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La SAQ et le Québec des ticounes

Drapeau québec
Photo Fotolia

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J’ai lu la nouvelle une fois, deux fois, trois fois. Finalement, j’ai fini par y croire: la SAQ, par souci d’économies budgétaires, retirera peu à peu les drapeaux du Québec qui flottent devant ses établissements. Ils coûteraient trop cher à entretenir. Alors on les ramènera à l’intérieur.

On aurait presque envie de dire: merci, chers gestionnaires si soucieux de l’argent public! Votre rigueur vous honore! Je blague. Ils ne nous honorent pas. Ils nous font honte.

On est en droit de voir là un autre symptôme de l’affaissement du sentiment national.

La fierté nationale la plus élémentaire est désormais un luxe que nous n’avons plus les moyens de nous payer. Ne parlons-même pas de fierté, mais de dignité et d’honneur.

S’il faut couper quelques sous dans nos dépenses, ce seront celles liées à l’entretien du drapeau. Ce sont des économies de bouts de chandelle pour un petit peuple fatigué qui se laisse mourir.

Que cette simple idée ait pu traverser la tête d’administrateurs qu’on supposera intelligents en dit beaucoup sur l’état actuel de notre psychologie collective.

Le drapeau, quoi qu’en pensent les sans-génies de la SAQ, n’est pas qu’un chiffon bleu qu’on peut décider ou non d’afficher, selon nos caprices. C’est le symbole d’une nation.

Et au Québec, il a une importance toute singulière.

Qu’on soit souverainiste ou fédéraliste, on le sait, entre Québec et Ottawa, il y a une guerre symbolique: quel drapeau s’imprimera le plus profondément dans le cœur et l’esprit des Québécois? Le fleurdelisé ou l’unifolié? Se diront-ils d’abord Québécois ou Canadiens?

Cette bataille ne date pas d’hier et elle ne se terminera pas demain. Il se peut, toutefois, que les Québécois n’aient plus l’énergie pour la mener.

Alors au fond d’eux-mêmes monte un sentiment démissionnaire. Ils décrochent un drapeau à la fois, passent à l’anglais dès que l’occasion se présente ou disent que la question nationale est dépassée.

Rien de tout cela n’est jamais grave. L’identité, ce n’est pas une vraie affaire. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à Ottawa, ils ne pensent pas la même chose. Un État sérieux ne lésine pas ses symboles identitaires.

Une chose est vraie: devant les établissements publics, notre drapeau est souvent en lambeaux.

Avec la météo qui est la nôtre, il faut changer un drapeau deux fois l’an pour qu’il demeure convenable.

À ce qu’on me dit, c’est une dépense annuelle d’environ 90 dollars, plus les frais d’installation. Et c’est vraiment pour des raisons financières qu’on décide de s’en libérer?

Trop souvent, lorsque nous nous promenons dans nos rues, nous voyons le drapeau du Québec en mauvais état. Et ce n’est peut-être qu’une impression, mais rarement, l’unifolié est en mauvais état.

Chaque fois que nous laissons flotter notre drapeau déchiqueté, nous témoignons de notre peu d’amour pour le Québec et de notre négligence collective.

Et si on préfère le cacher plutôt qu’en installer un nouveau, c’est que nous préférons nous effacer comme peuple plutôt que travailler à reconstruire notre pays.