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Le dossier médical en ligne suscite l’inquiétude

Les archivistes médicaux souhaitent être consultés

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Les archivistes médicaux craignent qu’un patient apprenne qu’il souffre d’un cancer en consultant son dossier médical en ligne.

«Si vous passez des examens et que vous accédez aux résultats avant même votre prochain rendez-vous, vous pourriez apprendre, dans le confort de votre salon, que vous avez des marqueurs tumoraux, donc que vous avez le cancer», illustre Alexandre Allard, président du conseil d’administration de l’Association des gestionnaires de l’information de santé du Québec.

En effet, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, permettra aux Québécois d’accéder à leur dossier médical via le Dossier santé Québec (DSQ) d’ici un an, révélait Le Journal jeudi.

S’ils voient le projet d’un bon œil, les archivistes médicaux veulent être consultés pour éviter les dérapages. Ceux-ci retirent les informations préjudiciables lorsqu’un patient réclame son dossier médical par la poste.

Mais l’instantanéité de l’Internet pourrait causer des maux de tête. «Un rapport de laboratoire, il est rendu dans le DSQ dans les minutes qui suivent», selon Alexandre Allard.

«Vous pourriez passer une radiologie du poumon et vous apercevoir que vous avez une masse ou un poumon qui est affaissé», dit-il, à titre d’exemple. Idem pour une échographie qui révélerait une masse sur un sein.

Pour le moment, le DSQ contient uniquement les médicaments prescrits, les résultats en laboratoire et les tests d’imagerie. La prochaine étape prévoit toutefois la publication des sommaires, qui résument l’hospitalisation d’un patient.

Dans ces cas là, certaines informations, sur les personnes psychiatrisées, notamment, ne doivent jamais être partagées avec le patient. De la même façon, les confidences d’un conjoint ou d’un enfant âgé de plus de 14 ans peuvent se retrouver dans le dossier d’un patient.

Des solutions existent. «Un établissement pourrait, ‘taguer’ les informations jugées préjudiciables et bloquer uniquement ces informations» suggère Alexandre Allard. Un archiviste médical pourrait ensuite évaluer la pertinence de rendre l’information disponible.

Toutefois, son association n’a pas été consultée. «À ce jour, on n’a participé à aucune discussion, aucune conversation, pour faire en sorte que ces possibilités-là soient mises de l’avant», déplore-t-il.

«Bonne nouvelle»

De façon générale, la volonté d’ouvrir le DSQ à l’ensemble des Québécois a été bien accueillie. «Je pense que c’est une bonne nouvelle», s’est exclamé jeudi le porte-parole de la CAQ en matière d'efficacité de l'administration publique, Éric Caire.

Son parti promet toutefois de garder un œil sur le déploiement du projet évalué à 12 M$. «Entre les intentions et la livraison, malheureusement, on nous a habitué à un univers de différence. On a l’intention de rester extrêmement vigilants pour s’assurer que le ministre respecte le budget et les délais.»

Même son de cloche du côté du Regroupement provincial des comités des usagers. «C’est une chose qu’on réclame depuis des années, dit son directeur général, Pierre Blain. Avoir un accès à notre dossier aidera à faire le suivi.»

Au cabinet du ministre de la Santé, on affirme qu'on «comprend» les préoccupations des archivistes et qu'elles seront prises en considération.