer. Il n’y a pas que de bons côtés à être une personnalité publique. Cette histoire m’a causé beaucoup de préjudices. Ça m’a pris des années pour m’en remettre et si j’avais su dans quoi je m’embarquais à vouloir défendre ma cause en cour, j’aurais plaidé coupable dès le ­départ, car je me battais pour rien. J’ai perdu temps et énergie.»

Crois-tu que les lois devraient être plus sévères au sujet du taux d’alcoolémie qui est ­permis lors de la conduite de son véhicule?

«Je pense que oui. Le taux de 0,08 laisse trop de place à l’interprétation. Peut-on se permettre de boire deux ou trois bières avant de ­prendre le volant? Dans certains pays européens, le taux d’alcoolémie permis est beaucoup plus bas et c’est simple: on ne peut pas prendre plus d’une bière avant de s’installer au volant. Pourquoi accepter de ­courir le risque de tuer quelqu’un parce que nos facultés sont affaiblies? Il faut se responsabiliser ­davantage. J’ai conduit ma voiture durant neuf mois avec un appareil dans lequel je devais souffler avant de pouvoir démarrer le moteur et j’ai dû expliquer à mes enfants que leur père avait fait une erreur. Ça fait partie de leur éducation.»

Quels sont les plus beaux ­souvenirs de ta carrière?

«Je n’oublierai jamais le premier Championnat du monde remporté en 1993 alors que j’avais devancé mon frère, qui était mon idole. Le fait que nous ayons terminé aux premier et deuxième rangs m’avait apporté une double satisfaction, même si ça m’avait attristé d’avoir empêché ­Sylvain de réaliser son rêve. J’ai ­toujours accordé une plus grande importante aux quatre titres de champion du monde que j’ai remportés, car il fallait que je sois dominant dans plusieurs épreuves. Il demeure que la médaille d’or récoltée sur 500 mètres aux Jeux olympiques de 2002 m’a valu la plus grande ­notoriété. Si je me suis retiré par la suite, c’est que je ne voyais pas ­comment j’allais pouvoir continuer de progresser. J’avais accompli ce que je voulais. Et je commençais à devenir craintif sur la glace, avec ces lames de patins qui sont comme des lames de rasoir. On ne disposait pas à l’époque de la même qualité de combinaisons qu’aujourd’hui.»

Quelle est ton opinion au sujet de Charles Hamelin, qui va lui aussi tirer sa révérence après les Jeux olympiques de 2018?

«Je le vois s’entraîner, et ce gars-là est une machine. S’il parvient à ­battre ma récolte record de cinq médailles olympiques sur courte piste, je serai heureux pour lui, car il le mérite. Je ne connais pas beaucoup d’athlètes qui travaillent aussi fort que lui. Et je me réjouis de savoir qu’Isabelle ­Charest a été nommée chef de ­mission de l’équipe canadienne pour les Jeux de Pyeongchang. Nos athlètes pourront bénéficier de son expérience olympique.»

Marc Gagnon

L’ex-patineur a vécu des émotions fortes aux Jeux ­olympiques de 2002 à Salt Lake City, lorsqu’il a ­remporté la médaille d’or au 500 mètres.
Photo d'archives
L’ex-patineur a vécu des émotions fortes aux Jeux ­olympiques de 2002 à Salt Lake City, lorsqu’il a ­remporté la médaille d’or au 500 mètres.

Âgé de 41 ans, il est né à ­Chicoutimi, il réside à ­Mascouche, il est père de deux enfants, Jayden (11 ans) et Charlie Rose (9 ans).

Emploi | Entraîneur-chef au centre régional d’entraînement de patinage de vitesse sur courte piste.

Carrière | Jeux olympiques: médaille de bronze au 1000 m en 1994 à ­Lillehammer; médaille d’or au relais en 1998 à Nagano; médaille d’or au 500 m, ­médaille de bronze au 1500 m et médaille d’or au relais en 2002 à Salt Lake City. Champion du monde en 1993, 1994, 1996 et 1998. Membre du Temple de la ­renommée olympique du Canada.