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9 : la différence vibrante

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Danser sans entendre la musique, jouer du piano sans voir les notes: de Beethoven à aujourd’hui, de nombreux artistes ont surmonté les embûches d’un handicap. Avec son spectacle jeunesse 9, la compagnie Cas Public s’inspire de l’histoire d’un de ses danseurs malentendants afin de proposer un hymne à la différence qui déjoue les perceptions.

Soudainement, le silence. Au beau milieu d’une prestation, les implants cochléaires du danseur Cai Glover cessent de fonctionner. «Quand je n’ai pas mes implants, je cesse complètement d’entendre la musique», note ce dernier. L’artiste compense alors avec le rythme qui s’est implanté dans sa mémoire musculaire, en plus de se fier sur des repères visuels qu’il a trouvés au fil des répétitions.

Cette situation s’est produite à quelques reprises, et captait à chaque fois l’attention de la chorégraphe Hélène Blackburn, également directrice artistique de la compagnie de danse Cas Public. «Cai danse mieux quand il n’a pas ses implants. Son mouvement change, car il a une perception différente de l’environnement qui l’entoure», souligne-t-elle.

Si son discernement du monde qui l’entoure est différente, la vision qu’entretient Cai Glover de sa condition a elle aussi changé. «Ce que je percevais comme une déficience est finalement un avantage. Ça a été le point de départ de la création de 9», raconte le danseur.

Déconstruire la norme

Véritable réflexion sur la différence, 9 tente de questionner la véritable nature de la normalité. «Cai avait un grand désir d’être «normal». Mais on ne peut même pas savoir ce que ça veut dire! Voyons nous les choses de la même manière, entendons-nous les mêmes sons?», souligne Hélène Blackburn.

Un sujet qui vise dans le mille pour le public jeunesse à qui s’adresse cette création de danse contemporaine. «En grandissant, je peinais à m’intégrer dans des groupes, parce que j’avais de la difficulté à suivre les conversations, raconte Cai Glover. Je crois que c’est important pour un jeune public de voir le sujet du handicap représenté en art, mais surtout, de voir quelqu’un avec une condition comme la mienne réussir à coexister avec les autres membres d’une troupe.»

Déjouer nos sens

Les créatrices de 9 ont donc créé un véritable laboratoire de la perception. En plus d’éclairages qui créent l’illusion du mouvement, une des danseuses fera un solo les yeux bandés. «Je vois que sa manière de bouger change lorsqu’elle perd la vue. Cela démontre à mon avis que ces différences procurent d’autres qualités à exploiter, ce qui est très intéressant en danse contemporaine, où on cherche toujours de nouvelles manières de bouger», note Cai Glover.

Poussant encore plus loin sa recherche dans le mouvement, 9 s’appuie sur la grandiose Neuvième Symphonie, composée par Beethoven alors qu’il était complètement sourd, et voit les interprètes danser en langage des signes. «On offre véritablement une danse de niveau virtuose, et le langage des signes raffine encore plus le geste des mains», souligne Hélène Blackburn.

Cette œuvre de haut niveau est toutefois tout sauf hermétique. «Je ne veux rien savoir d’une danse cloisonnée. On parle de joie, on rassemble. En plus, c’est conçu pour véritablement plaire autant aux adultes qu’aux enfants. Je n’ai encore jamais vu d’enfant acheter son propre billet, alors c’est important de penser à ceux qui les accompagnent!», lance Hélène Blackburn, notant du même souffle que beaucoup de grands-parents ainsi que leurs petits-enfants ont été touchés par 9.

La chorégraphe invite donc le public à tenter l’expérience de la danse. «Faites confiance aux enfants! Ils ont une spontanéité, une curiosité et ne sont jamais effrayés par la nouveauté, toutes des qualités qu’on devrait garder comme adultes. C’est un beau moment artistique à partager tous ensemble», croit-elle.

  • 9 sera présentée à la Place des Arts le vendredi 10 mars à 11h et 14h, ainsi que le samedi 11 mars à 14h, dans le cadre de la programmation de la Place des Arts Junior.