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Encore l’islam

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Certains m’ont reproché d’avoir écrit vendredi sur les tensions à Concordia entre les étudiants musulmans et d’autres groupes, notamment les étudiants juifs. Normalement, les médias francophones s’intéressent peu à cette université de 50 000 étudiants.

Amenée à m’expliquer à CJAD, j’ai dit que certains Concordians n’appréciaient pas la présence d’un kiosque dans le hall ou tous étaient conviés à essayer un hijab, ou une barbe islamique, pendant la «semaine de sensibilisation islamique», une forme de prosélytisme.

«Mais, à Concordia, il n’y a pas de problème, nous vivons bien côte à côte» m’a répondu la porte-parole de l’Université.

Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de lui rappeler que Concordia reçoit 270 M$ de l’État québécois, sur un budget de 530 M$, et qu’à ce titre, la neutralité religieuse aurait bien meilleur goût.

Cela n’aurait pas changé grand-chose. Je sentais bien le malaise. Pourquoi étais-je en train d’exposer ces problèmes au grand jour? Pourquoi briser cette belle unité «multiculturelle»? Et puis, «pourquoi toujours les musulmans?»

Reposez-moi cette dernière question quand l’archevêché invitera les étudiants à dire le chapelet à genoux pour les familiariser avec le catholicisme.

Délicat mais incontournable

Depuis l’attentat à Sainte-Foy, je réfléchis beaucoup à la meilleure façon d’écrire sur la présence et les effets d’un islam militant au sein de sociétés occidentales chrétiennes laïcisées, sans aggraver la situation.

Je passe des heures à chercher les bons mots pour expliquer la différence entre l’islamisme, mouvement politique et l’islam, une religion, pour convaincre les lecteurs que cette différence est suprêmement importante.

J’essaie même parfois de transmettre l’idée que tous les «intégristes» ne sont pas dangereux même si certains d’entre eux nous irritent.

J’avoue ressentir une certaine admiration pour ces gens, de toutes confessions, qui vivent à fond leur engagement spirituel. Tant qu’ils n’essaient pas de me convaincre de la supériorité de leur mode de vie sur le mien.

Je crois aussi que l’immigration, bien pensée, est une bénédiction et que l’accueil de réfugiés reflète la grandeur d’âme d’un peuple. Mais je n’aime pas qu’on utilise la gentillesse légendaire des Québécois pour les berner.

Et j’essaie de donner mon opinion sur des faits et non pas sur ce qui pourrait arriver si...

Pas si simple

Rien de plus facile que dénoncer les atrocités de Daech, mais critiquer l’islamisme «tranquille» dans nos sociétés, voilà une aventure plus périlleuse.

Dans ce palais des miroirs, on ne sait pas qui est qui, qui fait quoi, qui dit quoi et pourquoi. La flagornerie, la dissimulation et le double langage servent de lance-roquettes. Comment commenter les faits quand ils sont manipulés?

Par exemple, défendre le droit des femmes de porter le niqab est-il une façon de protéger les libertés individuelles ou un cheval de Troie rempli d’imams opposés aux libertés individuelles?

J’ai plus de questions que de réponses. Mais ne pas en parler ne réglera rien, tant du côté des islamistes que de l’extrême-droite qui a tout intérêt à promouvoir le mensonge qu’islam et islamisme, musulman et islamiste, c’est la même chose.

Malheureusement, les seuls qui pourraient mettre fin à la confusion l’entretiennent.